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Entretien avec Thierry Neuville – "Je me suis toujours régalé en Suisse !"

Cela fait déjà huit saisons que Thierry Neuville dispute le championnat du monde avec Nicolas Gilsoul. Le pilote Belge fait partie désormais des pilotes expérimentés de pilotes que nous pouvons voir évoluer en WRC. Thierry Neuville tentera en 2020 d’éloigner le chat noir qui le poursuit puisqu’il a été à cinq reprises vice-champion du monde des rallyes. Sport-Auto.ch a pu s’entretenir avec Thierry Neuville. Sport-Auto.ch : Comment occupez-vous vos journées durant le confinement ?

Thierry Neuville : « Je profite de passer du temps avec ma petite fille. On s’entraine un petit peu, faire un peu de sport. Je travaille sur quelques projets qui m’occupent. Je peux aller courir dehors de temps en temps. On ne peut pas profiter de ce temps libre pour améliorer sa forme physique car nous n’avons pas toutes les infrastructures requises. »
Comment avez-vous débuté le monde du sport automobile ?
« Pour faire court, j’ai toujours été passionné de voitures particulièrement de voitures de rallyes. J’ai eu la chance de participer à un volant organisé par la fédération de Belgique. Je l’ai remporté ce qui m’a offert un volant. En quatre ans de temps, je me suis retrouvé en mondial. »
En 2007, vous êtes venus pour la première fois en Suisse lors du Rallye International du Valais, vous terminez septième du général sur une modeste C2 R2 Max, que gardez-vous de ce rallye ?
« Je suis venu en 2007 effectivement avec une Citroën C2 R2 Max. C’était avec Philippe Bugalski et Automeca. Cette première fois n’a pas été évidente pour moi car j’ai fait face à quelques soucis. »
L’année suivante, vous êtes revenus en Suisse, vous avez fait un test grandeur nature avec la DS3, que pensiez vous du rallye ?
« La seconde s’est mieux déroulée. Je suis venu avec Citroën pour promouvoir la nouvelle DS3 R3T. Je me rappelle que nous avons fait deux jours de présentation de la voiture à Crans-Montana avec des passagers à mes côtés. C’est un très beau rallye avec un très beau parcours. Je me suis toujours régalé sur ces routes. On a même eu un matin la terre gelée. C’était un réel challenge car c’était une première pour moi. Ce passage m’a permis de progresser et d’apprendre bien des choses. Ensuite, nous avions terminé sur le podium. J’aimerais beaucoup revenir faire ce rallye. »
Nous avons aussi un très beau rallye qui est le Rallye du Chablais, est-ce que vous en avez déjà entendu parler ?
« J’en ai entendu parler. Je suis en contact depuis longtemps avec Eric Jordan. Malheureusement cela n’a jamais pu se faire à cause du programme du WRC. Ensuite, je dois avouer que je privilégie le fait de participer à une épreuve belge dans mon pays natal et devant mon public. »
Vous avez également racheté la voiture de Joël Rappaz ?
« On est toujours resté en contact avec Joël. Cette voiture avait une valeur particulière pour moi. Elle me fait penser à mes années avec Philippe Bugalski. Je ne l’ai jamais oublié et je me suis toujours dit que lorsque j’aurais plus d’argent, je la rachèterai. Aujourd’hui, elle se trouve dans mon atelier. Elle ne demande plus qu’à rouler. »
Comment se sont passés les débuts en WRC ?
« Encore une fois, grâce à Philippe Bugalski, j’ai directement bien été intégré dans le groupe PSA. J’avais déjà fait le développement de la DS3 R3T. Je suis arrivé chez Citroën et je me suis retrouvé coéquipier de Sébastien Loeb qui avait déjà accompli de merveilleuses choses dans sa carrière. Cette première année fut compliquée car le niveau du WRC est très élevé. La réglementation d’avant ne me facilitait pas les choses puisque je me retrouvais régulièrement à balayer la route. Malgré ceci, ça reste une bonne saison d’apprentissage. »
Comment s’est déroulé la prise en main de ses nouvelles générations de WRC?
« Lors des premiers essais, on s’est dit directement qu’il y avait un énorme potentiel en matière de performance et de vitesse pure. C’était difficile de s’adapter mais au fil des kilomètres, on progressait sur la voiture. On se sentait de plus en plus à l’aise. J’ai réussi à retrouver le plaisir qui commençait à me manquer. Cette voiture est plus intéressante à mes yeux. Le développement fut différent de celui des années précédentes. Cette arrivée m’a redonné de l’énergie. Aujourd’hui, on prend un plaisir de fou. »
Quelle est la marge de pilotage ?
« Je pense que pour tout le monde la réponse est quasiment identique. Il y a des rallyes ou il faut commencer prudemment et par la suite monter en puissance. Lors de ces rallyes, nous sommes à 95% au début pour monter à 100% durant la course. Les seuls moments où nous sommes plus bas, c’est lorsque nous devons gérer. »
Quel est votre plus beau souvenir ?
« Je pense que c’est la victoire au Rallye de Sardaigne en 2018. Nous étions à la lutte face à Sébastien Ogier et nous avons remporté le rallye. Nous étions aussi d’ailleurs à la bagarre pour le championnat. »
Quel est votre rallye préféré ? et celui que vous n’appréciez pas ?
« Le Rallye d’Allemagne, ce rallye se dispute à 80 kilomètres de la ville où je suis né. Il y a énormément de spectateurs belges qui font le déplacement. Mes proches le font aussi. C’est vraiment une chouette ambiance. Les spéciales se disputent en été sous le soleil dans les vignes. C’est un rallye avec beaucoup de variations que j’apprécie beaucoup. Ensuite je n’ai jamais forcément pensé à celui que je n’appréciais pas. Le Rallye du Suède de cette année n’a pas été une réussite pour moi. Je n’ai pas aimé rouler avec des clous sur la terre. Ce n’était pas très joyeux. Par exemple, je peux dire que j’aime et je n’aime pas le Rallye de Finlande. Je l’apprécie car on prend de belles sensations. Mais je ne l’apprécie pas car avec Hyundai, c’est toujours un week-end compliqué qu’on redoute. On ne se réjouit jamais de faire le déplacement. »
Quelles sont les forces de Hyundai par rapport aux autres teams ?
Lorsque je suis arrivé chez Hyundai, l’équipe était nouvelle. Elle était composée de 60 personnes et désormais nous sommes 120. Il n’y avait pas beaucoup de forces mais plus des faiblesses. C’est sûr que c’était différent de chez M-Sport qui est une des plus vieilles équipes. Aujourd’hui, on est une équipe confirmée. On a de bonnes installations, on est devenu une vraie usine car on développe nos moteurs, on a les moyens et ça c’est très important. On a créé une cette équipe au fur et à mesure des années. Aujourd’hui, il y a tout. C’est une très bonne équipe. »
Avez-vous des regrets ?
« Honnêtement non. Le choix le plus difficile de ma carrière a été pour moi de choisir entre le WRC avec Citroën ou de faire une année supplémentaire avec Skoda en IRC et ensuite passer sur une Polo WRC. Avec Andreas Mikkelsen, nous avions reçu la même proposition. Nous avons communiqué et nous avons décidé que lui resterait chez Skoda et VW et moi chez PSA. J’étais bien intégré dans le groupe PSA et lui chez Skoda. J’aurais pu le regretter mais aujourd’hui je n’ai aucun regret. Au fond de mon cœur, je voulais être le plus rapidement possible en WRC. Il y a eu également l’avantage d’être le coéquipier de Sébastien Loeb qui m’a beaucoup apporté. »
Est-ce que le titre est devenu une priorité ?
« Oui, c’est clairement la priorité aujourd’hui pour nous. Ensuite, c’est tellement difficile. On était deux et désormais nous sommes peut-être quatre. A la fin, il n’y en aura qu’un. On a prouvé au cours de ces dernières années que nous étions là. On ne doit pas aller chercher forcément la victoire à chaque manche mais ramener à chaque course des gros points. Quand il fallait gérer, on a su gérer. L’objectif est toujours de ramener les gros points, on prouve cela dans notre engagement en Powerstage. On est quasiment tout le temps dans le TOP 3. »
Gagner lors du Rallye du Monte-Carlo 2020, qu’est-ce ça a représenté ?
« Oui c’était magnifique. On a pu gérer lors de la dernière étape. J’étais très heureux. Ça reste l’une des plus belles victoires, c’est aussi l’une des plus importantes. Tous les pilotes qui ont fait du rallye en ont toujours rêvé de gagner ce rallye et il n’y en a pas beaucoup qui ont pu le faire. »
Quel était votre programme 2020 ?
« Je pense que nous sommes totalement dans le flou. Je pense que le Rallye du Kenya n’aura pas lieu. J’espère que le Rallye de Finlande puisse se faire. L’objectif dont j’ai entendu parler serait que nous fassions 5-6 manches à la fin de l’année. Ensuite, je viens d’entendre que le Tour de France n’est même pas sûr de pouvoir se dérouler comme prévu. Les choses se compliquent de plus en plus mais un moment viendra la lumière à la fin du tunnel »
Crédit photo : Bastien Roux ]]>

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