ROADTRIP TO LE MANS
EN CHEVROLET CORVETTE C8
ÉPISODE 2/2

Le reportage Sport-Auto.ch du 18 juillet 2022

Rédaction : Sébastien Moulin
Photographies : Sébastien Moulin, Lena Willgalis, Luca Valentin

Si vous n’avez pas lu le premier épisode de ce roadtrip passionnant, c’est par ici.

 

Samedi c’est le grand jour. J’insiste pour être du premier voyage menant aux stands. Je veux me plonger dans l’ambiance dès le warm up, une courte séance d’essais libres destinée à s’assurer que tout fonctionne bien avant le grand départ. Malgré mon lever matinal, la journée file à la vitesse des bolides sur la ligne droite des Hunaudières. Juste après le repas de midi, je suis surpris d’entendre déjà les premières voitures quitter les stands pour rejoindre la grille de départ. Une grille de départ que j’ai l’honneur d’arpenter quelques minutes plus tard grâce au « pass gridwalk ».

Un accès normalement réservé à quelques privilégiés, principalement journalistes ou personnalités. Excité à l’idée de fouler la piste et approcher au plus près les voitures et pilotes, je déchante vite. Il y a visiblement beaucoup plus de privilégiés que je ne l’avais imaginé, et me retrouve balancé par une foule compacte sous un soleil de plomb. J’abandonne vite l’idée de rencontrer les Dempsey & compagnie et remonte la grille à la recherche de quelques pilotes suisses dont les portraits me manquent pour faire la présentation et le bilan final des Suisses engagés cette année dans la Sarthe.

Les voitures des premières lignes qui vont jouer la gagne au classement général – dont la Toyota de Sébastien Buemi – sont inaccessibles. Finalement, je me contente de quelques photos ainsi que d’une poignée de main et quelques mots d’encouragement avec le jeune pilote lausannois David Droux, avant de rejoindre l’emplacement de la Corvette 64 pour une photo de groupe avec tous mes collègues. C’est presque un soulagement de quitter ce bitume surchauffé où, dans quelques minutes, 62 bolides vont passer a plus de 250 km/h, et cela durant 24 heures.

Chevrelot Europe ayant tout prévu, nous avons juste le temps de prendre un rafraichissement avant de grimper sur la tribune surplombant les stands. Un endroit idéal pour vivre le départ de cette course mythique. Je vois les voitures sortir des virages Porsche, le Safety Car prendre la voie des stands, libérant la meute de voitures. Le peloton compact défile devant nous dans un brouhaha étourdissant tandis que les leaders disparaissent déjà en direction de la passerelle Dunlop. C’est parti ! Si durant les premiers tours, les voitures repassent devant nous en file indienne, il ne faudra pas longtemps pour qu’elles se repartissent sur toute la longueur du circuit.

Coté Corvette Racing, ce début de course commence bien puisque les deux GT américaines dominent les six premières heures. Nous en profitons pour faire une visite dans les box par petits groupes de deux ou trois personnes pour assister à un arrêt au stand. Oliver Gavin me donne un casque qui me permet d’écouter les passionnantes explications d’Oliver ainsi que les communications entre membres du team. A ce moment de la course, la voiture va s’arrêter uniquement pour ravitailler, pas de changement de pilote prévu.  5-4-3-2-1… et voilà le bolide jaune qui s’immobilise devant moi. L’enjeu est crucial, la voiture qui gagne est souvent celle qui aura passé le moins de temps dans les stands. Un arrêt éclair, d’abord le plein, puis quatre pneus, un coup de chiffon sur le pare-brise et c’est reparti ! Un spectacle parfaitement orchestré où chacun connaît sa partition par cœur.

A la tombée de la nuit, nous nous déplaçons à la première chicane des Hunaudières afin de vivre la magie de la nuit du Mans. Alors que je suis en train de faire quelques clichés, tout à coup la Corvette no 63 fait un tout droit devant moi et court-circuite la chicane. J’ai pensé dans un premier temps que c’était juste une erreur de pilotage, avant d’apprendre dans la nuit que c’était le début d’importants soucis mécaniques sur le train arrière de la voiture, dont un bris de suspension, qui conduiront finalement à son abandon. Tous les espoirs du clan Corvette se reposent donc dorénavant sur la voiture numéro 64.

Nous quittons les Hunaudières pour nous rendre au virage d’Indianapolis, mon spot préféré de nuit. En effet, depuis là il est facile de longer la piste une centaine de mètres jusqu’à Arnage, le virage le plus lent du circuit. Le meilleur endroit pour photographier les voitures de nuit avec les disques de freins bien rouges. Mais aujourd’hui ce n’est pas vraiment au programme, mes collègues émettant rapidement le désir de rejoindre la loge VIP dans le paddock. Personnellement je serais volontiers resté là des heures entières, à voir, écouter et respirer la course.

Au Mans c’est la nuit que j’adore… dommage qu’elle soit si courte ! Cette année, je me suis exceptionnellement accordé quelques heures de sommeil au lever du jour… pas beaucoup mais suffisamment pour vivre la fin de course dans les meilleures conditions. Lorsque je rejoins la loge, La Corvette no 64 se bat pour reprendre la tête de la course qu’elle a provisoirement perdu lors des arrêts aux stands. C’est chose faite lorsque nous approchons de la 18ème heure de course. Aucune alerte à bord de la Corvette, Alexander Sims, alors au volant, vient de battre le record du tour quand subitement, coup de théâtre !

La GT jaune se fait percuter par une LMP2 sur la ligne droite des Hunaudières. La belle américaine est littéralement envoyée dans les rails de sécurité. C’est la stupeur dans le camp Corvette. Heureusement, le pilote est indemne et sort de la voiture sans assistance. Avec cet abandon s’envolent tous les espoirs de victoire. Chevrolet perd sa deuxième C8.R alors qu’une superbe victoire en GTE Pro se dessinait. On baisse les rideaux dans le stand Corvette… sur un incident dont ils ne sont nullement responsables.

Tout le monde suit la fin de course, mais naturellement l’esprit n’est plus vraiment à la fête. C’est donc très intérieurement que j’ai explosé de joie lorsque Sébastien Buemi a franchi la ligne d’arrivée en vainqueur pour la 4ème fois… tandis qu’en GT, c’est Porsche qui profite des déboires de Corvette pour retrouver la victoire au Mans.

Lundi matin, je suis ravi de retrouver la C8 Stingray pour reprendre la route vers la Suisse. Profitant du lever du soleil et du peu de circulation, nous prenons le temps de faire encore quelques photos de nos deux Corvette. Étonnamment, à chacun de nos arrêts, nous sommes apostrophés par de sympathiques badauds. A croire que tout le monde a vu la course. Les évènements dramatiques de la veille auraient-ils boosté la cote de sympathie de la marque américaine ?

Arrivé à Zurich, je dois bien me résoudre à rendre ma compagne du week-end, non sans avoir jeté un coup d’œil à la consommation. Je suis surpris de constater que sur l’ensemble du trajet, je n’ai consommé qu’environ 11 l/100 km. Au vu de ma conduite soutenue et du nombre de franches accélérations, je trouve que c’est raisonnable pour ce gros V8 atmosphérique.

Alors, est-ce que la Corvette C8 est une vraie Corvette ? Oui, sans aucun doute ! Et je vous assure je ne suis pas influencé par les magnifiques 24h du Mans que j’ai vécues grâce à Chevrolet Europe. Elle est amusante, efficace et le plaisir à son volant est indéniable. Certes elle n’est pas parfaite, mais quelle supercar l’est ?

Afin de vous livrer un compte rendu plus complet sur ses facultés dynamiques et son utilisation quotidienne, nous nous réjouissons de l’essayer prochainement sur nos routes.

Remerciements

 

Merci à Chevrolet Europe pour l’invitation à nous rendre aux 24H du Mans au volant de la nouvelle Chevrolet Corvette C8.

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