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Interview post-Monte-Carlo – Stefano Mella – ‘Une expérience incroyable’

 

Pour sa première participation en Championnat du monde des rallyes, Stefano Mella s’est engagé sur la 94e édition du Rallye Monte-Carlo. Cette expérience unique lui a permis de rallier l’arrivée à Monaco au 37e rang, non sans avoir vécu bon nombre de péripéties et autres aventures avant et pendant la course. Il nous raconte son aventure unique dans le monde du WRC et relate ses impressions à l’issue de cette course ‘hors norme’.

 

 

Sport-Auto.ch – Tu as atteint ton objectif de rejoindre l’arrivée à Monaco mais comment s’est déroulé ton premier rallye en WRC ?

Stefano Mella – Mon ressenti est globalement très positif, même si ça a été extrêmement difficile. C’était une expérience incroyable et je m’étais toujours dit qu’un jour je voulais vivre ça et me mesurer à un rallye du Championnat du Monde. Pour moi, c’était une première au Rallye Monte-Carlo et en WRC.

 

J’avais essayé de préparer les choses de manière carrée, mais à ce niveau-là, on n’est jamais totalement prêt. C’est un autre monde, très différent de tout ce que j’avais connu jusque-là. Je retiens surtout une intensité et une exigence uniques. C’est une expérience qui va rester longtemps dans ma tête et dans mon cœur. Je l’ai vraiment vécue à fond tout en réalisant à quel point c’est compliqué et différent des autres rallyes, même les plus beaux et les plus difficiles, qui ne sont pas du mondial.

S-A – Ta préparation a été perturbée par un changement de copilote de dernière minute. Racontes-nous ce qui s’est passé et comment tu as géré ce changement ?

SM – La veille du départ, nous avons appris que mon copilote ne pourrait finalement pas prendre le départ à cause d’un souci administratif avec les autorités monégasques. Il a donc fallu réagir très vite. En échange avec la FIA, on a activé la procédure de remplacement, qui est possible en cas de nécessité après les vérifications administratives.

J’ai alors appelé Veronica (NDLR : la femme de Stefano), qui a rejoint l’équipe dès le lendemain, le mercredi, jour du shakedown. Comme elle n’avait pas fait les reconnaissances, on a dû condenser au maximum la préparation, le briefing, la formation sécurité en ligne, puis beaucoup de travail sur les vidéos et les notes pour se synchroniser rapidement. Le point positif, c’est qu’on avait anticipé ce type d’imprévu avec un vrai plan B, un équipage ouvreur et un équipage de réserve avec les licences internationales. Sur un rallye comme celui-là, l’anticipation et la capacité d’adaptation font partie du jeu.

 

S-A – Quelles sont les principales difficultés que tu as rencontré sur le parcours ?

SM – Les principales difficultés ont été liées à deux choses : la préparation et les conditions. D’abord, à cause du changement de copilote et du temps nécessaire pour trouver une solution, ma préparation a été perturbée et j’ai eu des reconnaissances plus limitées que prévu. En effet, je n’ai pas pu faire deux passages sur toutes les spéciales, ce qui complique forcément la prise de repères et la performance. Ensuite, la météo a beaucoup changé entre les reconnaissances et la course, ce qui a rendu les choix et l’adaptation encore plus difficiles, surtout si on considère la longueur des spéciales.

S-A – Après les spéciales du vendredi et notamment en raison des conditions météorologiques dantesques de l’après-midi, tu étais particulièrement éprouvé le vendredi soir. As-tu songé à jeter l’éponge ?

SM – Pour être honnête, le vendredi soir, j’ai eu un vrai moment de doute, juste avant la dernière spéciale. Les conditions étaient très compliquées, à cause de la forte neige, la visibilité réduite et une spéciale de nuit qui demandait énormément de lucidité. À ce moment-là, je me suis posé la question de m’arrêter, parce que je ne voulais surtout pas prendre de risques inutiles.

Avec Veronica à mes côtés et en pensant à nos enfants, j’ai encore plus gardé en tête que la priorité devait rester la sécurité. Je ne suis pas un pilote professionnel. Je roule avec passion mais aussi avec la responsabilité de savoir où se trouve la limite. Le soutien de l’équipe et des personnes autour de moi m’a beaucoup aidé à garder la tête froide, à me rassurer et à retrouver la motivation pour gérer la situation. Finalement, on a pris la bonne décision : gérer, assurer et terminer une journée vraiment très difficile.

S-A – Tu as eu quelques écarts et autres figures de style durant le rallye (bloqué dans un fossé, tête à queue). Raconte-nous tes péripéties et comment tu as réussi à t’en sortir.

SM – On a eu quelques péripéties et ce qui m’a le plus marqué sur ce Rallye Monte-Carlo, c’est la solidarité des spectateurs. On le voit parfois en vidéo, mais le vivre de l’intérieur, c’est autre chose. Dès qu’une voiture se retrouve coincée, il y a tout de suite des gens qui se mobilisent pour pousser, dégager, aider. Ça montre une passion incroyable et, dans ces moments-là, tu te sens vraiment accompagné.

De notre côté, on s’est retrouvés coincés dans la neige à deux reprises (une fois le vendredi et une fois le samedi), avec forcément du temps perdu, mais aussi énormément d’émotion et de reconnaissance. Sans l’aide des spectateurs, ça aurait été beaucoup plus compliqué. On tient vraiment à les remercier.

Et puis, il y a eu un épisode plus “dur” dès le jeudi, dans la deuxième spéciale on a fait une sortie de route qui a endommagé un amortisseur et tordu une pièce. Là, on a dû s’en sortir seuls et terminer très prudemment, à un rythme réduit, pour rallier l’assistance. Heureusement, la dernière spéciale de la journée a été annulée, ce qui nous a permis de rentrer, de réparer et de repartir le lendemain avec une voiture en ordre.

S-A – On a entendu que tous les équipages se sont plaints des pneus fournis par Hankook, particulièrement dans la neige. De ton côté, comment as-tu vécu l’adaptation à ces pneus que tu utilisais pour la première fois ?

SM – Je comprends ce que beaucoup d’équipages ont exprimé. De mon côté, ça a été encore plus délicat parce que je découvrais ces pneus pour la première fois. Dans un rallye comme celui-là, où l’adhérence change en permanence, partir sans expérience préalable avec ce package complique forcément l’adaptation.
Je venais de trois saisons avec Michelin, avec des repères très ancrés, donc le changement a été marqué. J’ai senti des caractéristiques différentes, notamment au niveau de la carcasse et du comportement global et dans la neige, lorsqu’il faut “mordre” la glace, les clous courts demandent une approche très précise pour trouver le grip et la confiance.

 

Après, c’est aussi le jeu. Quand un manufacturier est celui du Championnat du monde de rallye, tout le monde doit s’adapter. À mon avis, il y a encore une marge importante de développement et plus on pourra faire remonter du feedback, plus le produit progressera. De notre côté, il faut aussi apprendre, ajuster les réglages, adapter le pilotage et accumuler des kilomètres.

 

S-A – On sait que tu es particulièrement à l’aise et que tu apprécies particulièrement les Super Spéciales. A Monaco, tu as d’ailleurs réalisé le 14e temps du général et même le 5e temps de ta catégorie. Comment as-tu vécu cette spéciale urbaine qui te tenais à coeur ?

SM – Oui, cette Super Spéciale me tenait vraiment à cœur. Beaucoup de proches savaient que j’adore ce format, donc il y avait forcément un peu de pression, mais surtout énormément d’envie. L’ambiance était incroyable, sous la pluie. Il y avait, d’après les estimations, près de 40 000 personnes et ça donne une énergie particulière. Vivre une scène comme ça à Monaco, c’est très fort.

De mon côté, j’ai essayé d’être le plus propre possible. J’ai fait deux ou trois petites erreurs, mais globalement la spéciale s’est bien passée et je suis content de comment j’ai roulé. Il faut aussi dire que les conditions ont évolué. Quand nous sommes partis, il pleuvait beaucoup alors que les pilotes partis plus tôt avaient une route un peu plus favorable et sur ce type de spéciale, ça se paye tout de suite.

Mais au-delà du chrono, l’émotion à l’arrivée, le public, puis l’interview… c’était un moment vraiment marquant, qui va rester longtemps.

 

S-A – Quel bilan tires-tu de cette expérience hors du commun ? As-tu des regrets ou est-ce que tu ne retiens que les bonnes choses ?

SM – Honnêtement, je n’ai pas de regrets. Le bilan est très positif. C’est une expérience incroyable et je pense que tout pilote passionné devrait pouvoir vivre au moins une fois un rallye de ce niveau. Ça restera toute ma vie dans mon cœur. Quand je revois les photos, les vidéos, tout ce que je garde de cette semaine, je ne retiens que du bon.

 

Après, avec le recul, en regardant les caméras embarquées, je vois aussi que je n’étais pas toujours complètement détendu et c’est normal. C’était une première avec énormément de paramètres à gérer. Mais justement, le fait d’être allé au bout et d’avoir su traverser des situations compliquées, ça m’a énormément apporté. Je repars plus riche en expérience, avec des souvenirs très forts et des repères précieux pour la suite de mon parcours de pilote.

 

S-A – Maintenant que ce premier objectif de la saison a été atteint, quels sont tes projets et ton programme pour la saison 2026 ?

SM – J’avais envisagé de faire une petite pause mais je me rends compte que le rallye, c’est une vraie addiction… dans le bon sens du terme. Depuis mon premier rallye en 1995, ça fait plus de 30 ans que je roule, et j’ai toujours cette envie de continuer à apprendre et à vivre ce sport.

Pour 2026, on a déjà confirmé notre présence au championnat suisse des rallyes. J’en profite pour remercier sincèrement AMD Motorsport pour son soutien, ainsi que ma famille et Veronica qui est toujours à mes côtés et m’aide à poursuivre cette passion au maximum de mes possibilités.

 

 

Sport-Auto.ch remercie chaleureusement Stefano pour le temps qu’il nous a accordé pour cette interview.

Crédits photographiques : Nuno Ferreira / Sport-Auto.ch

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