Partie depuis la voie des stands après un changement moteur effectué jeudi, la Porsche 911 GT3 R n°80 du team Lionspeed GP a signé l’un des plus grands retours récents des 24 Heures de Spa. Au terme d’une course mouvementée, rythmée par les neutralisations, les averses nocturnes et les rebondissements stratégiques, l’Argovien Ricardo Feller et ses coéquipiers Bastian Buus et Thomas Preining ont offert à Porsche une victoire capitale dans les CrowdStrike 24 Hours of Spa ainsi qu’en Intercontinental GT Challenge.
Dans une édition disputée devant une affluence record de 132 000 spectateurs et lancée officiellement par Pierre Fillon, président de l’Automobile Club de l’Ouest, tout semblait pourtant compromis pour l’équipage de la n°80 avant même le départ. Contraints de s’élancer depuis les stands après des travaux mécaniques majeurs, Buus, Feller et Preining ont d’abord dû remonter patiemment à travers le peloton des 69 voitures engagées.
Au fil de la nuit, la Porsche jaune et noire s’est progressivement invitée dans le groupe des prétendants à la victoire. Dimanche matin, trois Porsche occupaient encore les avant-postes, mais la n°80 apparaissait désormais comme la meilleure arme de Stuttgart face à deux adversaires majeurs : la Mercedes-AMG Mann-Filter de Lucas Auer, Luca Stolz et Maro Engel, ainsi que la Ferrari AF Corse n°51 d’Alessio Rovera, Tommaso Mosca et Nicklas Nielsen.
La Ferrari semblait pourtant disposer du meilleur rythme pur durant tout le week-end. Après une pole position magistrale décrochée vendredi, l’équipage AF Corse dominait également en course. Mais deux crevaisons et quarante secondes de pénalités lors des arrêts aux stands ont lourdement compromis ses chances dès la soirée de samedi, reléguant la 296 GT3 à près de deux tours des leaders.
Cette mésaventure a totalement relancé la bataille en tête. Mercedes-AMG, Porsche, BMW et même Ford ont alors cru pouvoir s’imposer. Les multiples Full-Course Yellow, les interventions de la voiture de sécurité et une forte averse dans la nuit ont continuellement redistribué les cartes.
Dans ce chaos stratégique, la Mercedes-AMG Mann-Filter s’est distinguée par une remarquable régularité. Engel, Auer et Stolz ont traversé les 24 heures sans erreur majeure et semblaient solidement installés en tête à l’approche des six dernières heures. Mais la Porsche Lionspeed GP gagnait du terrain à chaque relais.
Le tournant décisif survient à cinq heures et demie de l’arrivée. Grâce à un undercut parfaitement exécuté lors de la séquence des arrêts, Thomas Preining bondit de la troisième à la première position devant la Mercedes Mann-Filter et la Porsche Schumacher CLRT. Dès lors, la n°80 impose son rythme. Malgré plusieurs neutralisations capables de regrouper le peloton, Porsche conserve systématiquement une avance proche des vingt secondes.
Ricardo Feller (Porsche 911 GT3 R n° 80) : « Je suis très soulagé et incroyablement fier de toute l’équipe ; elle méritait cette victoire. Devoir s’élancer depuis la voie des stands constituait évidemment un contretemps. Mais nous avons continué à croire en nos chances. C’est précisément ce qui fait la force d’une équipe. Nous avons écrit un chapitre fantastique de notre histoire. Dans notre discipline, on connaît plus de défaites que de victoires ; c’est pourquoi nous allons fêter ce succès comme il se doit. »
Derrière, la lutte pour les autres places du podium reste intense jusqu’au drapeau à damier. Nicklas Nielsen et Alessio Rovera multiplient les attaques pour ramener la Ferrari AF Corse dans les échappements de la Mercedes-AMG. Mais Engel, Stolz et surtout Lucas Auer résistent jusqu’au bout. Après vingt-quatre heures de tension, Preining franchit finalement la ligne avec 12,3 secondes d’avance sur Auer, tandis que la Ferrari échoue à seulement sept dixièmes de seconde de la deuxième place.
Cette victoire marque le premier succès IGTC de Bastian Buus et Ricardo Feller, tandis que Thomas Preining décroche son deuxième triomphe dans la série intercontinentale. À seulement 22 ans, Buus devient également le plus jeune vainqueur des 24 Heures de Spa depuis Jules Gounon en 2022.
Derrière le trio de tête, la Porsche Schumacher CLRT termine quatrième après une lutte musclée avec la Porsche Boutsen VDS, finalement repoussée au huitième rang après plusieurs contacts. Entre les deux, on retrouve la seconde Ferrari AF Corse pilotée notamment par Arthur Leclerc et Lilou Wadoux, la BMW WRT de Valentino Rossi, Dan Harper et Max Hesse, ainsi que l’Aston Martin Walkenhorst, miraculée après un spectaculaire envol dès le premier tour dans un accident impliquant plusieurs voitures.
Ford, de son côté, a longtemps animé les débats. La Mustang GT3 n°64 du HRT a même mené la course à la régulière avant d’abandonner au Bus Stop, tandis que la seconde voiture du constructeur américain a vu ses espoirs s’envoler après un tête-à-queue alors qu’elle figurait dans le top 6.
Au championnat IGTC, cette victoire change profondément la dynamique. Porsche renverse la situation chez les constructeurs en passant d’un retard de neuf points à une avance équivalente sur Mercedes-AMG. Chez les pilotes, Maro Engel conserve la tête devant Luca Stolz et Maxime Martin, mais l’absence probable d’Engel lors des prochaines manches de Suzuka et Indianapolis, en raison de son programme DTM, pourrait totalement relancer la lutte pour le titre.
Dans la catégorie Independent Cup, Jefri Ibrahim et la Chevrolet JMR remportent la victoire en Pro-Am, tandis que Li Kerong continue de conforter sa domination au championnat grâce à une nouvelle deuxième place.
Après une édition spectaculaire et indécise jusqu’aux derniers mètres, l’Intercontinental GT Challenge met désormais le cap sur le Japon, où les concurrents se retrouveront du 11 au 13 septembre pour les 1000 km de Suzuka.
Crédits photos : Jean-Luc Patars/Sport-Auto.ch ; Porsche






