LAND ROVER
DEFENDER
DUEL INTERGENERATIONEL

Le reportage Sport-Auto.ch du 18 février 2021

Rédaction : Sébastien Moulin
Photographies : Gaetan Brunetti, Sébastien Moulin
Vidéo : Sébastien Moulin, Margot Hairon, Anthony Monnier

Sport-Auto.ch a le goût du risque… et vous le prouve ! Si personne dans la rédaction n’est vraiment spécialisé dans le domaine des véhicules tout-terrain, l’équipe a tout de même souhaité tester le dernier Defender 110 P400 dans son élément de prédilection en s’entourant de connaisseurs. Une journée forte en rebondissements…

Pour combler notre manque d’expérience, j’ai fait appel à mon vieil ami Bertrand Mayer, amateur averti et propriétaire de plusieurs véhicules de marque Land Rover. Je l’ai perdu de vue depuis une dizaine d’années, mais je me souviens de ses fascinants récits de voyage en Defender, dans le désert. Bertrand a tout de suite été enthousiasmé par le projet auquel il a associé Marc Blaser, son préparateur spécialisé Land-Rover. Ce dernier exploite le City Garage à Neuchâtel.

Avec Bertrand et Marc, nous tenons deux véritables experts. Aucune de nos questions, tant sur les anciens Defender que sur leur conduite hors des sentiers battus, ne restent sans réponse. Malheureusement, juste avant de prendre possession de notre Defender d’essai, la neige est tombée abondamment jusqu’en plaine et il est impossible de trouver un endroit pour un essai dans le terrain.

Finalement, Marc réussit à nous concocter un programme exceptionnel qui nous fera vite oublier d’avoir dû remettre à plus tard un véritable essai tout-terrain. Le défi qu’il nous propose est de tenter de rejoindre la Métairie du Milieu, située à 1’400 mètres d’altitude, sur la montagne de Chasseral. Cette ferme-restaurant, tenue par Christelle et Nicolas Krähenbühl, est actuellement fermée en raison des restrictions dues à la crise sanitaire. L’accès se fait depuis Cortébert, mais les quatre derniers kilomètres ne sont pas praticables en raison des importantes quantités de neige. Le nouveau Defender sera-t-il capable de relever le défi ?

Nous nous donnons rendez-vous au petit matin devant le garage de Marc, Faubourg de l’hôpital à Neuchâtel. Anciennement dénommé « Grand garage de la Promenade », la façade du City garage est si pittoresque qu’une photo s’impose, tandis que mes camarades de jeu préparent le matériel. Pelles, sangles, cordes s’ajoutent au treuil et plaques à sable déjà installés sur le Defender de Bertrand. Je commence à avoir mes premiers doutes quant à cette aventure…

 

Bertrand profite de la route cantonale en direction de Cortébert pour découvrir le nouveau Defender. Il semble plutôt convaincu puisqu’après une trentaine de kilomètres à son volant il me lâche : « Je pourrais bien craquer ! ». Mais attention, il n’a pas imaginé une seule seconde se séparer de son « vieux » Defender… mais plutôt de remplacer le vieillissant Land Rover Discovery qu’il utilise au quotidien. Depuis Cortébert, la route enneigée, plus étroite et sinueuse, traverse une forêt dans un décor de carte postale. Nous arrivons sans encombre au Pré de Cortébert, point de rendez-vous avec Christelle et Nicolas, descendus à notre rencontre. Ils vivent à l’année à la Métairie du Milieu avec deux jeunes enfants et moult animaux, et chacun possède son Defender. Lorsque qu’ils se sont installés pour exploiter la métairie, le choix de ce véhicule rustique, indestructible et passe partout s’est très vite imposé.

C’est parti ! Le convoi s’élance doucement pour les quatre derniers kilomètres de route très enneigée. Deux Defender ancienne génération précèdent le nouveau. De mon côté, j’ai préféré laisser le volant de notre Land Rover Defender 110 P400 à l’expérimenté Marc pour débuter ce parcours difficile. Cette précaution n’a pas suffi puisqu’à peine une centaine de mètres plus loin, c’est déjà le premier « plantage ». Marc doit sortir la pelle pour dégager le véhicule. Le premier constat est clair : les voies du nouveau Defender sont plus larges que celles de l’ancien si bien que cela l’empêche de rouler dans les profondes traces creusées par son aîné.

Vite dégagé, le convoi repart à bonne allure sur le plateau enneigé. La conduite semble aisée, si bien que je décide de prendre le volant. Marc me conseille de garder une bonne distance entre les voitures lors des passages délicats. Le dénivelé de la route augmente et se fait plus sinueux. Lors d’une relance, je lèche le côté amont du mur de neige, ce qui me renvoie directement en contre bas, exactement là où je voulais éviter d’aller. Je tente de mettre les gaz, mais mon inexpérience associée à une certaine crainte de finir au bas de la pente me font hésiter. Trop tard, le Defender se pose littéralement sur le mur de neige et malgré le blocage du différentiel et toutes les aides électroniques, il ne bouge plus.

Une bonne demi-heure de pelletage plus tard, rien n’y fait ! Notre Defender de 400 chevaux patine désespérément. Il faut sortir les sangles et faire revenir le Defender de Nicolas pour nous sortir de ce mauvais pas. Je suggère à Marc de reprendre le volant mais sa grande expérience ne nous empêche pas de renouveler l’exercice à plusieurs reprises. Il est environ 14h30 quand, enfin, nous apercevons la Métairie. Un dernier remorquage et nous y voilà… Défi relevé, quoique !

Le temps de se réchauffer à l’intérieur, c’est déjà l’heure d’un premier bilan. Clairement, le nouveau Defender s’est montré moins à l’aise dans cet exercice neigeux que son prédécesseur. Mais pouvait-il en être autrement ? Probablement pas, car trop de paramètres jouent en défaveur du « petit » nouveau. Le premier est clairement sa monte pneumatique d’origine, plus large et au profil dévoué à la route et donc moins adapté à ces conditions. A cela s’ajoutent, comme déjà mentionné, des voies plus importantes qui l’empêchent de rouler dans les traces creusées par les Defender des propriétaires de la Métairie. Ensuite il y a le poids, puisque la différence entre les générations avoisine les 500kg. Finalement, dans cet exercice spécifique, seuls les 400 chevaux du nouveau Defender parlent en sa faveur et encore…Bertrand nous explique : « Dans ces conditions, le couple à très bas régime et surtout la sensation du pied sur l’accélérateur sont primordiaux. Avec mon Defender, je reste souvent en 1ère ou 2ème courte, sans même mettre le pied sur la pédale des gaz, juste un filet de temps en temps pour relancer la machine. » 

La discussion entre passionnés est très animée, mais il ne faut pas tarder, la nuit tombe vite en cette saison. J’avais imaginé naïvement que la descente serait plus facile, ce fut exactement le contraire. Le nouveau Defender est le premier à s’immobiliser au travers de la route, mais en désormais fin routinier, chacun sait déjà ce qu’il doit faire. Les choses se compliquent quand le Defender de Bertrand, qui ouvre la route, se bloque dans les mauvaises traces laissées lors d’un plantage du matin. Inutile de compter sur le nouveau Defender qui le suit pour le sortir de ce mauvais pas. Bertrand nous fait alors une démonstration de treuillage et quelques minutes plus tard, le revoilà sur le bon chemin. Ce sera le seul « incident » de la journée pour l’aîné des Defender.

Maintenant c’est au tour de notre Defender de franchir ce passage devenu délicat en raison de notre propre « labourage ». Marc tente un passage en force dans la grosse neige. Généreux sur la pédale de droite, il franchit en parfaite maitrise l’obstacle redouté avant de s’immobiliser définitivement 50 mètres plus loin. Les pelles et les sangles sont à nouveau de sortie, tout le monde se remet une énième fois au travail. Marc étudie tous les modes de conduite, y compris les personnalisables, pour essayer de sortir de ce mauvais pas. Malgré l’aide du robuste Defender, rien n’y fait. Soudain, nous jugeant probablement dans une situation désespérée, l’électronique bloque tout si bien que la boite de vitesse refuse tout service. Cette fois je perds espoir, notre Defender va passer la nuit dans la forêt. Et vu où nous sommes, le coup de fil à un ami, même s’il s’appelle TCS, n’y changera rien.

Fort d’une précédente expérience, Anthony suggère d’éteindre le véhicule et d’attendre un petit quart d’heure. Quinze longues minutes à la nuit tombante, dans la neige et au froid, que chacun d’entre nous utilise pour avertir ses proches que la journée risque d’être plus longue que prévue. Au moment de remettre le contact, je ne sais pas si ma petite prière a été entendue, mais l’électronique du nouveau Def’ semble s’être réinitialisée comme par magie. Reste à dégager la bête à coups de pelles. Tracté par son aîné, notre Defender reprend finalement sa route. Nous redoublons de prudence, tandis que notre petit convoi rejoint la plaine à la lumière de leurs phares…

C’est à Bertrand que revient le bilan de cette journée : « C’est le manque d’adhérence qui a péché, parce que le terrain en soit n’était pas difficile, pas de croisement de pont, pas de forte montée, pas de marche à monter ou descendre. Probablement que sur un terrain sec et en terre, le nouveau Defender passerait aussi bien et même mieux que l’ancien, grâce à l’électronique notamment, mais manque de bol … il a beaucoup neigé … ».

Ce n’est finalement pas si grave, la météo nous aura permis de passer une journée extraordinaire à la neige, dans la bonne humeur. Et pour le vrai terrain, ce n’est que partie remise. Je sais que Marc a encore plein d’idées à nous proposer. Pourquoi pas à l’occasion de l’essai du « petit » Defender, la version 90 !

En attendant, si vous aimez les histoires de Land Rover, restez connectés. En plus de notre récent essai complet du nouveau Defender 110 P400, le troisième opus de nos articles consacrés au Defender nous conduira dans les vignes Neuchâteloises à la rencontre d’un vigneron qui conduit quotidiennement son Land Rover acquis en 1959.

Remerciements

Merci à Jaguar/Land Rover Suisse pour le prêt du nouveau Land Rover Defender 110 P400.

Merci à Bertrand Mayer pour sa présence en Defender et ses conseils avisés.

Merci à Marc Blaser, City garage à Neuchâtel, pour l’organisation de la journée.

Merci à Christelle et Nicolas Krähenbühl pour leur accueil sur la route de la Métairie du Milieu.

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