Sami Pajari et Marko Salminen ont marqué l’histoire du Championnat du monde des rallyes en remportant le Rallye du Paraguay, troisième épreuve consécutive gagnée par l’équipage finlandais. Au terme d’un week-end particulièrement éprouvant, marqué par une hécatombe de crevaisons et de problèmes mécaniques, le pilote Toyota s’est imposé avec 25,8 secondes d’avance sur Hayden Paddon. Adrien Fourmaux complète le podium après une spectaculaire remontée, tandis qu’Elfyn Evans conserve la tête du championnat.
Les feux d’artifice qui avaient illuminé Encarnación jeudi soir pour le départ cérémoniel du premier Rallye du Paraguay inscrit au calendrier mondial n’étaient finalement qu’un avant-goût du spectacle. Dès vendredi, les spéciales paraguayennes ont offert un scénario particulièrement mouvementé, les crevaisons et les incidents bouleversant à plusieurs reprises le classement. Au milieu de ce chaos, Sami Pajari a fait preuve d’une remarquable maîtrise pour prendre progressivement le contrôle de l’épreuve et signer, dimanche, une victoire historique.
Le Finlandais, déjà victorieux en Estonie puis chez lui en Finlande, avait pour objectif de décrocher un troisième succès consécutif en WRC. Il a finalement réussi son pari, devenant avec son copilote Marko Salminen le premier équipage de l’histoire du Championnat du monde dont les trois premières victoires ont été obtenues consécutivement.
Une première journée particulièrement éprouvante
Vendredi, Sami Pajari a pourtant dû patienter avant de prendre les commandes. Hayden Paddon, particulièrement à l’aise pour son retour sur terre au plus haut niveau mondial depuis 2018, s’était emparé de la tête à la mi-journée. Le pilote Hyundai avait parfaitement résisté aux difficultés du premier passage et comptait alors 23,9 secondes d’avance. Mais l’après-midi allait totalement rebattre les cartes. Adrien Fourmaux, l’un des hommes les plus rapides de la journée lorsque les problèmes l’épargnaient, remportait Cambyreta puis Nueva Alborada. Cette dernière spéciale était fatale à Hayden Paddon, victime d’une délamination de son pneu avant droit. Elfyn Evans en profitait pour prendre brièvement la tête avec seulement cinq dixièmes de seconde d’avance.
Le deuxième passage dans Yerbatera, la plus longue spéciale du rallye avec ses 33,88 kilomètres, allait cependant provoquer une nouvelle redistribution des positions. Le pneu arrière droit d’Elfyn Evans commençait à se délaminer avant de partir complètement en morceaux. Le leader du championnat était contraint de terminer la spéciale sur la jante, abandonnant une grande partie du bénéfice acquis précédemment. Pajari, lui, réalisait une spéciale sans encombre et signait le meilleur temps, avec un dixième de seconde d’avance sur son équipier Oliver Solberg. Hayden Paddon parvenait également à rallier l’arrivée malgré une délamination de son pneu arrière gauche, mais concédait 20,8 secondes au Finlandais.
À l’issue des huit spéciales, Sami Pajari comptait ainsi 11,9 secondes d’avance sur Hayden Paddon, tandis qu’Elfyn Evans occupait la troisième place à 56,3 secondes. Adrien Fourmaux était quatrième, malgré une journée particulièrement difficile. Le Français avait pourtant remporté quatre des huit spéciales. Mais il avait perdu près d’une minute et demie en changeant un pneu dans le premier passage de Yerbatera avant de terminer le second avec les deux pneus arrière à plat. Josh McErlean complétait le top 5 après avoir lui aussi connu des difficultés et perdu plus de deux minutes dans Yerbatera. Derrière les pilotes de pointe, le héros local Diego Domínguez réalisait une formidable performance. Sixième du classement général, il prenait également la tête du WRC2 avec 39,4 secondes d’avance sur Gus Greensmith.
La journée avait par ailleurs été particulièrement cruelle pour plusieurs favoris. Takamoto Katsuta partait en tonneau seulement deux kilomètres après le départ de la première spéciale. Thierry Neuville abandonnait après avoir endommagé la suspension arrière gauche de sa Hyundai sur ce même chrono, tandis que le champion du monde en titre Sébastien Ogier voyait sa journée s’achever dès la troisième spéciale après l’échec d’une réparation provisoire de sa suspension. Oliver Solberg, huitième, avait lui aussi vécu une journée frustrante. Alors qu’il occupait une excellente position, son moteur s’était arrêté au freinage dans le premier passage de Yerbatera. Incapable de redémarrer, sa Toyota avait finalement été poussée par des spectateurs avant qu’une crevaison ne lui fasse perdre davantage de temps.
Sami Pajari creuse l’écart samedi
Sami Pajari abordait la deuxième étape avec 11,9 secondes d’avance sur Hayden Paddon et allait progressivement augmenter son avantage. Les conditions se révélaient toutefois très différentes de celles imaginées par les équipages. De fortes pluies étaient annoncées, incitant plusieurs pilotes à opter pour des réglages et des pneumatiques adaptés à l’humidité. Mais les premières spéciales du samedi se disputaient finalement sur une route largement sèche, glissante et de plus en plus abrasive.
Le Finlandais gérait parfaitement cette situation et augmentait régulièrement son avance. Il connaissait néanmoins une petite alerte dans la première Hohenau en sortant trop large dans un fossé. Le contact arrachait la partie supérieure de l’aileron arrière de sa GR Yaris Rally1. Malgré ce problème aérodynamique, Sami Pajari ralliait l’assistance avec 22,8 secondes d’avance. L’aileron était remplacé et le leader pouvait reprendre sa marche en avant.
Une nouvelle petite frayeur sur Bella Vista, où il tirait tout droit, ne l’empêchait pas de conserver le contrôle de la course. Plus que la vitesse pure, Sami Pajari savait qu’il fallait désormais préserver ses pneumatiques et éviter les pièges. « C’est davantage une question de survie », expliquait-il, conscient que le Rallye du Paraguay était très différent de ses précédents succès en Estonie et en Finlande.
Hayden Paddon, deuxième, ne pouvait pas retrouver le rythme qui lui avait permis de mener vendredi. Le Néo-Zélandais choisissait donc la prudence, avec pour objectif principal de préserver ses pneus et d’éviter les problèmes qui avaient déjà décimé une grande partie du peloton.
La véritable bataille du samedi concernait finalement la troisième place. Parti avec 55 secondes de retard sur Elfyn Evans, Adrien Fourmaux se lançait dans une spectaculaire remontée. Le pilote Hyundai remportait Bella Vista Sur et Hohenau le matin, avant d’enchaîner trois nouveaux meilleurs temps consécutifs dans l’après-midi. À la fin de la quinzième spéciale, son retard sur Evans n’était plus que de 16 secondes. Une nouvelle attaque dans Trinidad ramenait l’écart à 13,1 secondes, avant que la spéciale spectacle d’Encarnación Costanera ne permette au Français de frapper un nouveau grand coup. Adrien Fourmaux y était 9,8 secondes plus rapide qu’Elfyn Evans et revenait à seulement 3,3 secondes du pilote Toyota au classement général.
Derrière eux, Oliver Solberg profitait d’une erreur de Josh McErlean, qui sortait légèrement large et arrachait des panneaux publicitaires dans la dernière spéciale, pour prendre la cinquième place. Seulement 6,3 secondes séparaient les deux hommes avant la dernière journée.
Une dernière journée maîtrisée par Pajari
Dimanche, cinq spéciales et 68,16 kilomètres chronométrés restaient au programme. Sami Pajari possédait alors 24,1 secondes d’avance sur Hayden Paddon et savait qu’il devait avant tout éviter la faute. L’écart diminuait légèrement à l’issue de la première spéciale d’Encarnación, où le pilote Hyundai revenait à 21,5 secondes. Mais le leader réagissait immédiatement et augmentait son avance lors des deux spéciales suivantes. Dès lors, la victoire semblait fermement entre ses mains. Le Finlandais abordait la Wolf Power Stage finale avec suffisamment de marge pour ne pas avoir à prendre de risques inconsidérés. Il franchissait la ligne d’arrivée avec 25,8 secondes d’avance sur Hayden Paddon et pouvait laisser éclater sa joie :
« C’est incroyable », déclarait Pajari à l’arrivée. « Un grand merci à l’équipe une nouvelle fois. Ce rallye n’a pas été facile, ni pour les pilotes ni pour l’équipe. Construire une voiture aussi fiable est la clé du succès. C’est vraiment un moment dont je suis très fier. »
Avec ce troisième succès consécutif, Sami Pajari réalise donc une performance inédite en WRC. Après ses victoires en Estonie et en Finlande, le Finlandais devient le premier pilote à remporter ses trois premières épreuves mondiales consécutivement. Cette série permet également au jeune pilote de 24 ans de réduire considérablement son retard au championnat. Alors qu’il comptait 30 points de retard sur Elfyn Evans avant le Paraguay, il n’en accuse désormais plus que 20 à trois manches de la fin de la saison.
Hayden Paddon confirme son retour au premier plan
Hayden Paddon a lui aussi réalisé une performance remarquable. Pour son premier rallye sur terre au plus haut niveau depuis 2018, le Néo-Zélandais a même mené l’épreuve vendredi avant de rester le principal rival de Sami Pajari jusqu’à l’arrivée. Malgré les problèmes de pneumatiques rencontrés vendredi après-midi, il a su conserver la deuxième place et offrir à Hyundai un podium particulièrement précieux.
« Ce podium a vraiment une saveur particulière », expliquait Hayden Paddon. « Beaucoup de gens nous avaient écartés, mais beaucoup d’autres ont cru en moi et nous avons cru en nous-mêmes. Cela montre qu’il ne faut jamais abandonner. Il faut rêver et oser croire en ses rêves. »
Adrien Fourmaux arrache le podium à Evans
La troisième place est revenue à Adrien Fourmaux au terme d’un superbe retournement de situation. Le Français avait terminé la première journée à 1 min 51,3 de la tête après avoir été pénalisé par ses problèmes de pneumatiques. Mais il s’était lancé samedi dans une incroyable remontée, réduisant son retard sur Elfyn Evans de plus de 55 secondes à seulement 3,3 secondes au terme de la deuxième étape. Dès la première spéciale de dimanche, Adrien Fourmaux passait à l’attaque et dépassait le leader du championnat. Il parvenait ensuite à maintenir Elfyn Evans derrière lui pour terminer troisième, à 40 secondes de Sami Pajari et avec 5,1 secondes d’avance sur le Gallois.
« C’est un week-end incroyable », soulignait Adrien Fourmaux. « Être à une minute cinquante de la tête vendredi soir et revenir à moins de cinquante secondes, c’est tout simplement incroyable. C’était un très bon combat pour revenir. »
Elfyn Evans devait donc se contenter de la quatrième place. Le pilote Toyota conserve néanmoins la tête du championnat avec 216 points, contre 196 pour Pajari. Oliver Solberg reste troisième avec 175 points. Le Suédois a lui aussi sauvé un résultat honorable après ses déboires du vendredi. Cinquième du classement général, il remportait également la Wolf Power Stage.
Josh McErlean terminait sixième au volant de sa Ford M-Sport, après un nouveau week-end mouvementé. Le Britannique devait notamment improviser une réparation de son levier de vitesses cassé à l’aide d’une clé de 10 mm. La dernière journée était toutefois marquée par un incident plus sérieux. L’avant-dernière spéciale, Artigas, était interrompue puis définitivement neutralisée après une sortie de route de Takamoto Katsuta et de son copilote Aaron Johnston. Les deux hommes étaient évacués par hélicoptère vers un hôpital local pour des examens médicaux par précaution.
Diego Domínguez offre une victoire historique au Paraguay en WRC2
Le WRC2 a offert au public local une conclusion idéale. Diego Domínguez et Rogelio Peñate ont remporté leur catégorie devant leurs supporters et terminé à une superbe septième place au classement général. Le Paraguayen, qui avait pris les commandes du WRC2 dès vendredi, n’a jamais lâché la tête et s’est imposé avec 22,7 secondes d’avance sur Gus Greensmith. Alejandro Galanti a complété le podium de la catégorie, tandis que l’Australien Taylor Gill terminait quatrième. Cette victoire a suscité une immense émotion chez Diego Domínguez, qui avait reçu avant le rallye les encouragements personnels du président paraguayen Santiago Peña.
« Celle-ci est pour eux tous », déclarait-il à l’arrivée, particulièrement ému, en rendant notamment hommage à son père qui l’a toujours soutenu dans sa carrière.
Une victoire d’autant plus symbolique que le Paraguay disputait pour la première fois une manche du Championnat du monde.
Nataniel Bruun domine largement le WRC3
En WRC3, Nataniel Bruun a quasiment assuré sa première victoire mondiale. Le pilote bolivien a conclu samedi avec plus de dix minutes d’avance sur Eric Royère après avoir évité tous les pièges d’une épreuve particulièrement sélective. Son principal rival, Ghjuvanni Rossi, avait déjà connu des problèmes vendredi et écopé d’une pénalité d’une minute et dix secondes pour avoir pointé en retard à la quatrième spéciale. Il occupait néanmoins la deuxième place au terme de la première journée.
Mais son rallye s’est définitivement terminé samedi matin lorsque son Ford Fiesta Rally3 a rencontré un problème de refroidissement dans Bella Vista. Immobilisé à 19,1 kilomètres du départ, Rossi n’a pas pu réparer sa voiture et a dû renoncer à repartir dimanche. Nataniel Bruun s’est alors retrouvé avec 5 min 51 d’avance sur Eric Royère, écart qu’il a encore considérablement augmenté au fil de la journée. Les deux hommes étaient les seuls équipages engagés en Fiesta Rally3 à ne pas avoir connu d’abandon au cours du week-end. André Martínez, contraint à l’abandon vendredi après avoir cassé un berceau, a effectué un retour remarqué samedi. Auteur de plusieurs bons temps, il est remonté jusqu’à la troisième place. Naveen Pulligilla complétait le top 5, tandis que Dean Mascarenhas était contraint de s’arrêter après un problème mécanique dans la neuvième spéciale.
Le Chili en ligne de mire
Avec la victoire de Sami Pajari, le Championnat du monde reste particulièrement indécis à l’approche de la dernière partie de la saison. Elfyn Evans conserve la tête avec 216 points, mais son avance sur Pajari n’est plus que de 20 unités. Oliver Solberg suit à 21 points du Finlandais avec 175 unités. Le WRC ne quittera pas l’Amérique du Sud puisque le prochain rendez-vous sera le rallye du Chilie, disputé du 10 au 13 septembre. Sami Pajari tentera d’y prolonger son incroyable série de trois victoires consécutives, tandis qu’Evans cherchera à préserver son leadership au championnat.
Chez les constructeurs, Toyota Gazoo Racing WRT poursuit également sa quête d’un dixième titre mondial, qui égalerait le record. L’équipe japonaise quitte le Paraguay en tête avec 554 points, soit 173 unités d’avance sur Hyundai Shell Mobis World Rally Team, crédité de 381 points. Après un premier passage particulièrement spectaculaire et éprouvant, le Rallye du Paraguay aura donc parfaitement réussi son entrée au calendrier mondial : des routes exigeantes, une bataille indécise, une spectaculaire remontée d’Adrien Fourmaux, le retour au premier plan d’Hayden Paddon et surtout un nouveau chapitre historique écrit par Sami Pajari.
Classement du Rallye du Paraguay
- S. Pajari M. Salminen Toyota GR Yaris Rally1 3:13:28.5
- H. Paddon J. Kennard Hyundai i20 N Rally1 +25.8
- A. Fourmaux A. Coria Hyundai i20 N Rally1 +40.0
- E. Evans S. Martin Toyota GR Yaris Rally1 +45.1
- O. Solberg E. Edmondson Toyota GR Yaris Rally1 +2:57.0
- J. McErlean E. Treacy Ford Puma Rally1 +4:19.0
- D. Domínguez R. Peñate Toyota GR Yaris Rally2 +7:40.5
- G. Greensmith J. Andersson Toyota GR Yaris Rally2 +8:03.2
- A. Galanti M. Toyotoshi Toyota GR Yaris Rally2 +10:23.0
- T. Gill D. Brkic Skoda Fabia RS +10:36.9
Super Sunday
- S. Ogier V. Landais Toyota GR Yaris Rally1 24:30.1
- O. Solberg M. Wydaeghe Toyota GR Yaris Rally1 +0.0
- T. Neuville J. Kennard Hyundai i20 N Rally1 +7.6
- A. Fourmaux A. Coria Hyundai i20 N Rally1 +9.1
- E. Evans S. Martin Toyota GR Yaris Rally1 +17.5
Powerstage
- O. Solberg M. Wydaeghe Toyota GR Yaris Rally1 5:42.2
- S. Ogier V. Landais Toyota GR Yaris Rally1 +2.2
- A. Fourmaux A. Coria Hyundai i20 N Rally1 +3.5
- E. Evans S. Martin Toyota GR Yaris Rally1 +4.8
- T. Neuville J. Kennard Hyundai i20 N Rally1 +6.5
Championnat du Monde pilote
- E. Evans 216
- S. Pajari 196
- O. Solberg 175
- T. Katsuta 160
- A. Fourmaux 149
- S. Ogier 148
- T. Neuville 129
- H. Paddon 38
- J. McErlean 29
- E. Lappi 25
Championnat du Monde constructeur
- Toyota Gazoo Racing World Rally Team 554
- Hyundai Shell Mobis World Rally Team 381
- Toyota Gazoo Racing World Rally Team 2 210
- M-Sport Ford World Rally Team 138
Crédits photos : Red Bull Media

















