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GRAND BASEL,
L’AUTOMOBILE ÉRIGÉE
EN ŒUVRE D’ART

Le reportage Sport-Auto.ch du 20 septembre 2018

Rédaction : Laurent Missbauer
Photographies : Laurent Missbauer, D.R. Grand Basel

Le salon Grand Basel, qui a eu lieu à Bâle du 6 au 9 septembre, a été l’événement de la rentrée à ne manquer sous aucun prétexte pour les amateurs de belles voitures. Il a en effet érigé l’automobile au rang d’œuvre d’art.

Qualifié de «salon des chefs d’œuvre automobiles», Grand Basel a été un «éclatant succès». C’est en tout cas ce qu’ont déclaré ses organisateurs au terme de la première édition qui a attiré «plus de 12’000 visiteurs, composés d’amateurs, d’experts, de collectionneurs et de passionnés de culture». Car Grand Basel n’est pas seulement une exposition mais également «une plate-forme de la culture automobile».

Les 113 véhicules exposés – «dont un quart était officiellement disponible à la vente » – n’étaient pas tous exclusifs ou de très haut de gamme. Il y avait également plusieurs modèles populaires, «culturellement intéressants», à l’image d’une Ford Consul Capri, «fascinant mélange de lignes américaines, de nom italien et d’exigences britanniques».

Une autre voiture populaire était une Fiat Panda dessinée par Giorgetto Giugiaro dont on a fêté le 80ème anniversaire le 7 août dernier. Sacré «Designer du siècle» en 1999, Giorgetto Giugiaro a notamment dessiné les Alfa Romeo 2600 Sprint (1962), Giulia GT (1963), Alfasud (1971) et GTV (1974). Parmi ses nombreuses créations, on citera encore la Lotus Esprit (1972), les VW Golf 1 et Scirocco 1 (toutes deux en 1974), les Fiat 850 Spider (1965), Uno (1983) et Punto (1993), ainsi que la Maserati Ghibli (1966), les Iso Rivolta (1961), Grifo (1963) et Fida (1967), ces quatre derniers modèles étant tous exposés à Bâle.

Les liens entre Giorgetto Giugiaro et la Suisse sont très étroits. C’est en effet au Salon de Genève de 1963 qu’il présente l’un de ses chefs-d’œuvre: la Chevrolet Corvair Testudo, l’une des grandes vedettes de cette première édition de Grand Basel. Après avoir vendu sa compagnie Ital Design à Volkswagen, Giorgetto Giugiaro et son fils Fabrizio ont fondé GFG et c’est à nouveau à Genève que leur prototype GFG Sybilla – exposé lui aussi à Bâle – a fêté cette année sa première mondiale.

Un autre lien entre Giorgetto Giugiaro et notre pays est qu’il a fait construire en 1987, dans ses ateliers d’Ital Design, la célèbre voiture Minimum que l’architecte suisse Le Corbusier, de son vrai nom Charles-Edouard Jeanneret, projeta en 1928. On ajoutera que l’architecture a été un autre point très important de Grand Basel. On s’en rend compte avant même d’entrer dans le bâtiment de la Foire de Bâle qui abrite ce nouveau salon.

Réalisé par les architectes bâlois Jacques Herzog et Pierre de Meuron, ce bâtiment a la forme d’une gigantesque roue aux écailles lumineuses. Sa partie centrale, à l’air libre, fait office de puits de lumière sur la Messeplatz. A peine entré dans le bâtiment, le visiteur découvre la voiture Linea Diamante que le célèbre architecte italien Giò Ponti avait conçue en 1953.

Cette voiture, qui ne dépassa pas le stade d’une maquette à l’échelle 1:10 à l’époque, a été dévoilée en première mondiale à Bâle, à l’échelle 1:1. Cela devant une photo du gratte-ciel Pirelli construit par Giò Ponti à Milan. Ce très intéressant prototype avait une dizaine d’années d’avance. Il anticipait en effet les premières berlines à hayon telles que l’Autobianchi Primula et la Renault 16, respectivement apparues en 1964 et en 1965.

Ce lien entre l’art – plusieurs tableaux de Giorgetto Giugiaro, fils et petit-fils de peintres, étaient d’ailleurs exposés à Grand Basel –, l’architecture et quelques-unes des plus belles voitures du 20ème siècle (Aston Martin DB4 GT Zagato, Citroën DS, Cisitalia 202, Ferrari 250 GT California Spider, Jaguar Type-E,  Lamborghini Miura, Monteverdi Hai, Porsche 550 Spyder…) a comblé de nombreux visiteurs, dont Flavio Manzoni, en charge du design chez Ferrari, qui était ravi de la façon dont les voitures ont été mises en valeur.

«Il est très important de présenter la forme d’une automobile telle qu’elle a été pensée, à savoir comme une œuvre d’art», a expliqué Flavio Manzoni. «Les cadres blancs dans lesquels les véhicules sont placés ont un effet contemplatif sur les visiteurs. Dans un salon habituel, c’est plutôt dans un environnement bruyant et chaotique que nous découvrons les automobiles. Rien de tout cela ici, seule la voiture compte et il n’y a aucune autre distraction.»

Même constat enthousiaste auprès de Duccio Lopresto, de la collection Lopresto qui a notamment présenté à Grand Basel les deux seuls exemplaires encore existants des Isotta Fraschini 8C Monterosa des années 1947-1948: «J’ai adoré la présentation et la qualité des voitures exposées. On a l’impression d’être dans un concours d’élégance en intérieur, ce qui est inhabituel dans le domaine des voitures de collection. Le point fort du salon est qu’il est résolument axé sur le design. A mes yeux, c’est ce qu’il y a de plus beau dans une automobile.»

Un des slogans de Grand Basel étant «Les plus belles voitures du passé, du présent et du futur», plusieurs modèles actuels étaient également exposés: Bugatti Chiron, Pagani Huayra et même la nouvelle Tesla Roadster, dévoilée justement en première européenne à Bâle.

Même le nouveau livre Ferrari, réalisé par Taschen et vendu 5000 euros, voire 25’000 euros avec un écrin chromé qui évoque un moteur 12 cylindres, était présent à ce salon décidément très exclusif. On se réjouit d’ores et déjà d’assister à sa prochaine édition. Ne serait-ce que pour admirer les magnifiques voitures de la Kaiser Collection.

Ancien partenaire de Peter Sauber en F1, Fritz Kaiser est aujourd’hui à la tête de «The Classic Car Trust» et publie un magazine, appelé «The Key – top of the classic car world». Celui-ci recense «les 100 plus importants collectionneurs au monde» et propose l’interview de l’un d’entre eux, le Suisse Albert Spiess qui est pointé en 9e position et qui possède une des plus belles collections de Lamborghini au monde.

«The Key» donne également la parole à Jean Todt, le président de la FIA, qui dévoile sa passion pour les voitures de collection: «J’en possède quelques-unes que je considère cependant davantage comme des sculptures que comme des voitures car je n’ai tout simplement pas le temps de les faire rouler.»

Fritz Kaiser a exposé à Grand Basel les voitures suivantes: Cisitalia 202 (1947), Lamborghini Miura (1968), Fiat 8V (1953), Fiat 500 Ghia Jolly (1959), BMW 507 (1959), Porsche 550 Spyder (1956), deux bus VW T1 des années 1960 et la sculpture-squelette qui a permis au maître-carrossier italien Dino Cognolato de restaurer l’Alfa Romeo 6C 2500 Competizione (1948) de la Kaiser Collection.

Remerciements

Merci aux organisateurs de MCH et à l’agence de communication Jürg von Matt pour cette invitation à visiter le salon Grand Basel.

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