AU VOLANT
DE LA FORD GT

Le reportage Sport-Auto.ch du 10 octobre 2019

Rédaction : Michael Esteves
Photographies : Michael Esteves, D.R. Ford

 

Il y a un mois, Ford nous a invité deux jours en Grande Bretagne afin de découvrir ses produits phares au travers d’activités réjouissantes. Nous consacrons le premier volet de cette aventure à l’incroyable Ford GT, que nous avons eu la chance de découvrir sur le circuit de M-Sport, près de Manchester. Tout aussi légendaire et sans doute plus populaire, la mythique Ford Mustang accompagne cette expérience dans sa version la plus délurée : Bullitt !

L'essai de la Ford GT sur circuit

Citez-moi une marque qui fabrique une supercar. Ce n’est certainement pas à Ford que vous allez penser en premier. Et pourtant… Certes, les rabat-joie diront que « seul » un V6 Ecoboost se trouve en position centrale dans la GT. Oui, mais un V6 3,5L bi-turbo de 650 chevaux ! D’autres lui reprocheront son intérieur dépouillé, dépourvu de tout confort ou fioriture. Je ne peux pas leur donner tort, mais je vous garantis qu’on l’oublie totalement une fois à son volant ! Avoir la chance de se glisser derrière le volant à méplat de la descendante de la mythique Ford GT40 est une expérience en soi. Même si elle n’a pu garder que ses premières lettres pour une histoire de nom vendu par Ford… à un constructeur de répliques !

Avec une production limitée initialement à 1’000 exemplaires sur 4 ans, vous avez presque plus de chance de gagner au loto que de croiser une Ford GT sur la route. Et ce ne sont pas les 350 unités supplémentaires qui seront produites d’ici 2022 qui vont changer grand-chose. Pour la petite histoire, les clients prêts à débourser quelques 550’000€ (sans faute de frappe !) devaient rédiger une lettre de motivation pour pouvoir espérer l’acquérir.

 

Cher Père-Noël Monsieur Ford,

J’ai été très sage cette année, et j’hésite à vendre ma villa pour m’acheter une voiture, parce qu’un ami m’a dit que je ne pouvais pas rouler avec ma villa, mais dormir dans ma voiture oui.

Seriez-vous d’accord de me vendre un exemplaire de votre Ford GT ? Je vous promets que j’en prendrai grand soin, la bichonnerai, …

Bon, arrêtons de délirer et faisons un peu le tour de la bête. Nous avions déjà succombé à son charme lors du Salon de Genève en 2016. Trois ans après, la Ford GT n’a pas pris une ride. Sculpturale, très basse et intemporelle. De multiples entrées ou extracteurs d’air façonnent sa carrosserie. Ici, contrairement à de nombreux modèles actuels, elles ne sont pas factices. A l’avant, l’air s’engouffre dans la prise d’air centrale béante, traversant les divers radiateurs avant de s’échapper par les ouvertures de capot. Les prises d’air latérales alimentent les conduits servant à refroidir les freins. De profil se trouvent les entrées servant à gaver les 6 gamelles, puis les énormes passages qui permettent à l’air de lécher l’arrière du cockpit pour aller embrasser l’aileron mobile.

Sa poupe n’est pas moins démonstrative. L’extracteur, les feux ajourés et les 2 énormes sorties d’échappement centrales se disputent le titre d’appendice qui se fait le plus remarquer. Un coup d’œil par-dessus l’aileron me permet d’admirer le V6 Ecoboost à travers la vitre. Outre sa coque, le carbone abonde aussi autour du moteur, mais pas seulement ; les trains roulants sont aussi constitués de jantes en carbone, sur lesquelles sont montés des Michelin Pilot Sport Cup 2 en 245/35-20 et 325/30-20. Pas vraiment la monte idéale vu la météo typiquement britannique qui accompagne cette expérience ! A travers les bâtons de ces roues, j’aperçois les éléments qui auront pour mission de freiner les 1’385kg de la bête : des disques carbone-céramiques entourés d’étriers Brembo.

Mais avant de prendre place dans la Ford GT, partons découvrir la piste au volant de la Mustang Bullitt. Dans son unique teinte Dark Highland Green, avec sa grosse calandre dépourvue de logos et ses jantes noires de 19 pouces à 5 branches, la Bullit en impose. Accouplé exclusivement à une boîte manuelle à 6 vitesses, dont le pommeau est une boule de billard, on retrouve le moteur V8 atmosphérique de 5 litres. Il développe 10ch de plus que dans la Mustang GT, pour atteindre 460ch. Largement trop pour les roues arrières motrices sur cette piste détrempée. Avec une pointe de stress liée à la météo et à la durée réduite de l’exercice, je suis nettement plus intimidé que lors de mon essai de la Mustang GT V8 cabriolet.

Constituée d’une ligne droite, puis de virages à l’aveugle, ce tracé n’est pas idéal pour prendre en main une nouvelle voiture, qui plus est de cette puissance… D’ailleurs, pour une fois, je n’ai pas pesté contre les aides électroniques, qui m’ont évité une séance de jardinage lors d’un brutal décrochage du train arrière. Comme mise en confiance avant de sauter dans la Ford GT, j’aurais espéré mieux…

L’accès à bord de cette supercar ne se fait pas comme dans une voiture courante. Il faut se baisser pour ne pas se cogner la tête contre la porte à ouverture en élytre, puis enjamber le ponton de la coque carbone. D’une fois en place dans le siège fixe, c’est le pédalier et le volant qu’il faut régler pour trouver la bonne position. Le volant est muni de nombreux boutons, et sa partie supérieure comporte un shift light. Face à moi, un large écran remplace les traditionnels compteurs.

Une fois le contact mis, on sélectionne le sens de marche de la boîte auto par une molette située sur le tunnel central. Une pression au centre de celui-ci la fera basculer en mode manuel, afin de commander les 7 rapports de la boîte à double-embrayage par le biais des palettes au volant.

La poussée est vraiment impressionnante, mais mon enthousiasme est vite tempéré par le léger aquaplaning dans la coulée d’eau en milieu de ligne droite. Le régime moteur s’emballe au passage de celle-ci, et fait monter le régime cardiaque au même moment. Les passages en courbe sont effectués sur un filet de gaz. Ceux qui ont déjà roulé en Pilot Sport Cup 2 sous la pluie me comprendront. Il est frustrant de disposer d’une telle voiture et de ne pas pouvoir exploiter 10% de son potentiel. A côté, une « banale » Focus RS, avec ses 4 roues motrices, aurait sans aucun doute été plus à l’aise et moi également.

Après les deux tours de piste effectués au volant, des baptêmes au côté d’un pilote sont au programme. Si Sebastian Priaulx a naturellement un rythme bien plus élevé que moi, il n’a pas pu non plus poussé la GT dans ses retranchements. Dans ces conditions particulières, la Ford GT impose naturellement le respect même chez un pilote évoluant en British GT au volant d’une Mustang GT4. Toutefois, l’expérience est excellente et je ressors de la GT sourire aux lèvres.

C’est certain, conduire une voiture de 650ch aussi rare sur une piste détrempée, je ne vais jamais l’oublier ! Et il paraît même que la jalousie a rapidement gagné certains collègues de la rédaction… pour ne pas dire tous !

Remerciements

Merci à Ford Suisse pour l’invitation à l’essai des Ford Mustang Bullit et Ford GT sur la piste de M-Sport.

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