EN PISTE AVEC
L’ALPINE A110 PURE

Le reportage Sport-Auto.ch du 22 octobre 2019

Rédaction : Bob de Graffenried
Photographies : Gaëtan Brunetti, Bob de Graffenried

Grâce au Centre Alpine RRG Lausanne, partenaire de Sport-Auto.ch, et Renault Suisse, nous nous sommes rendus sur le circuit de Lurcy-Lévis au volant d’une Alpine A110 Pure. Alors que nous relatons la partie « roadtrip » dans un premier article, celui-ci est dédié à l’expérience sur circuit.

Situé à 394km de Lausanne, le circuit de Lurcy-Levis est, depuis 30 ans, une référence pour de nombreux constructeurs et écuries qui viennent s’y entraîner et développer leurs véhicules. Ouvert aux particuliers depuis 1994, le circuit offre plusieurs boucles ainsi qu’une ligne droite de 1.5 km homologuée FIA. En outre, les clients minutés et fortunés peuvent même y atterrir afin de passer de l’avion au baquet en un rien de temps !

Aujourd’hui, nous roulerons sur le grand circuit de 2,6 km une douzaine de minutes par heure, en alternance avec les écuries privées. Après un rapide briefing, les quelque 11 participants répartis sur 9 Alpine sont prêts à en découdre. Et autant dire que ça ne va pas être simple vu les conditions pluvieuses.

J’entame le premier relais avec prudence, juste derrière l’Alpine Cup pilotée par Eric Gaillard qui nous fait découvrir le circuit. Au début, Eric emprunte les trajectoires normales (autrement dit, par temps sec), puis au troisième tour, il suggère volontairement des trajectoires à emprunter en cas de pluie. Car lorsqu’il pleut, les parties non gommées – donc en dehors des trajectoires normales – sont généralement les moins glissantes. Les trajectoires optimales ne sont donc pas les mêmes sous la pluie que par beau temps. 

Première difficulté : aussitôt Eric parti, je peine à emprunter ces nouvelles trajectoires. C’est clairement contre-intuitif, d’autant plus que j’avais déjà roulé sur ce circuit en 2016. Je préfère me concentrer sur les trajectoires normales, au prix de perdre plus facilement l’adhérence en courbe…

Ayant pris de l’avance sur mon poursuivant, je me risque à tout déclencher : j’active le mode Track puis débranche l’ESP via le bouton dédié. L’Alpine devient plus difficile à contrôler, louvoie par moment, passant facilement du survirage au sous-virage en jouant des gaz. Très grasse, la piste est plus glissante qu’une route mouillée. A ma droite, pas rassuré pour un sou, Gaëtan glisse un subtil « Je pense qu’il faut essayer de garder un filet de gaz constant ». Mais rien n’y fait, deux virages après, je me retrouve à 180 degrés sur la piste !

Même si j’ai pris goût à faire glisser cette Alpine, je n’ai qu’une chose en tête : que le soleil pointe le bout de son nez afin que la piste sèche !

La piste resta mouillée juste assez longtemps pour que Gaëtan goûte aussi à ces conditions dantesques. Puis le ciel se découvrit progressivement et laissa place au soleil. L’occasion pour moi de sauter dans l’Alpine Cup Corbeau Latesso by ANTeam pour un baptême !

Même s’il ne court plus, Eric Gaillard – le père de Karen, finaliste du Young Driver Challenge 2019 – a de beaux restes. La piste est sèche, le grip impressionnant, les trajectoires parfaites. Habituellement pilotée par Sarah Toniutti dans le championnat Alpine Cup, nous avions découvert cette auto au Centre Alpine RRG Lausanne le 22 février dernier. Plus légère (-60kg) et plus puissante (+18ch), la Cup ne donne cependant pas l’impression de pousser vraiment plus fort que l’A110 de série.

Malgré des suspensions bien plus fermes et une géométrie adaptée au circuit, je surprends Eric à pratiquer le « pompage ». Au risque de déstabiliser le véhicule – il s’agit d’une technique assez controversée – appuyer puis relâcher successivement les gaz en virage permet à l’auto de se maintenir plus facilement à l’intérieur d’une courbe prolongée. C’est en particulier le cas pour les propulsions à moteur arrière dont le train avant devient trop léger en relance, engendrant du sous-virage. Car sur l’Alpine A110, seul 44% du poids se trouve sur le train avant.

Après le repas, Eric vient à ma droite pour me donner quelques conseils de pilotage. « Attention à ne pas sur-piloter » me dit-il à la fin de la session. C’est que cette Alpine A110, même sur le sec, a une propension à glisser en rentrant sur les freins. Pour endiguer le phénomène, il faut remettre les gaz rapidement afin d’asseoir l’auto. « Plus tu motrices vite, plus tu gagnes du temps ».

Il va falloir encore être patient, car partager la piste avec 8 Alpine ne permet pas d’aller chercher un chrono sur des sessions aussi courtes. Mais dès 16h, les participants et écuries se retirent progressivement. Nous sommes presque seuls et roulons librement ; exploiter sérieusement cette Alpine A110 devient envisageable. En bout de ligne droite, nous accrochons dorénavant les 200km/h.

Concrètement, cette Alpine A110 procure beaucoup de plaisir sur circuit. Très communicative, on ressent tout ce qu’elle fait et les transferts de masse sont propres, même s’il est vrai que les suspensions avouent leurs limites. Si leur souplesse n’est pas trop nuisible en appui, le tangage au freinage – bien perceptible sur nos vidéos – réduit sans doute son efficacité. Pour faire l’expérience, prenez votre VTT et essayez de freiner avec la suspension bloquée puis débloquée. Avec la suspension bloquée, vous réduisez plus promptement votre vitesse, car toute la force de freinage est transmise au bitume instantanément. En ce sens, il sera intéressant de voir ce que propose l’Alpine A110 S avec son châssis sport et ses 40 chevaux supplémentaires.

Question endurance, les freins n’ont pas montré de faiblesse même après une vingtaine de minutes. Notre A110 Pure est équipée des disques optionnels de 320mm (les étriers sont en revanche identiques). Même si certains puristes rêveraient d’une boîte manuelle, il faut reconnaître que la boîte EDC à double embrayage est également une réussite. Et lorsqu’on rétrograde un peu trop tôt, elle descend le rapport dès que possible, sans devoir ré-appuyer sur la palette.

Lors de la deuxième session « pied au fond », le meilleur tour est bouclé juste en-dessous des 1:20’. Mais avec une connaissance accrue du circuit et de la voiture, ainsi que des pneus semi-slicks, il doit être possible de tutoyer les 1:16’. Eric, quant à lui, tourne en 1:11’ avec la Cup. Quand on sait ce qu’une seconde au tour représente… 

Le plus dur avec cette Alpine est sans doute de savoir rester propre, car en freinant à peine plus fort à l’inscription, il n’en faut pas beaucoup au volant pour provoquer de jolies glissades. L’occasion de finir la journée en beauté… Heureusement qu’Eric a déjà quitté les lieux !

Après 190km de piste, nous laissons l’Alpine A110 se reposer au milieu du circuit pour quelques dernières photos. Parsemée de morceaux de gommes, la piste est encore chaude. Frank, le dernier participant encore là, nous rejoint, histoire de partager nos impressions. « Ça tournait bien tout-à-l’heure, il n’y avait plus que nous en piste, et à chaque fois que je passais à cette corde, je te voyais de profil sur la ligne droite ! »

A 18h30, nous mettons finalement le cap sur Lausanne pour notre trajet de retour, que nous relatons et illustrons ici.

Cette sortie sur le circuit de Lurcy-Lévis fait partie du calendrier annuel des activités organisées par le Centre Alpine Lausanne pour ses clients. Le tarif – très compétitif – est de CHF 500.- pour les deux jours et comprend notamment la nuit à l’hôtel, tous les repas et boissons, et bien sûr, l’accès au circuit avec si besoin un coaching sur la piste.

 

Retrouvez nos impressions de conduite détaillées dans nos articles dédiés à l’Alpine A110 :

Remerciements

Merci au Centre Alpine Lausanne pour l’invitation à la sortie circuit à Lurcy-Lévis.

Merci à Renault Suisse pour le prêt de cette Alpine A110 Pure.

Merci à Eric Gaillard et Corbeau Latesso by ANTeam pour le baptême en Alpine Cup.

Merci à Edwin Stucky et Swiss Viper Museum pour le baptême en Dodge Viper GTS/R Oreca.

Print Friendly, PDF & Email