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Hommage à Ayrton Senna: « Il est toujours dans nos cœurs ! »

1er mai 1994-1er mai 2021: vingt-sept ans déjà! Cela fait en effet 27 ans qu’Ayrton Senna nous a quittés. Sport-Auto.ch entend lui rendre hommage en deux temps. Tout d’abord en rappelant que le pilote brésilien avait sauvé la vie à Erik Comas, établi depuis plus de 20 ans en Suisse, à Aigle. Puis en publiant le très bel hommage que Raffaella Comas, l’épouse d’Erik, a rédigé après avoir visité une magnifique exposition de photos consacrée à Ayrton Senna en Italie.

Pour de nombreux pilotes de F1 et de passionnés de sport automobile, la date du 1er mai est indissociable de l’accident mortel dont a été victime Ayrton Senna sur le circuit d’Imola en 1994. Cela est notamment le cas du pilote français Erik Comas à qui Ayrton Senna avait sauvé la vie le 28 août 1992, lors de la séance d’essais libres du vendredi matin au Grand Prix de Belgique disputé sur le circuit de Spa-Francorchamps.

Au volant de sa Ligier, dans le virage de Blanchimont, Erik Comas glisse sur des graviers dispersés quelques instants auparavant par le Finlandais JJ Lehto qui pilote une Dallara-Ferrari de la Scuderia Italia BMS (Brixia Motor Sport) de Beppe Lucchini. Le pilote français, qui habite en Suisse depuis vingt ans, ne peut éviter de percuter à grande vitesse les glissières de sécurité avant d’être assommé par une des roues qui, sous la violence du choc, s’est détachée de sa monoplace. Cette dernière revient ensuite sur la piste et s’immobilise au milieu de la chaussée avec, à son bord, son pilote qui a perdu connaissance.

Quelques secondes plus tard, Ayrton Senna arrive sur place, entend le moteur de la Ligier qui tourne encore à plein régime et s’arrête immédiatement. Erik Comas est certes inconscient mais son pied droit écrase encore la pédale de l’accélérateur et sa Ligier risque d’exploser d’un moment à l’autre. N’écoutant que son courage, Ayrton Senna court à pied, le plus rapidement possible, en direction de la monoplace du pilote français. Arrivé à la hauteur d’Erik Comas, il plonge son bras droit dans l’habitacle et parvient à actionner le coupe-circuit. Le moteur qui hurlait jusque-là peut enfin s’arrêter. Bien qu’il souffre d’une commotion cérébrale, Erik Comas est désormais hors de danger grâce à la rapide intervention d’Ayrton Senna. Allianz a retracé tout cela dans un film réalisé avec le soutien de l’Institut Senna.

Il y a cinq ans, Erik Comas et son épouse Raffaella ont visité à Monza l’exposition de photos intitulée « La dernière nuit d’Ayrton Senna ». Cette visite a inspiré à Raffaella Comas un très beau récit. « À cette occasion, dans un des nombreux articles qu’elle rédige en italien, mon épouse Raffaella n’a pas seulement raconté la visite de cette exposition, mais elle a également su rendre un magnifique hommage à Ayrton Senna. Cela en faisant preuve d’une extrême délicatesse », nous a précisé Erik Comas. C’est cet hommage que nous vous proposons de découvrir ci-dessous. (Laurent Missbauer)

Monza, 23 avril 2016: Je m’apprête à visiter l’exposition « Ayrton Senna – L’ultima notte » (Ndlr: « Ayrton Senna – La dernière nuit« ) avec, à mes côtés, Erik, l’homme qui se trouvait à peu de mètres d’Ayrton Senna quand il mourut à Imola le 1er mai 1994. Le même homme à qui Ayrton Senna avait sauvé la vie, deux ans auparavant, sur le circuit de Spa-Francorchamps.

Erik Comas, Viviane Senna (sœur d’Ayrton) avec sa fille Bianca, Raffaella Coma

Je demande à Erik s’il a vraiment envie d’aller voir cette exposition. Nous en avons beaucoup entendu parler et comme nous nous trouvons à Monza, il m’a semblé opportun de la visiter. Erik dit oui de la tête et je pense que, de toutes façons, cela ne pourra pas être plus douloureux que lorsque nous sommes allés à Sao Paulo, il y a une année, nous recueillir sur la tombe d’Ayrton Senna en nous tenant par la main. Dans cet immense parc, pendant qu’Erik déposait des fleurs blanches sur la plaque d’Ayrton Senna Da Silva, une sensation prit le dessus sur toutes les autres: j’ai ressenti la jalousie que beaucoup ont pu nourrir envers cet homme extraordinaire. Je ne suis pas en mesure d’expliquer clairement cette sensation qui, assurément, mériterait une longue dissertation, certes rationnelle, mais à mi-chemin entre des considérations philosophiques et paranormales. Ayrton Senna était non seulement beau et issu d’une famille très aisée, mais gagnait par son seul mérite. En un mot comme en cent, il ne pouvait être qu’envié.

J’entre dans l’exposition de Monza en laissant Erik me précéder. Je sais qu’il va pleurer, penser et ressentir des choses que je ne serai jamais en mesure de comprendre pleinement et sur lesquelles je ne poserai jamais de questions. Il y a en effet des recoins, au plus profond de soi et dans le cœur, qui ne peuvent pas être partagés avec autrui.

Avant de rencontrer Erik, je n’associai aucun visage à Ayrton Senna. Il n’était pour moi qu’un de ces nombreux pilotes qui pratiquaient un sport dangereux. Un sport qui était à des années-lumière du mien et qui, par conséquent, m’était complètement étranger. Je n’ai jamais voulu déranger Erik en le questionnant sur ces années-là de la Formule 1. Je ne suis pas une fan de son passé, ni des sports que je ne pratique pas, mais je le suis de son présent et de sa personne.

Les rares souvenirs de ce 1er mai 1994 qu’Erik m’avait spontanément confiés me reviennent soudainement à l’esprit – dans une atmosphère irréelle – en les juxtaposant aux textes qui accompagnent les photos de l’exposition : Ayrton Senna jeune, mince et apeuré sur son kart, puis en smoking, très séduisant et sûr de lui. Humilié ensuite par Alain Prost, puis vainqueur devant ce même Alain Prost et ainsi de suite pour arriver jusqu’au dernier jour de sa vie. Sa bataille pour rendre la F1 plus sûre, son désarroi à la suite de la mort de Roland Ratzenberger et ses prémonitions sur cet horrible 1er mai.

Je lis tout ce qui tombe sous mes yeux et apprends des détails que j’ignorais et que même la rencontre avec la famille d’Ayrton Senna, l’année précédente au Brésil, ne m’avait pas dévoilés.

Je découvre ainsi l’homme et non pas le champion. Un être rare, privilégié, certes, mais altruiste. Un être immense et pourtant revêtu d’humilité. Ayrton Senna avait par ailleurs été le seul pilote venu féliciter mon mari pour son titre en F3000 lors de ses débuts en F1.

Je regarde Erik qui, comme une centaine d’autres visiteurs, observe ému et en silence les différentes photos d’Ayrton Senna. Ses yeux sont humides et sa gorge est nouée. Il achète le livre de l’exposition sans qu’on le reconnaisse. Il remercie avec le seul fil de voix qui lui reste et paie. Il remercie aimablement car cela fait partie de son ADN. Il remercie comme il le fait tous les jours quand je cuisine pour lui, quand je lui apprends un nouveau mot en italien, quand je peste contre un journaliste mal inspiré. Il remercie comme toutes les fois que je lui impose mes leçons de pilates et qu’il me dit « je t’aime prof. »

En sortant lentement de l’exposition, la lumière aveuglante de l’après-midi nous ramène au présent, à une vie heureuse faite de rencontres, rallyes, victoires, défaites, sports, voyages, douleurs, amis, ennemis, copilotes, divas, vrais pilotes et amateurs.

Et je souris. Oui, je souris car le plus grand pilote de tous les temps, animé par un altruisme qui dépasse l’essence-même du champion, a sauvé la vie de la personne qui aujourd’hui est toute ma vie.

C’est désormais à mon tour de dire merci, mais à haute voix: « Grazie Ayrton, tu seras toujours parmi nous ! » (Raffaella Comas)

Crédits photos : Lauren Misbaueur, Erik Comas, Pirelli, Allianz, DR

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