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Interview croisée d’Olivier Gillet et Patrick Spart

La paire la plus expérimentée

 

La paire Olivier Gillet – Patrick Spart sera sans doute la plus expérimentée au départ du Critérium Jurassien 2026. Du haut de ses 60 ans, le Champion suisse des rallyes 2005, Olivier Gillet, ne compte plus le nombre de rallyes auxquels il a participé. Quant à Patrick Spart, alias ‘Monsieur Double-mètre’, il a occupé et occupe encore un nombre impressionnant de rôles sur un nombre incalculable de rallyes. Les deux sont de purs passionnés… de vrais ‘piqués’ de la discipline.

 

Comme l’an dernier, ils s’associent pour cette édition renouvelée du Critérium Jurassien mais changent cette fois de monture. Après l’Alpine A110 RGT+ en 2025, c’est à bord d’une Porsche 911 991 GT3 qu’ils évolueront dans le Jura. Pour l’occasion, nous leur avons tendu notre micro dans une interview croisée exclusive.

 

Sport-Auto.ch – Vous avez tous les deux une longue carrière derrière vous. Qu’est-ce qui vous anime et vous fait encore vibrer pour le rallye ? Qu’est-ce qui vous motive encore à rouler ?

Olivier Gillet – Je me pose souvent la question, il y a l’approche et la préparation des rallyes qui ont évolué avec le numérique… cela ne me plait pas car le coté improvisation a disparu et pourtant je suis déjà ‘chaud’ pour le Crit ! Clairement j’adore dès que je suis en spéciale. 

Patrick Spart – Pouvoir copiloter des pilotes aussi généreux dans l’effort qu’Olivier Gillet ou Laurent Reuche, de plus dans un bolide comme l’Alpine ou la Porsche, est juste merveilleux pour un grand passionné comme moi.

 

S-A – Au fil des années, quels sont les principaux changements que vous avez constaté en rallye et notamment dans le Championnat suisse ? Est-ce que vous diriez que c’était mieux avant comme beaucoup le pensent ?

OG – A mes débuts, on travaillait sur nos autos avec les copains et, le jour du rallye, on dégoupillait comme des malades avec nos caisses qui avaient tout juste 140-180 ch, voire moins pour les Gr. N. Aujourd’hui je ne comprends pas pourquoi il n’y a quasiment personne avec de petites caisses tel que des Fiesta, Civic, Saxo ou Clio, comme en France et en Italie par exemple.

PS – Je ne suis pas nostalgique. L’essence même du rallye est toujours la même car, de façon générale, l’ambiance et la camaraderie entre concurrents sont bonnes, ce qui n’était pas forcément toujours le cas il y a trente ans. Par contre, l’essence de base du rallye est de préparer sa propre voiture pour la faire rouler, aidés des copains, mais cela manque cruellement aujourd’hui en Suisse. Quand je lis la trop longue liste d’inscrits au prochain rallye Franche-Comté, je me questionne…

 

S-A – Comment voyez-vous l’avenir du rallye ? A-t-il encore une raison d’être et comment doit-il évoluer pour qu’il soit pérenne ?

OG – Je n’ai pas la solution, mais je pense que tout est devenu trop compliqué avec des règlements pensés pour des pros et où l’amateur peine à suivre financièrement. Les rallyes régionaux en France et en Allemagne me semblent être la bonne formule.

PS – Le rallye va perdurer mais il faut le rendre plus accessible, tant aux organisateurs qu’aux participants. Pour les premiers, je pense malheureusement que cela devra passer par la réduction des parcours pour diminuer les coûts de sécurité. Pour les seconds, revenir à des pneus de série et des voitures plus simples : Rally6, VHC, VHRS, Slowly… les solutions existent. Les plateaux de concurrents – catégorie Local – sont riches en slaloms. Cela montre que l’engouement des pilotes est bien présent !

S-A – Patrick, durant ta carrière, tu as occupé plusieurs postes dans le monde du rallye. Tu as notamment alterné entre le baquet de droite et la position de pilote avant de devenir organisateur. Si tu devais choisir un seul rôle dans le milieu, lequel ça serait et pourquoi ?

PS – Je n’ai pas vraiment de préférence. L’adrénaline est différente mais elle est bien présente au départ d’un rallye, quel que soit la casquette ou le casque que je porte. Mais j’ai quand même un faible pour le casque empoussiéré du pilote dans un rallye sur terre…

 

S-A – Olivier, tu as longtemps roulé en catégorie moderne avant de te consacrer également au VHC ? Aujourd’hui, tu roules à nouveau en catégorie moderne. Comment expliques-tu cette envie d’alterner ces plaisirs et y en a-t-il un que tu préfères ?

OG – C’est mon parcours en moderne qui m’a offert l’opportunité de rouler en VHC. De plus, j’adore les anciennes voitures des années 70-90. Pour moi, le plaisir est toujours présent. Qu’importe le flacon le but est de l’exploiter au mieux. Sinon j’ai adoré les Clio Gr. A !

 

S-A – Quel est votre plus beau souvenir en rallye et le résultat dont vous êtes le plus fier ?

OG – Sans hésitation notre victoire en PWRC (ou WRC2) lors du Monte Carlo 2001 sur la Mitsubishi Lancer Evo VI de GTO à Auvernier. Malgré une crevaison pénalisante, on avait réussi à aligner de grosses performances dans la neige et à gagner devant les meilleurs de l’époque, tout en finissant P9 scratch, derrière 8 WRC officielles.

PS – Un vieux souvenir… le Crité 2003, l’année de naissance de ma fille, aux côtés de Damien Buchwalder dans l’Opel Astra Kit-Car. Une information météo de la tour de contrôle de l’aérodrome de La Chaux-de-Fonds nous a permis de monter deux pneus pluie juste avant le départ de Courtemautruy – Les Enfers et de faire le scratch aux nez et à la barbe des WRC de Jaquillard, Muller et Althaus… 29 km de ouf’ avec une Kit-Car sur les coulées d’eau que connaissait presque par cœur mon pote ‘Bocal’. Dans ma tête c’est comme si c’était hier…

 

S-A – Que pensez-vous du Championnat suisse des rallyes dans sa forme actuelle ?

OG – La formule à 5-6 rallyes a du sens pour un championnat constitué principalement d’amateurs. Les épreuves sont très bien organisées. Concernant les plateaux, il faudrait communiquer sur les réseaux pour attirer et convaincre les jeunes, même à petits budgets, qu’ils ont leur place sur un rallye et, pourquoi pas, faire des prix sympas pour les débutants : inscriptions, logements et pneumatiques.

PS – Le calendrier est bien équilibré. Le plateau manque cruellement de ‘petites et moyennes’ autos. L’organisation en général est de très bonne qualité. Enfin, la médiatisation est plutôt bonne dans les régions traversées par les rallyes mais plutôt maigre ailleurs…

 

S-A – Comme l’an dernier, vous prendrez à nouveau part au Critérium Jurassien, cette fois à bord d’une Porsche 911. Qu’est-ce qui a motivé votre engagement avec cette voiture si particulière ?

OG – Je n’ai plus de plan de carrière depuis fort longtemps donc c’est avant tout pour le plaisir. On sera moins bien en perfo qu’avec l’Alpine mais, au volant de cette Porsche, ce sera je pense assez sportif et c’est cela qui me plait le plus. Le résultat final n’a aucune importance.

PS – Sans prétention aucune, j’ai vécu l’Alpine, j’aimerais découvrir la Porsche et son côté bestial. Olivier en connait déjà un bout de la 911.

 

S-A – Que pensez-vous du déplacement des quartiers généraux du Crité de Saignelégier à Moutier ?

OG – Pour moi qui adore les Franches, c’est ennuyeux mais je vais y survivre ! (rires). Plus sérieusement, je me réjouis de découvrir Moutier et ses environs.

PS – Excellente idée sur le papier, avec un clin d’œil politique bienvenu et avec une commune qui, d’après ce que j’en sais, a été très ouverte à accueillir le Crité et ses infrastructures nombreuses. L’organisation d’un tel événement a un besoin impératif des collectivités publiques. Je me réjouis de retrouver mes anciens potes du comité d’organisation à Moutier.

 

S-A – Quel est votre objectif sur ce Critérium Jurassien et comment allez-vous le préparer ?

OG – L’objectif numéro 1 sera le plaisir et de retrouver mes sensations tout au long du parcours. J’ai pu me rendre compte en essais que ce n’est pas une voiture facile à emmener.

PS – Je laisse répondre mon pilote à cette question. De mon côté, je tente de faire un maximum pour le décharger, en amont, du côté administratif. Mais si on a la ‘banane’ à chaque départ de spéciale et à chaque fois qu’on distinguera un spectateur, lui aussi avec le sourire, à notre passage, l’objectif sera rempli !

 

S-A – Avez-vous d’autres projets en commun ou séparément pour la saison 2026 ?

OG – Normalement, je ferai le Chablais avec un ami qui n’a plus copiloté depuis quasiment 30 ans. Pour le moment, je ne sais pas avec quelle monture. Dans mes rêves, le Valais serait sympa avec la Porsche.

PS – J’espère vivement qu’on ira ensemble encore quelque part cette année, même si c’est avec une ‘tagazou-pouette-pouette’ comme dirait Olivier (rires). D’autre part, j’aimerais vivement monter dans une Rally2 aux côtés d’un pilote aussi sympa qu’Olivier, pour comparer les bolides (pas le pilote). A bon entendeur…

 

Sport-Auto.ch remercie chaleureusement Olivier et Patrick pour le temps qu’ils nous ont accordé pour cette interview et leur souhaite beaucoup de plaisir sur les routes du Critérium Jurassien.

Crédits photographiques : Nuno Ferreira / Sport-Auto.ch  –  D.R. Patrick Spart

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