POURQUOI UTILISER L’IA POUR CHOISIR SA VOITURE EST UNE MAUVAISE IDÉE ?

 

Édito du 06.10.2026 – Bob de Graffenried

Le déploiement à grande échelle de l’intelligence artificielle a été si rapide qu’il est devenu difficile de s’en passer dans la vie quotidienne, même pour les personnes qui y sont réfractaires. Par défaut, une simple recherche sur Google génère souvent un « Aperçu IA » placé au-dessus de la liste des liens supposés répondre le mieux à nos requêtes… Si cette fonction, malheureusement difficile à désactiver (voir en fin d’article), peut faire gagner du temps aux internautes, elle peut aussi les induire fortement en erreur. Nous vous en fournissons ici la preuve avec deux exemples de nature différente.

La première question concerne l’un de nos derniers essais : est-ce que oui ou non l’Audi Q3 2.0 TFSI de 265 ch est dotée d’une hybridation légère (MHEV), comme c’est le cas sur d’autres modèles du groupe – par exemple l’Audi SQ5 essayée l’hiver dernier. Alors que nous savons déjà que cette version de l’Audi Q3 est 100% thermique, surprise : Gemini nous affirme au contraire qu’elle serait dotée d’une hybridation légère 48V. Nous reposons ensuite la question légèrement différemment, et là, miracle : Gemini change de version et répond qu’elle n’en est pas dotée. Alors, oui ou non ? Il faudrait savoir ! Les deux réponses sont illustrées sur les captures d’écran ci-dessous :

Dans ce premier exemple, le plus surprenant réside dans le caractère affirmatif des réponses fournies, puisque la même IA (Gemini) alterne entre le « Oui » et le « Non », sans aucune hésitation, alors que la question a juste été posée différemment à quelques secondes d’intervalle. En somme, pour une question sur les caractéristiques techniques du véhicule, aucune fausse réponse ne devrait pouvoir être donnée, et la réponse correcte est que l’Audi Q3 2.0 TFSI de 265 ch n’est PAS munie d’hybridation légère.

Continuons avec une requête moins évidente puisque cette fois-ci Gemini va devoir fouiller à travers des essais journalistiques et des retours d’expérience d’utilisateurs dans la vie réelle afin de fournir une réponse. La question est de savoir si, sans être rechargée, une voiture hybride rechargeable consomme plus ou moins de carburant qu’un modèle thermique équivalent. La réponse est sans appel : selon Gemini, un modèle hybride rechargeable (PHEV) consomme plus qu’un modèle essence similaire lorsqu’il n’est pas rechargé. Gemini fournit même des fourchettes de consommation qui ne veulent strictement rien dire : « 7,5 à 11 l/100 km pour une hybride rechargeable non rechargée, contre 5 à 7 l/100 km pour une hybride ou thermique classique » (voir capture écran plus bas à gauche). Tout cela sans comparer les puissances, les performances et les catégories de véhicules !

Mais lorsqu’on oriente le débat vers la réponse que l’on souhaite obtenir, Gemini change de ton et « avoue » que les voitures hybrides rechargeables peuvent consommer moins qu’un modèle thermique équivalent. L’explication fournie démontre que l’IA n’a aucune expérience en matière de conduite automobile, puisqu’elle mentionne que « cela n’est vrai qu’en ville ou sur parcours mixte », comme si ces cas d’utilisation étaient exceptionnels alors même que la consommation d’un véhicule s’évalue justement sur un « parcours mixte ». Après avoir cité quelques liens, dont celui de notre expérience détaillée au volant de la Peugeot 308 SW, Gemini détaille les raisons qui font que la réponse peut changer suivant le type de trajet effectué. C’est cette réponse-là, plus nuancée, qui aurait dû être fournie directement, alors que la première réponse donnée stipulant que la consommation est supérieure correspond à un usage bien précis qu’elle nomme elle-même de « piège de l’autoroute ». La capture écran et la vidéo ci-dessous illustrent les deux réponses fournies à cette deuxième requête.

On précisera que même sur l’autoroute, une hybride rechargeable peut tirer avantage de sa (lourde) batterie dès que le parcours est vallonné. Il n’y a donc que sur le plat et à vitesse constante que la consommation instantanée est plus élevée. Mais dès que l’on moyenne sur plusieurs centaines de kilomètres, les phases de freinage et déclarations compensent le surpoids de la batterie, voire inversent la donne en fonction du parcours. Et lorsque le moteur thermique « force la recharge de la batterie en roulant » (pour reprendre les mots de Gemini), c’est pour ensuite restituer cette énergie sous forme de roulage 100% électrique ; la consommation doit donc être mesurée en intégrant cette phase de roulage sans émission, sinon cela n’a aucun sens !

Ces exemples démontrent bien les limites de l’IA pour s’informer de manière fiable sur l’automobile. Même en exécutant des requêtes élémentaires (cas numéro 1), les réponses fournies peuvent être fausses. Et lorsque l’IA doit effectuer une synthèse sur des retours d’expérience dans la vie réelle (cas numéro 2), sa réponse peut se trouver orientée vers un cas d’usage spécifique, sans pour autant que cela ne soit précisé dans sa réponse… Ce n’est en effet qu’après avoir creusé que nous avons pu obtenir une réponse qui tient compte des différents cas d’usage des modèles hybrides rechargeables (PHEV).

En conclusion, il apparaît donc nécessaire de continuer à prendre le temps de s’informer de manière la plus complète possible en consultant des essais détaillés comme ceux que nous ou nos confrères vous proposons. Et en ce qui concerne les caractéristiques techniques, autant privilégier les sites des constructeurs, même s’il est parfois difficile de trouver certaines informations comme le diamètre de braquage ou le régime auquel la puissance maximale est déployée.

Finalement, une question fondamentale demeure : l’IA peut-elle vraiment nous faire gagner du temps si nous ne pouvons pas lui faire entièrement confiance ? Si vous aussi n’en êtes pas convaincus, voici comment la désactiver (méthode valable pour Gemini sur Chrome) :

bob[@]sport-auto.ch