AUDI
R8 V10
PERFORMANCE

L’essai Sport-Auto.ch du 8 janvier 2020

Rédaction : Bob de Graffenried
Photographies : Bob de Graffenried

Comme par hasard, c’est quelques jours avant Noël que nous avons eu la chance de pouvoir essayer le fleuron de la marque aux anneaux : l’Audi R8 V10 Performance Quattro ! Après l’essai de la R8 Spyder en 2016 sur les côtes espagnoles, que nous réserve l’Audi R8 en 2019 ? Et en 2020 ? Réponse sans plus attendre au travers de ce nouvel essai hivernal.

Si le dessin de la R8 a subtilement évolué depuis son lancement en 2007, les proportions sont restées les mêmes : un avant ramassé et plongeant, au porte-à-faux prononcé, alors que l’arrière, plus trapu, accueille ses roues presque à son extrémité. Une silhouette déséquilibrée commune à bon nombre de supercars dont le but est d’équilibrer les masses et de placer le conducteur à égale distance des essieux.

0-100km/h (s)

Vmax (km/h)

rapp. poids/puiss. (kg/ch)

4×4
10 cyl. 5.2L
620ch / 580Nm
1’595kg

En faisant le tour de l’auto, la première chose qui saute aux yeux est le diamètre des deux énormes sorties d’échappement. Pour le reste, bien qu’elle soit équipée du Paquet Design Performance (CHF 6’800.-) comprenant notamment un aileron arrière en carbone, notre R8 est relativement sage dans sa robe noire. Seules les parties latérales grises et les étriers rouges des freins carbone-céramique ressortent. Dans l’esprit « Black Edition » à la mode, les inscriptions et insignes sont également noirs (Paquet Noir Plus).

Nul doute qu’à côté de sa cousine, la Lamborghini Huracan, plus teigneuse, cette Audi R8 là passerait presque inaperçue. Pourtant, depuis 2015, les deux voitures partagent la même plateforme et le même moteur V10 atmosphérique de 5.2L dont il est bien difficile de cerner la provenance exacte, Lamborghini appartenant à Audi depuis 1998. Aujourd’hui, les 10 cylindres délivrent une puissance de 570ch dans la R8 V10 (dès CHF 199’500.-) et 620ch dans le modèle Performance (dès CHF 229’500.-), qui voit son couple passer de 560 à 580Nm. Bien équipé, notre modèle d’essai culmine à CHF 253’457.-.

Pour 2020, Audi a annoncé un léger restylage ainsi que l’arrivée d’une nouvelle version propulsion (RWD) au catalogue, laquelle devrait ravir les puristes qui s’étaient arrachés les 999 exemplaires de la RWS en 2018. Outre un tarif plus avantageux, la R8 RWD sera aussi plus légère et un peu moins gourmande.

L’ouverture de la porte dévoile un intérieur épuré où se mélangent carbone, alcantara et cuir. Le volant en alcantara (option gratuite), avec son méplat, son bouton de démarrage rouge et ses commutateurs de mode, est sans doute la pièce maitresse de cet habitacle qui semble presque trop sobre pour être celui d’une supercar. Les sièges confèrent un bon maintien grâce à une assise suffisamment creusée, mais cette dernière n’est pas inclinable. L’inclinaison du dossier est aussi fixe, hors j’aurais souhaité ce dernier un peu plus vertical. Bien qu’il soit fixe, il est possible de le rabattre afin d’accéder à l’espace situé derrière les sièges. Ce dernier pourra accueillir vestes et sacs, en complément à l’unique coffre avant dont le volume n’est que de 112 litres. Si les finitions sont impeccables, j’émettrai une réserve quant à certains plastiques : premièrement au niveau des palettes, et deuxièmement au niveau des caches des haut-parleurs, indignes d’une auto de cette catégorie. À noter que la sonorisation présente ici (Bang & Olufsen, CHF 2’480.-) intègre également un haut-parleur dans chaque appui-tête.

À l’usage, on retrouve avec plaisir l’excellente ergonomie Audi, mais l’absence d’écran central contraint à bien configurer le Virtual Cockpit afin de disposer des informations dont on a besoin. Le maniement se fait via les touches du volant ou via le combiné de la console (pad tactile et boutons) qui pilote habituellement l’écran situé au centre de l’habitacle.

Sur la route, la prise en main est presque déconcertante. Dépourvue d’un long capot, les dimensions sont vite assimilées, la visibilité avant et latérale excellente et la direction – presque trop – légère en usage quotidien. En mode Confort, les suspensions sont par contre un peu plus fermes que dans une McLaren. En mode Dynamic, tout ce petit monde se raffermit, mais ce n’est pas le jour et la nuit. S’il n’y avait pas ce moteur 10 cylindres qui chante dans mon dos, il y aurait presque de quoi qualifier la conduite de fade, en tous cas sur route ouverte. Mais ce moteur V10 ! Il est la raison d’être de cette voiture, et place à lui seul la R8 dans le panier des voitures qu’il faut avoir essayer une fois dans sa vie. Sa sonorité est si exceptionnelle que je lui pardonnerai sa consommation… Avec le pied léger, comptez au mieux 14l/100km en mélangeant routes et autoroutes. Mais en utilisation soutenue, on dépasse les 20l/100km, ce même en incluant les portions avalées à rythme modéré.

Mais attention, car avec de telles envolées lyriques, les hauts régimes deviennent rapidement une addiction, ce qui fait de la R8 un véritable piège à permis potentiel. Je me surprends à rétrograder en première et a monter gentiment jusqu’à 8’500trs/min, juste pour combler mes oreilles sans être hors la loi !

Transmission intégrale et hiver obligent, il était évident pour moi d’emmener cette R8 noire dans un décor blanc pour quelques photos. La route étroite reliant Les Paccots à Creux-des-Tables, avec sa forte déclivité frisant localement les 15%, n’aura pas été une formalité. Il faut préciser que la largeur des pneus (245mm à l’avant et 295mm à l’arrière) ne joue pas en faveur de l’exercice… Heureusement que le service des routes a parsemé le verglas de gravillons. Sans Quattro, inutile même de songer à emprunter cette route dans ces conditions !

Le lendemain, nous aurons droit à une météo favorable pour partager nos impressions dans les préalpes fribourgeoises. La motricité est impressionnante même sur les portions inégales. À noter que la transmission Quattro fait ici appel à un différentiel de type Haldex de 5ème génération placé sur l’essieux avant, faisant de l’Audi R8 une propulsion par défaut. L’inscription est propre, la R8 semble difficile à déstabiliser, l’avant vire à plat, mais la direction manque de retour d’informations. En pleine relance, je relève un léger sous-virage, ce qui n’a rien d’anormal, une telle accélération allégeant inévitablement le train avant. En sortie d’épingle, l’arrière dessine tantôt une virgule, mais globalement le comportement reste neutre et sécurisant malgré une adhérence limitée. Exploiter pleinement le potentiel dynamique d’une telle auto ne peut se faire qu’en été avec des pneus adaptés et si possible sur un circuit…

La boîte S-Tronic à double embrayage à 7 rapports est efficace mais peu démonstrative tant que l’on ne se trouve pas dans le mode Performance activable via le bouton à damier situé sur le volant. Ce mode équivaut à un mode Dynamic+ et désactive l’anti-patinage. Il est possible de choisir parmi 3 réglages (neige, pluie et sec). Personnellement je n’ai pas senti de différence hormis au niveau de la sensibilité des gaz. La logique selon moi aurait été d’assouplir les suspensions pour un usage performant sur la neige, mais ce n’est pas le cas… L’ESP est quant à lui désactivable via une touche séparée quel que soit le mode de conduite.

Avant de rendre à contrecœur les clés de cette R8, je jette un dernier regard sur cette pièce d’orfèvrerie qui m’aura fait vibrer durant 5 jours. Entouré entièrement de carbone (CHF 4’430.-), le V10 TFSI de 5.2L est surplombé par deux barres de torsion servant à la rigidité de la caisse. On dit qu’il est dans la nature humaine de vouloir toujours plus ; j’attends maintenant la R8 Spyder, en propulsion et en été… Cela me permettrait de faire quelque chose que j’ai oublié : mesurer le diamètre des sorties d’échappement !

L’avis de Sport-Auto.ch

Sans point de comparaison direct et dans des conditions d’essai hivernales, il est difficile de juger réellement cette Audi R8. Une chose est sûre : avec de telles performances, il est plus facile de devoir rendre son permis que de daigner rendre les clés après quelques jours d’essai…

Certains pensent que la R8 reste une Audi et qu’elle ne jouit pas de l’image de marque d’une McLaren ou d’une Ferrari. Mais avec son moteur atmosphérique de 10 cylindres, l’Audi R8 est l’une des supercars les plus nobles du marché actuel, où le downsizing a fini par frapper aussi cette catégorie de voitures. La Lamborghini Huracan, équipée du même moteur, vous plongera dans une ambiance encore plus sportive, mais avec ce côté bad boy qui ne conviendra pas à tout le monde. Dans les deux cas, profitons, car le fait qu’un tel moteur puisse encore exister est presque un miracle dans le climat actuel.

bob[@]sport-auto.ch

Pour...
  • Sonorité unique
  • Performances
  • Moteur V10 atmosphérique
  • Existe en 4×4 ou propulsion
  • Facilité de prise en main
Contre...
  • Inclinaison du dossier fixe
  • Quelques plastiques
  • Hauts régimes addictifs (= piège à permis)
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