RENCONTRE AVEC
STEPHAN WINKELMANN,
CEO DE LAMBORGHINI

Le reportage Sport-Auto.ch 14 avril 2022

Rédaction : Laurent Missbauer
Photographies : Laurent Missbauer, D.R. Lamborghini et Bugatti

Lamborghini a enregistré en 2021 un nouveau record avec la livraison de 8’405 voitures. Ce record s’explique avant tout par l’arrivée en 2018 du SUV Urus. Lamborghini ne prévoyait en produire que 3’500 par année. Or elle en a commercialisé 5’021 l’an passé. Et la tendance est à la hausse comme nous l’a indiqué Stephan Winkelmann au cours de l’entretien exclusif qu’il nous a accordé à Genève. Un entretien où il a notamment été question de l’arrivée en 2028 d’un quatrième modèle, 100% électrique, ainsi que de l’importance du marché suisse.

La marque de Sant’Agata Bolognese a le vent en poupe et la récente présence à Genève de Stephan Winkelmann ne doit rien au hasard. La marque au taureau connaît en effet tellement de succès que certains de ses concessionnaires ont dû s’agrandir. C’est le cas de Lamborghini Genève qui, à l’occasion de son 20ème anniversaire, a doublé sa surface d’exposition.

Plus de 520 m2 sont désormais dédiés à l’espace de vente et celui-ci abrite aussi l’espace Ad Personam qui permet de personnaliser sa Lamborghini dans les moindres détails. Par exemple dans le choix des matériaux : du carbone aux luxueux cuirs dont des échantillons aux couleurs plus ou moins voyantes tapissent la paroi devant laquelle Stephan Winkelmann nous attend en compagnie des deux responsables de presse de la marque au taureau, Emanuele Camerini et Tim Bravo. Ce dernier, tout comme Stephan Winkelmann, est un ancien de Bugatti.

La poignée de main de Stephan Winkelmann (57 ans) est très chaleureuse. Cet Allemand, qui a grandi en Italie, a commencé sa carrière chez Fiat dont il a été le directeur général pour la Suisse, au début des années 2000, puis pour l’Allemagne en 2004. Une année plus tard, le groupe Volkswagen le nomme à la tête de Lamborghini. Il y restera jusqu’en 2016 avant de diriger Audi Sport et d’être nommé, le 1er décembre 2018, CEO de Bugatti. Après avoir dirigé simultanément Bugatti et Lamborghini depuis le 1er décembre 2020, il n’est «plus que» CEO de Lamborghini depuis le 1er novembre 2021. C’est en effet à cette date que Rimac a acheté 55% des actions de Bugatti tandis que Porsche en détient 45%.

Ces différentes fonctions à la tête de Bugatti et de Lamborghini ont permis à Stephan Winkelmann de côtoyer de grands personnages de l’automobile tels que Wolfgang Porsche, petit-fils du fondateur de la marque qui porte son nom ainsi que président de Porsche, et Ferdinand Piëch. C’est ce dernier, alors à la tête de Volkswagen, qui achète en 1998 Bentley, Bugatti et Lamborghini. Le succès précédemment évoqué de l’Urus, développé sur une plateforme commune notamment aux Audi Q8 et Porsche Cayenne, n’est pas étranger à la vision de Ferdinand Piëch de réaliser différentes voitures sur la base d’une même plateforme afin de diminuer les coûts de développement.

Lorsque nous avons évoqué Ferdinand Piëch, lors de notre entretien avec Stephan Winkelmann, ce dernier en a parlé avec beaucoup d’admiration : «Ferdinand Piëch aimait beaucoup les Lamborghini. C’était quelqu’un qui avait une vision très claire pour le groupe Volkswagen. Et une fois retiré de la gestion opérationnelle, il continuait à vouer une affection particulière aussi bien à Bugatti qu’à Lamborghini.»

Avant de mourir d’une attaque complètement inattendue à l’âge de 82 ans, le 25 août 2019, à peine arrivé dans un restaurant étoilé en Bavière, Ferdinand Piëch avait effectué le déplacement depuis son domicile en Autriche à bord d’un Lamborghini Urus conduit par son épouse Ursula. Interrogé sur le succès de l’Urus, Stephan Winkelmann nous a répondu qu’il n’était guère surpris par la livraison en 2021 de 5’021 exemplaires alors que la marque, au début, espérait en vendre 3’500 par année : « Le succès de l’Urus s’explique par le fait qu’il s’agit d’une voiture que l’on peut utiliser au quotidien. Avant, beaucoup de personnes qui rêvaient d’une Lamborghini y renonçaient pour des raisons familiales, notamment de place. »

« Avec l’Urus », nous a précisé Stephan Winkelmann, « ces mêmes personnes ont pu concrétiser leur rêve et accéder à quelque chose qui n’existait pas jusque-là ou plutôt qui n’existait plus. Car Lamborghini n’a pas construit que des supercars. Il a en effet aussi proposé des GT et des quatre places comme l’Espada et la LM. » L’Urus ainsi que le futur quatrième modèle qui épaulera l’Huracan et l’Aventador joueront un rôle important dans l’abaissement des émissions de CO2 de la marque.

« L’hybridification de notre gamme débutera en 2023 et, dès 2025, tous nos modèles seront des hybrides rechargeables. Si la nouvelle Aventador plug-in aura toujours un 12 cylindres atmosphérique, l’Urus hybride rechargeable restera fidèle au 8 cylindres turbo alors que nous n’avons pas encore pris de décision définitive pour l’Huracan. Ce qui est certain, c’est que nos modèles hybrides seront plus performants que les modèles actuels et que notre quatrième modèle 100% électrique arrivera dans la seconde moitié de cette décennie, vraisemblablement en 2028.»

La future Aventador plug-in ne sera pas la première Lamborghini douze cylindres hybride. En 2019, au salon de Francort, le constructeur de Sant’Agata Bolognese présenta en effet la Sian FKP 37 Hybrid. Le nom de cette version limitée, produite à seulement 63 exemplaires en référence à l’année de création de la marque en 1963, rendait hommage à Ferdinand Karl Piëch, né en 1937 et décédé deux semaines avant le salon.

« A partir de 2028, notre marque s’appuiera sur deux piliers », nous a confié Stephan Winkelmann. « Il y aura d’un côté les supercars hybrides rechargeables, pourquoi pas alimentées avec des carburants synthétiques, et, de l’autre côté, le successeur de l’Urus et notre quatrième modèle qui seront 100% électriques. » A quoi ressemblera ce quatrième modèle ? « Il aura quatre places et sera lui aussi polyvalent, comprenez qu’il pourra être utilisé lui aussi au quotidien », nous a répondu le CEO de Lamborghini.

Certaines rumeurs prétendent que ce quatrième modèle serait construit sur la même plateforme que la Porsche Taycan. Ce qui est certain, c’est que Lamborghini est bien décidé à accroître ses parts de marché. Le nombre de ses concessionnaires dans le monde devrait prochainement passer de 173 aujourd’hui à environ 190. En Suisse, un concessionnaire tessinois pourrait bientôt rejoindre ceux de Genève, Porrentruy, Zurich et St-Gall.

« Le marché suisse était très important pour Lamborghini. Nous y vendons 200 voitures par an, dont 50% d’Urus, et il y a encore une bonne marge de progression. La Suisse compte par ailleurs de nombreux collectionneurs de Lamborghini, dont le plus grand collectionneur de Lamborghini au monde : Albert Spiess, une personne que j’apprécie beaucoup et qui n’hésite pas à nous prêter quelques-uns de ses modèles, parfois même pour de longues périodes. Cela a notamment été le cas pour sa Countach LP 500 qui a longtemps été exposée dans notre musée », conclut Stephan Winkelmann avant de prendre congé de nous, à nouveau très chaleureusement, et de rejoindre Giuseppe Sciretta, le directeur de Lamborghini Genève, pour les festivités du 20ème anniversaire de ce concessionnaire situé à la Route de St-Julien à Plan-les-Ouates.

Remerciements

Merci à Automobili Lamborghini pour cette invitation à rencontrer Stephan Winkelmann, Chairman & CEO d’Automobili Lamborghini, à l’occasion du 20ème anniversaire de Lamborghini Genève.

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