Oliver Solberg a signé une nouvelle performance de premier plan au Rallye du Chili, neuvième manche du Championnat du monde des rallyes (WRC). Au terme de trois journées particulièrement exigeantes, le pilote Toyota s’est imposé avec 16,6 secondes d’avance sur le nonuple champion du monde Sébastien Ogier, tandis qu’Adrien Fourmaux a offert à Hyundai la troisième marche du podium, à 33,3 secondes du vainqueur. Une victoire qui permet également à Toyota GAZOO Racing de décrocher, à deux manches de la fin de la saison, son dixième titre mondial des constructeurs.
Le rendez-vous chilien a été marqué par des conditions particulièrement changeantes, des routes rendues extrêmement glissantes par les pluies matinales avant de devenir sèches, abrasives et exigeantes pour les pneumatiques. Dans ce contexte, Solberg a fait preuve d’une remarquable maîtrise pour construire progressivement son succès.
Oliver Solberg prend immédiatement les commandes
La première étape, disputée vendredi autour de Concepción, avait débuté dans des conditions bien différentes de celles attendues. Les pluies tombées durant la nuit avaient profondément détrempé les spéciales et transformé les pistes en véritables pièges de boue et de glisse. Cette évolution météorologique a notamment profité à Elfyn Evans. Parti en tête de la route en raison de sa position de leader du championnat, le Gallois redoutait particulièrement le balayage de la trajectoire par les premières voitures. La pluie avait cependant considérablement réduit cet handicap. Oliver Solberg n’en a pas moins frappé d’entrée en remportant la spéciale de Turquía avec 1,4 seconde d’avance sur Evans. Le pilote Toyota allait toutefois perdre momentanément les commandes dans la spéciale suivante, Nuevo Rere, où Evans prenait quatre dixièmes d’avance au classement général.
Oliver Solberg répliquait dès l’épreuve suivante à Hualqui et reprenait la tête. À la pause de la mi-journée, il ne possédait encore que 2,3 secondes d’avance sur Evans, mais la deuxième boucle allait progressivement tourner à son avantage. À mesure que les pistes séchaient, le comportement des voitures et les difficultés rencontrées par les équipages évoluaient. Sami Pajari remportait la deuxième traversée de Turquía, Sébastien Ogier s’imposait dans Nuevo Rere, avant que Solberg ne signe le meilleur temps dans l’ultime passage de Hualqui. Pas moins de cinq pilotes différents remportaient ainsi au moins une spéciale durant les six épreuves de la journée. Solberg, particulièrement à l’aise dans cette évolution permanente des conditions, terminait la journée avec 10,1 secondes d’avance sur Evans.
« Je pense que c’était une après-midi importante pour rester propre », expliquait-il à l’arrivée. Une stratégie payante pour le Norvégien, qui participait pour la première fois au Rallye du Chili au volant d’une Rally1. Le pays lui était toutefois déjà particulièrement favorable puisqu’il y avait remporté le WRC2 en 2023 et 2025. Derrière les deux leaders, Adrien Fourmaux occupait la troisième place pour Hyundai. Malgré un problème technique rencontré dans la matinée, le Français réalisait une excellente première journée et ne comptait que 18 secondes de retard sur Solberg. Sébastien Ogier pointait à seulement 1,7 seconde de Fourmaux, tandis que Sami Pajari, cinquième, n’était qu’à deux secondes du Français. Thierry Neuville complétait le groupe de tête, à 27,4 secondes du leader, malgré un manque de confiance et une petite fuite sur un amortisseur de sa Hyundai.
La première journée avait en revanche été fatale à Takamoto Katsuta. Auteur du meilleur temps du shakedown jeudi, le Japonais sortait de la route après seulement 6,2 kilomètres dans la première spéciale et se retrouvait immobilisé, sans spectateurs à proximité pour lui venir en aide. Lui et son copilote de remplacement James Fulton étaient heureusement indemnes.
Ogier met la pression, Solberg répond dans la dernière spéciale
Samedi constituait la plus longue journée du rallye, avec 139,2 kilomètres chronométrés. Solberg abordait les six spéciales avec 10,1 secondes d’avance sur Evans, mais allait rapidement subir la pression de Sébastien Ogier. Le Français se montrait impérial durant la matinée en remportant successivement Pelún et Lota. Solberg, de son côté, éprouvait davantage de difficultés à exploiter pleinement sa Toyota GR Yaris Rally1 sur une surface particulièrement meuble. Après l’assistance, Ogier poursuivait son offensive en signant à nouveau les meilleurs temps dans Pelún et Lota. Le nonuple champion du monde revenait ainsi à portée immédiate d’Elfyn Evans. Après la onzième spéciale, trois dixièmes seulement séparaient les deux hommes dans la lutte pour la deuxième place. Solberg avait certes porté son avance à 15,4 secondes, mais Ogier semblait alors en mesure de menacer directement Evans pour la deuxième place et, potentiellement, de revenir dans la course à la victoire.
La dernière spéciale de la journée, la longue María las Cruces et ses 28,31 kilomètres, allait cependant changer la donne. Solberg y signait le meilleur temps, avec 3,7 secondes d’avance sur Evans et 4,7 sur Ogier. Il portait ainsi son avantage à 19,1 secondes et abordait la dernière journée avec une marge particulièrement intéressante. Derrière lui, Evans sauvait sa deuxième place pour seulement 1,3 seconde. Le Gallois reconnaissait ne pas avoir été totalement satisfait de son après-midi, mais parvenait à limiter les dégâts face à Ogier. « C’était une conduite propre. Nous avons bénéficié de pneus neufs, mais les dégâts avaient été faits dans les deux spéciales précédentes », expliquait Evans.
Sébastien Ogier, troisième, se retrouvait à 20,4 secondes de Solberg mais pouvait encore légitimement espérer jouer la victoire le lendemain. Fourmaux conservait la quatrième position, mais perdait du terrain après un pari de trois pneus tendres qui ne fonctionnait pas comme espéré dans la dernière spéciale. Le Français terminait la journée à 10,7 secondes d’Ogier. Sami Pajari, cinquième, accusait désormais 1 min 15,5 s de retard sur Solberg. Après avoir remporté les trois précédents rallyes en Estonie, en Finlande et au Paraguay, le Finlandais était cette fois en difficulté et ne parvenait pas à retrouver le rythme qui lui avait permis d’enchaîner ces succès. Quant à Thierry Neuville, cette deuxième journée était synonyme d’abandon après des tonneaux dans la première épreuve du jour, heureusement l’équipage se sortait indemne de l’impressionante cabriole.
Le tournant : Evans perd plus de deux minutes
La dernière journée allait pourtant réserver un retournement de situation majeur. Solberg abordait les quatre dernières spéciales avec 19,1 secondes d’avance sur Evans. Le leader du championnat reprenait immédiatement 5,9 secondes au Norvégien dans la première spéciale de Carampangue, ramenant l’écart à 13,2 secondes. Solberg ne tardait toutefois pas à réagir. Dans le premier passage de Biobio, il signait encore le meilleur temps malgré une dégradation de son pneu arrière droit. Cette performance lui permettait de repousser Evans à 14,5 secondes. Tout semblait alors se diriger vers un duel particulièrement serré pour la victoire. Mais la spéciale suivante allait complètement bouleverser le classement.
Elfyn Evans, alors deuxième et en position de réaliser une excellente opération au championnat, devait s’arrêter pour changer une roue dans le deuxième passage de Carampangue. L’opération lui coûtait plus de deux minutes et faisait brutalement chuter le Gallois à la cinquième place. En quelques kilomètres, Solberg voyait ainsi disparaître la principale menace qui pesait sur sa victoire. Sébastien Ogier héritait de la deuxième place et Adrien Fourmaux remontait au troisième rang. Avec 13,3 secondes d’avance sur Ogier avant la Wolf Power Stage, Solberg n’avait cependant pas l’intention de relâcher son effort. Il signait à nouveau le meilleur temps de la dernière spéciale, devançant Evans de cinq dixièmes, et concluait ainsi son rallye de la plus belle des manières. Après son succès, le pilote Toyota pouvait enfin savourer une victoire construite avec patience et maîtrise :
« C’est un week-end incroyable. Il y a eu des hauts et des bas, mais l’équipe m’a toujours soutenu, toujours poussé et toujours cru en moi. Enfin, un peu de chance était de mon côté et j’ai pu me concentrer sur mon travail. Les petits détails comptent, et ce week-end était parfait. »
À seulement 24 ans, Oliver Solberg remportait ainsi son troisième rallye WRC et son deuxième de la saison 2026, après son succès au Rallye Monte-Carlo. Il avait également déjà goûté à la victoire en Estonie l’an dernier, dès ses débuts au volant d’une Toyota Rally1.
Sébastien Ogier rejoint Sébastien Loeb avec un 120e podium
Derrière Oliver Solberg, Sébastien Ogier résistait jusqu’au bout pour décrocher la deuxième place. Ce résultat avait une saveur particulière pour le Français puisqu’il lui permettait d’atteindre son 120e podium en WRC, rejoignant ainsi son compatriote et autre nonuple champion du monde Sébastien Loeb à ce niveau. Adrien Fourmaux complétait le podium à 33,3 secondes d’Oliver Solberg et signait son 13e podium en Championnat du monde. Le Français confirmait ainsi une nouvelle fois sa régularité au plus haut niveau malgré une dernière journée rendue plus difficile par la stratégie pneumatique. Sami Pajari héritait de la quatrième place après la mésaventure d’Evans. Le Finlandais terminait toutefois à 1 min 33,9 s du vainqueur et ne parvenait pas à retrouver la vitesse qui lui avait permis de remporter les trois manches précédentes.
Elfyn Evans sauvait finalement la cinquième position. Malgré la perte de sa deuxième place, le leader du championnat limitait quelque peu les conséquences en signant le deuxième temps de la Wolf Power Stage et en engrangeant ainsi des points bonus précieux. Le résultat resserre considérablement la lutte pour le titre des pilotes. Elfyn Evans conserve la tête du championnat, mais Oliver Solberg revient désormais à seulement 21 points du Gallois, tandis que Sami Pajari possède quatre unités d’avance sur le Norvégien. Le titre reste donc plus que jamais ouvert, alors que le Rally de Sardaigne constituera la prochaine étape du championnat. Evans devra notamment quitter l’Italie avec une avance d’au moins 36 points sur chacun de ses rivaux pour pouvoir s’assurer du titre avant l’ultime épreuve. Si à ce jour le rallye d’Arabie Saoudite est toujours au calendrier, Toyota, Hyundai et M-Sport ont d’ors et déjà annoncés faire l’impasse en raison de la situation géopolitique au Moyen-Orient. L’épreuve pourrait être remplacé par un autre rallye en Europe mais sans annonce officielle à ce jour.
Toyota décroche un dixième titre mondial
Le succès d’Oliver Solberg a également permis à Toyota de célébrer un nouveau sacre historique. Avant le départ du rallye, le constructeur japonais comptait 173 points d’avance sur Hyundai et n’avait besoin que de sept unités supplémentaires pour rendre son titre mathématiquement inaccessible. Avec les deuxième et troisième places d’Elfyn Evans et de Sébastien Ogier avant le dénouement, Toyota était déjà idéalement placé. La victoire de Solberg a finalement scellé définitivement le championnat des constructeurs. Toyota décroche ainsi son sixième titre consécutif, après ceux de 2021, 2022, 2023, 2024 et 2025. Il s’agit de son dixième titre mondial des constructeurs, ce qui permet à la marque japonaise de rejoindre Lancia au sommet du palmarès historique du WRC. Le premier titre de Toyota remontait à 1993, suivi d’un deuxième sacre en 1994 et d’un troisième en 1999. Après son retour en Championnat du monde en 2017, le constructeur avait remporté le titre en 2018 avant d’entamer, en 2021, l’impressionnante série de six couronnes consécutives qui vient de s’achever au Chili.
Yohan Rossel s’impose en WRC2, Virves sacré en Challenger
La catégorie WRC2 a également livré un verdict important. Yohan Rossel a remporté son troisième rallye de la saison et surtout son premier succès sur terre en 2026. Le Français a parfaitement maîtrisé la fin de course après avoir remporté toutes les spéciales du samedi et construit une avance proche de la minute. Il offre ainsi à Lancia sa première victoire sur terre depuis son retour en WRC cette saison. Robert Virves a, quant à lui, assuré une deuxième place sans prendre de risques inutiles. Avec une avance confortable sur Gus Greensmith, l’Estonien a surtout décroché le titre WRC2 Challenger et réalisé une excellente opération dans la course au championnat WRC2. À l’approche du Rally Italia Sardegna, Virves possède désormais 41 points d’avance sur son dernier rival encore en mesure de le priver du titre, Teemu Suninen. Gus Greensmith complète le podium WRC2, tandis que Taylor Gill termine quatrième après avoir perdu ses chances de podium à la suite d’une délamination de pneumatique samedi. Le Chilien Jorge Martínez termine cinquième devant Diego Domínguez.
Ali Türkkan enfin sacré en Junior WRC
Le Rallye du Chili a enfin consacré Ali Türkkan champion du FIA Junior WRC 2026. Le Turc a achevé l’épreuve à la deuxième place derrière Leevi Lassila, un résultat suffisant pour conquérir le titre qu’il poursuivait depuis trois saisons. Türkkan avait abordé la finale avec trois points de retard sur Calle Carlberg. Mais le championnat a basculé lorsque le Suédois est sorti lourdement de la route dans la spéciale María las Cruces samedi. Türkkan avait auparavant pris les commandes du rallye grâce à quatre victoires de spéciales durant la journée et pouvait dès lors gérer son avantage au championnat. Lassila a néanmoins renversé la situation sur la première spéciale du dimanche en reprenant plus de 56 secondes à son rival et en prenant la tête de l’épreuve. Le Finlandais s’impose finalement avec 1 min 20,3 s d’avance sur Türkkan, mais le Turc n’avait plus besoin de prendre de risques : son deuxième titre consécutif en rallye lui permettait de devenir le premier pilote turc champion du Junior WRC. Cette consécration lui offre surtout une formidable récompense pour 2027 : quatre rallyes WRC2 entièrement financés, essais compris, au volant d’une Ford Fiesta Rally2 engagée par M-Sport. Le Rallye du Chili aura donc été celui de tous les grands accomplissements : Oliver Solberg y a décroché une troisième victoire en WRC, Toyota a égalé le record historique de Lancia avec un dixième titre constructeurs, Sébastien Ogier a rejoint Sébastien Loeb avec un 120e podium, tandis qu’Ali Türkkan a enfin concrétisé, après trois saisons d’efforts, son rêve de titre en Junior WRC.
Classement rallye du Chili
- O. Solberg E. Edmondson Toyota GR Yaris Rally1 2:57:08.2
- S. Ogier V. Landais Toyota GR Yaris Rally1 +16.6
- A. Fourmaux A. Coria Hyundai i20 N Rally1 +33.3
- S. Pajari M. Salminen Toyota GR Yaris Rally1 +1:33.9
- E. Evans S. Martin Toyota GR Yaris Rally1 +2:22.3
- E. Lappi E. Mälkönen Hyundai i20 N Rally1 +5:07.0
- J. McErlean E. Treacy Ford Puma Rally1 +7:31.5
- Y. Rossel A. Dunand Lancia Ypsilon Rally2 +9:31.0
- R. Virves J. Viilo Skoda Fabia RS Rally2 +10:24.0
- G. Greensmith J. Andersson Toyota GR Yaris Rally2 +10:58.2
Super Sunday
- S. Ogier V. Landais Toyota GR Yaris Rally1 39:54.9
- O. Solberg E. Edmondson Toyota GR Yaris Rally1 +3.8
- A. Fourmaux A. Coria Hyundai i20 N Rally1 +6.0
- S. Pajari M. Salminen Toyota GR Yaris Rally1 +22.2
- T. Katsuta J. Fulton Toyota GR Yaris Rally1 +41.2
Powerstage
- O. Solberg E. Edmondson Toyota GR Yaris Rally1 04:26.4
- E. Evans S. Martin Toyota GR Yaris Rally1 +00.4
- S. Pajari M. Salminen Toyota GR Yaris Rally1 +00.6
- T. Katsuta J. Fulton Toyota GR Yaris Rally1 +02.1
- S. Ogier V. Landais Toyota GR Yaris Rally1 +03.3
Championnat pilote
- E. Evans 230
- S. Pajari 213
- O. Solberg 209
- S. Ogier 171
- A. Fourmaux 167
- T. Katsuta 163
- T. Neuville 129
- H. Paddon 38
- J. McErlean 35
- E. Lappi 33
Championnat constructeur
- Toyota Gazoo Racing World Rally Team 614
- Hyundai Shell Mobis World Rally Team 410
- Toyota Gazoo Racing World Rally Team 2 227
- M-Sport Ford World Rally Team 152
Crédits photos : Red Bull Media

















