EXPOSITION
MICHELOTTI
À AIGLE

Le reportage Sport-Auto.ch du 31 mai 2022

Rédaction : Laurent Missbauer
Photographies : Laurent Missbauer

L’exposition consacrée au designer turinois Giovanni Michelotti, à voir jusqu’au 26 juin chez Prestige Car Romand à Aigle, est à ne manquer sous aucun prétexte pour tous les passionnés de belles voitures. Intitulée « Génie et élégance, l’automobile par Giovanni Michelotti », elle érige les Alfa Romeo, Ferrari, Jaguar, Lancia, MG et autres Triumph exposées au rang de véritables œuvres d’art. On ne s’étonne pas ainsi que de nombreux clients et constructeurs aient fait appel au talent de Giovanni Michelotti (1921-1980). Cela lui a permis de créer plus de 1200 voitures, dont certaines ont été produites à des centaines de milliers d’exemplaires. C’est notamment le cas des BMW 700 et 2002, ainsi que de la plupart des Triumph des années 60 et 70.

Mais pourquoi donc cette exposition, organisée avec le soutien du Consulat général d’Italie à Genève et de l’Institut culturel italien en Suisse, a-t-elle lieu à Aigle ? Parce que cette petite ville vaudoise, connue avant tout pour son château dont les origines remontent au XIIe siècle, a abrité par le passé la célèbre Carrosserie Ghia-Aigle. Celle-ci, indépendante de la société italienne Ghia, a produit, de 1948 à 1960, quelques-unes des plus exclusives Alfa Romeo, Bugatti, Ferrari, Jaguar et MG. Or, un grand nombre d’entre elles ont justement été dessinées par Giovanni Michelotti !

Ce sont d’ailleurs deux modèles de ces deux dernières marques qui accueillent les visiteurs dans la première partie de l’exposition. Il s’agit de la Jaguar XK 150 Ghia-Aigle de 1958 et de la MG TD Ghia-Aigle de 1953. Toutes deux portent la signature de Giovanni Michelotti. Il en va de même pour l’Alfa Romeo 1900 C Ghia-Aigle. On notera que celle-ci, bien mise en valeur par sa très belle peinture bicolore, porte sur ses ailes avant l’inscription Ghia-Aigle Lugano.

Fondée en 1948 par Paul Genet, Edouard Monney et Piero Filippi, industriel italien et principal artisan du transfert du savoir-faire des artisans turinois à Aigle, la Carrosserie Ghia-Aigle a vu son siège être brièvement déplacé à Lugano à la fin des années 50. Pour quelles raisons ? Afin d’élargir le cercle de clients intéressés par la réalisation de voitures exclusives ? C’est fort possible. Ce qui est certain, c’est que l’inscription Ghia-Aigle Lugano disparaît à la fin des années 50 et que la Carrosserie Ghia-Aigle ne quittera plus le Chablais vaudois dans les années 60.

Comme le montre la deuxième partie de l’exposition, Giovanni Michelotti collabore avec de nombreux carrossiers, à commencer par Bertone, Allemano, Vignale et Moretti. Afin d’illustrer ces collaborations, les deux commissaires de l’exposition, Silvio Cibien, président de l’Amicale Fiat Anciennes Suisse, et Edgardo Michelotti, fils de Giovanni Michelotti, ont réuni de nombreux dessins, qui valent à eux seuls le déplacement à Aigle, ainsi que six voitures. Parmi elles, on relève une Vignale MG TD Coupé de 1953 qui ressemble à s’y méprendre aux Ferrari carrossées à l’époque par Vignale. Cette similitude n’est guère fortuite. Michelotti a en effet dessiné aussi bien cette MG que toutes les Ferrari construites par Vignale !

On remarque aussi une Vignale Rendez-Vous de 1959, dérivée d’une Fiat 600, ainsi qu’une Lancia Aurelia de 1952, carrossée elle aussi par Vignale. Cette Lancia côtoie une Moretti Tour-du-Monde de 1958 et une Moretti 1600 GS de 1969. Celle-ci, réalisée sur la base d’une Fiat 125 S, est la seule voiture de l’exposition à ne pas avoir été dessinée par Michelotti. Elle est en effet l’œuvre du Veveysan Dany Brawand.

Fils du conseiller national socialiste Marcel Brawand, originaire de Grindelwald et de Vevey, Dany se passionne depuis son enfance pour le dessin automobile et veut en faire son métier. Il est alors engagé en 1952, à l’âge de 18 ans, à la Carrosserie Ghia-Aigle. C’est là qu’il rencontre Giovanni Michelotti qui, venu superviser l’une de ses nombreuses réalisations, lui propose de devenir son apprenti à Turin. A la fin de l’année 1952, Dany Brawand commence un stage de six mois au Studio Michelotti. Il y restera 12 ans avant de se mettre à son compte en tant que designer indépendant et d’être engagé par le constructeur turinois Moretti.

Cette deuxième partie de l’exposition présente également des informations très détaillées sur la Triumph Italia 2000 de 1959 qui appartient aujourd’hui à un professeur de l’Ecole polytechnique de Zurich. Carrossée par Vignale, elle a été produite à 329 exemplaires et marque les débuts de la longue collaboration entre Michelotti et Triumph. Aussi bien les Herald, que les Spitfire et les Dolomite, pour ne citer que trois des Triumph les plus connues, ont en effet été dessinées par Michelotti.

En ce qui concerne les Triumph de grande série, l’exposition d’Aigle présente un cabriolet Spitfire dont le bleu contraste singulièrement avec la couleur crème de la BMW 1600, le vert vif de la DAF 44 et le jaune tournesol de l’Alpine A110. Ces trois voitures ont été produites en plusieurs milliers d’exemplaires, à 7579 exemplaires très exactement en ce qui concerne l’A110. Pour la petite histoire, on relèvera que l’A110 se base essentiellement sur l’A108 qui a été entièrement dessinée par Giovanni Michelotti et qui se différencie avant tout par une partie arrière redessinée. Cette petite différence a-t-elle servi de prétexte à Jean Rédélé, le fondateur d’Alpine, pour ne pas payer à Michelotti le dessin de l’A110 ? On l’ignore. « Ce qui est certain, c’est que Jean Rédélé a oublié de payer mon père », nous a précisé Edgardo Michelotti, présent lors de l’inauguration de l’exposition à Aigle en compagnie de sa fille Alessia.

Si la BMW 1600 de 1970, la DAF 44 de 1969 et la Triumph Spitfire de 1974 exposées à Aigle ont toutes été produites en grande série, il n’en va pas de même pour l’Alfa Romeo Giulietta Goccia de 1961 (dont les lignes ressemblent beaucoup à celles de l’Alpine A110), la Michelotti-Fiat 125 S Coupé Ginevra de 1969, la Ferrari 330 GT Coupé Michelotti de 1969 et la Triumph Ginevra de 1968. Ces quatre modèles n’ont en effet été construits qu’à un seul exemplaire.

« La Ferrari 330 GT Coupé Michelotti est incontestablement ma préférée », nous a confié Tomaso Marchegiani, le Consul général d’Italie à Genève. « Sa ligne, à la fois moderne et originale, a permis d’obtenir un habitacle spacieux. C’est très important pour moi qui suis de grande taille. Quant à sa couleur aubergine et ses sièges en cuir blanc, ils témoignent parfaitement de l’élégance que l’on associe au Made in Italy. »

Le fait que la Ferrari 330 GT Coupé Michelotti soit exposée à côté de la Triumph Ginevra, présentée en première mondiale lors du Salon de Genève de 1968, permet de bien identifier les similitudes de ces deux véhicules très en avance sur leur temps. L’innovation et l’anticipation sont deux des caractéristiques du style de Michelotti qui a non seulement dessiné des voitures en Europe, mais également au Japon, aux Etats-Unis et en Australie ! En sa qualité de designer indépendant, il a pu faire preuve d’une liberté que d’autres designers, au sein des studios des constructeurs ou d’importantes structures telles que Pininfarina ou Bertone, ne pouvaient que lui envier. Une liberté qui lui a permis de créer de véritables œuvres d’art. Celles-ci sont à admirer jusqu’au 26 juin à Aigle.

Remerciements

Merci à Silvio Cibien, président de l’Amicale Fiat Anciennes Suisse, ainsi qu’à Edgardo Michelotti, de l’Archivio Storico Michelotti, pour leur invitation à visiter en avant-première l’exposition « Génie et élégance, l’automobile par Giovanni Michelotti » à Aigle.

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