ECLECTICA
CRANS-MONTANA
2026

Le reportage Sport-Auto.ch du 29 juillet 2026

Rédaction : Laurent Missbauer
Photographies : Laurent Missbauer, Nicolas Mari et Eclectica

Le concours d’élégance Eclectica de Crans-Montana, qui en était à sa 5e édition le samedi 25 juillet, porte vraiment bien son nom. Les voitures qui y sont présentées sont en effet vraiment éclectiques. On peut y rencontrer aussi bien une Ferrari F40 ayant à peine 7000 km au compteur qu’une Porsche 356 de 1951, l’ancienne Maserati Quattroporte de 1969 de Sir Peter Ustinov, une Alfa Romeo Giulia Carabinieri, elle aussi de 1969, ou encore une petite Nissan Figaro de 1991.

A propos de cette dernière marque japonaise, on relèvera que c’est la Nissan R390 GT-1 de l’ancien pilote de F1 français Erik Comas qui a remporté la victoire dans la catégorie « Best of show ».

Présentée pour la première fois en Suisse au début de cette année au concours d’élégance « The ICE St-Moritz », cette Nissan R390 GT-1, en fait l’exemplaire qui avait terminé les 24Heures du Mans de 1998 à la 6eplace du classement général avec les trois ex-pilotes de F1 Erik Comas, Jan Lammers et Andrea Montermini, a eu beaucoup de succès à Crans-Montana. 

Le succès a été d’autant plus considérable que son pilote a rejoint la station valaisanne non pas sur une remorque, mais bien par la route ! « En 1998, le règlement de la catégorie GT1 aux 24 Heures du Mans prévoyait que la voiture de course devait être dérivée d’un modèle de série produit à au moins un exemplaire, c’est ce qui a engendré l’homologation pour la route de véritables prototypes comme la Porsche 911 GT1 ou la Toyota GT-One déguisées en voitures de série », nous a expliqué Erik Comas dont la Nissan R90 GT-1 a été immatriculée en Grande-Bretagne. 

« Pour cela, j’ai notamment dû l’équiper d’une caméra de recul », a ajouté le pilote français qui a longtemps habité en Suisse, tout d’abord à Villars-sur-Ollon, puis à Aigle, et qui est même titulaire d’un passeport suisse. Et pour montrer que sa Nissan R390 GT-1 est « véritablement une voiture de série capable de vous permettre de partir en voyage le week-end », Erik Comas montre à la designer d’automobiles Alessia Ombrella, une des cinq membres du jury du concours d’élégance, le coffre à bagage qui contient notamment une valise, jaune comme la voiture!

Mais, concrètement, comment se passe un trajet sur route ouverte avec la Nissan R390 GT-1 ? Le matin même de ce concours d’élégance Eclectica, nous avons suivi en exclusivité Erik Comas et son bolide sur un itinéraire de 32 kilomètres partant de Sion (483 m) et culminant au centre de Crans-Montana (1476 m). Première étape : l’autoroute A9 du Valais central. La R390 GT-1 ronge son frein en restant dans les limitations de vitesses et… étonne de nombreux automobilistes, incrédules de voir une telle voiture les dépasser nonchalamment sur la voie de gauche !

La probabilité de croiser un bolide ayant participé aux 24 h du Mans sur les routes valaisannes est en effet très basse. Ce cercle très fermé de voitures de courses avec homologation routière comprend, notamment, des noms mythiques comme Mclaren F1 GTR, Ferrari 250 LM ou 250 GTO. Malgré son architecture basse et effilée, conçue pour foncer à plus de 330 km/h, la Nissan R390 GT1 se déjoue des (lentes) zones en travaux sur son itinéraire sans broncher. Accompagnée d’une superbe Dino 246 GT, elle aussi jaune, elle nous a offert de spectaculaires points de vue.

Comme l’on peut s’y attendre, la R390 GT-1 n’a pas été conçue pour performer sur des routes de montagnes. Malgré cela, le bolide a rallié la montée de Sierre (525 m) à Crans-Montana sans problèmes. Avec en toile de fond les Alpes suisses, elle a évidemment fait retourner beaucoup de têtes !

Mais revenons à présent sur les autres pépites présentes à cette édition 2026 d’Eclectica, qui a attiré une foule considérable (les organisateurs ont évoqué « une forte affluence de plus de 1000 visiteurs »). Alessia Ombrella s’arrête devant une Porsche 356 immatriculée en Valais. « Elle date de 1951 et fait partie des 600 premières Porsche construites au monde », relève fièrement son propriétaire Bernard Moix qui nous explique que les premières Porsche ne possédaient pas de jauge à essence. Pour connaître la quantité d’essence qui se trouvait dans le réservoir, il fallait ouvrir le capot avant, dévisser le bouchon du réservoir et y glisser une tige en bois sur laquelle des lignes indiquaient le niveau de remplissage du réservoir: 5, 10, 20, 30, 40 et 50 litres ! 

Restaurée dans les règles de l’art, cette Porsche 356 Pre-A a terminé au 3e rang dans la catégorie « Classiques », à savoir les voitures produites jusqu’en 1990. Dans cette catégorie, le 2ème rang est revenu à la Maserati Quattroporte de 1969 présentée par le sculpteur Igor Ustinov. 

Il s’agit de la voiture qui appartenait à son père, Sir Peter Ustinov, né le 16 avril 1921 à Londres et décédé le 28 mars 2004 à Genolier dans le canton de Vaud. Celui qui avait reçu en 1961 l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle dans le film Spartacus de Stanley Kubrick était un grand amateur de belles voitures en général et de Maserati en particulier. « Mon père admirait beaucoup les pilotes de F1 et a suivi de nombreux grands-prix en compagnie du célèbre photographe Bernard Cahier, un ami de la famille », nous a expliqué Igor Ustinov à Crans-Montana.

Crans-Montana a accueilli de nombreux pilotes de F1 il y a 60 ans. La course de côte Sierre-Montana comptait en effet à l’époque pour le championnat d’Europe de la montagne et l’édition de 1966 avait vu l’Italien Lodovico Scarfiotti s’imposer sur une Ferrari Dino 206 P devant les Porsche 910 d’usine confiées aux pilotes allemands Gerhard Mitter et Hans Herrmann, qui ont eu aussi couru en F1. C’était le 28 août 1966 et, une semaine plus tard, le 4 septembre 1966, Lodovico Scarfiotti gagna à Monza le Grand Prix d’Italie au volant de sa Ferrari 312. Il s’agit jusqu’à aujourd’hui du dernier pilote italien à avoir remporté son grand prix national! On reparlera peut-être à nouveau de Lodovico Scarfiotti si Kimi Antonelli venait à s’imposer le 6 septembre prochain à Monza ! 

Et puisqu’on parle d’Italie, on relèvera qu’une des voitures qui a eu le plus de succès auprès des visiteurs du concours d’élégance Eclectica a été l’Alfa Romeo Giulia Carabinieri. Cette vaillante berline de 1969, propriété d’un célèbre collectionneur suisse de Ferrari, était conduite à Crans-Montana par un véritable policier du canton de Genève qui, pour le plus grand plaisir du public, actionnait régulièrement la sirène de police !

Toujours au sujet de l’Italie, on relèvera que quatre voitures italiennes ont remporté leur catégorie respective au concours d’élégance Eclectica. La Ferrari F40, que nous avions évoquée au début de cet article, s’est imposée dans la catégorique « Passion », pour le plus grand plaisir de son propriétaire, le Valaisan Blaise Zuchuat.

Quant à l’Alfa Romeo 8C Competizione jaune du Norvégien Nicklas Naess, qui travaille chez Bugatti/Rimac à Molsheim, et à la Ferrari Testarossa monospecchio grise du Vaudois Umberto d’Amato, elles se sont respectivement imposées dans les catégories « Modernes » et « Classiques ». 

Enfin, le prix « Esprit d’Eclectica » est revenu à la Morris Spiaggetta dessinée et construite par Giovanni Michelotti à Turin. Propriété aujourd’hui du Genevois Sandro De Giuli, cette petite voiture de plage, qui s’appelle Shellette Morris en anglais, prouve qu’il n’est nul besoin de disposer d’une supercar pour s’imposer dans un concours d’élégance !

« Mon père avait proposé ce prototype aux responsables de Morris afin de leur offrir un véhicule de série adapté aux vastes plages australiennes. Cette idée avait été bien accueillie mais s’était finalement révélée irréalisable car le modèle Morris en question venait de cesser d’être produit », nous a confié Edgardo Michelotti, fils de Giovanni Michelotti et curateur de l’Archivio Storico Michelotti.

A propos de l’Esprit d’Eclectica, il convient de souligner que cette manifestation – organisée par Nelson Philippe (40 ans), un ancien pilote qui a participé aux 500 Miles d’Indianapolis et qui réside à Crans-Montana – va bien au-delà d’une simple exposition statique de véhicules. Des balades sur les magnifiques routes de montagne du Valais ont ainsi été proposées aussi bien la veille (vendredi) que le lendemain du Concours d’Elégance (dimanche). Enfin, de nombreux dons ont été recueillis lors du gala du samedi soir au profit des victimes de l’incendie survenu à Crans-Montana le 1er janvier 2026. 

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