OPEL
UN DÉFAUT DE FABRICATION
PEUT ENGENDRER
UNE CASSE MOTEUR

Le reportage Sport-Auto.ch du 25 février 2020

Rédaction : Bob de Graffenried
Photographies : Bob de Graffenried

Il est des histoires que l’on n’aimerait jamais devoir raconter. Mais lorsqu’un constructeur refuse d’admettre sa responsabilité et fustige le comportement de son client, il est difficile de rester les bras croisés. Ce récit fait suite à un bras de fer de 6 mois avec la marque à l’éclair. N’ayant pas obtenu gain de cause, j’ai décidé de raconter cette expérience afin de prévenir les clients de la marque susceptibles de rencontrer le même problème.

La voiture concernée est celle de mon épouse, une Opel Meriva 1.4L turbo 140ch achetée neuve chez le concessionnaire de la marque en 2016. La garantie d’usine n’étant que de deux ans, nous avions opté pour une extension à 5 ans / 150’000km. Durant sa troisième année de vie, la voiture a déjà vu son radiateur devoir être remplacé.

Le 31 juillet 2019, nous devons nous arrêter en ville, un signal d’avertissement à l’écran indiquant que la voiture surchauffe et qu’il faut ralentir. Après avoir attendu que le vase d’expansion refroidisse, nous l’ouvrons et constatons qu’il manque de l’eau. Sortant justement des magasins, nous en avions assez pour compléter le volume nécessaire (plus de 2 litres), avant d’acheter du liquide de refroidissement dans l’hypothèse où cela se reproduirait avant que la présumée fuite ne soit réparée.

Le lendemain, mon épouse est particulièrement attentive à la jauge de température. Alors que nous roulons au plat à 80km/h entre Le Mouret et La Roche, elle m’informe que la température approche les 110 degrés. Le temps que je sorte le téléphone du sac pour prendre une photo, la température dépasse les 120 degrés, faisant alors apparaître le même message que la veille (notez au passage que le terme « ralentir » n’est pas dissuasif de poursuivre sa route jusqu’à une zone sécurisée). Sur une route cantonale dépourvue de trottoir avec deux enfants en bas âge, il est légitime de ne pas daigner s’arrêter n’importe où du moment que la voiture n’ordonne pas de le faire et qu’elle ne montre aucun signe extérieur anormal (aucune fumée ni bruit). Quelques centaines de mètres après, nous trouvons un renfoncement sur la droite. Nous ajoutons à nouveau entre deux et trois litres d’eau. Après avoir attendu quelques minutes, nous redémarrons le moteur. La température retombe à 90 degrés en l’espace de quelques secondes, ce qui nous conforte de continuer la route, ce d’autant plus qu’aucune indication contraire n’est indiquée ni dans le manuel, ni sur l’ordinateur de bord, l’avertissement ayant disparu.

Le lendemain, j’appelle le garage pour l’informer que notre voiture souffre certainement d’une fuite du circuit de refroidissement menant à une augmentation de la température de service. On me propose alors d’amener le véhicule par moi-même au garage. N’ayant à cet instant pas précisé que la voiture avait surchauffé, je ne peux pas en vouloir à mon interlocuteur de ne pas m’avoir proposé une dépanneuse, même si compte tenu de ce qui me fut reproché par la suite, il aurait probablement dû le faire par précaution. Sur la trentaine de kilomètres menant au garage, la voiture chauffera deux fois, mais l’aiguille n’aura été dans le rouge qu’une seule fois juste avant que je puisse m’arrêter pour compléter le niveau d’eau. Toutefois, aucun signe extérieur n’empêche l’utilisation du véhicule qui fonctionne normalement.

Après avoir examiné le véhicule, le garage m’informe que la voiture souffre d’un défaut de joint de culasse. Une analyse du circuit de refroidissement indique que la pompe à eau présente une légère fuite, ce qui a mené à une quantité d’eau insuffisante ayant provoqué l’élévation de la température rencontrée. Fait intéressant et déterminant dans cette affaire : cette voiture est dépourvue de capteur de niveau d’eau, niveau que j’avais vérifié le 20 juillet à notre retour de vacances, soit 11 jours avant. La voiture étant sous garantie, le garage confie le cas au service des garanties Opel.

La prise de position d’Opel Suisse est catégorique : ayant poursuivi la route après la première surchauffe, nous sommes responsables du dégât provoqué au joint de culasse. Opel Suisse martèle également que nous sommes responsables en permanence de la bonne marche du véhicule et que nous aurions dû nous arrêter immédiatement et avant l’apparition du témoin. Opel accepte donc de remplacer sous garantie uniquement la pompe à eau défectueuse. En parallèle, le garage nous propose deux options : la réparation du moteur, avec au besoin la réfection des culasses, ou le changement complet du bloc, évitant ainsi qu’une conséquence éventuelle de ce problème apparaisse dans le futur. Mais si nous choisissons cette deuxième option, pourtant plus onéreuse, Opel ne déduit pas le montant de la pompe à eau, élément pourtant responsable du problème !

Me voyant remonté, le garage nous accorde un rabais de 10% sur la réparation. Quelques jours après et suite à plusieurs échanges de courriel ainsi qu’un téléphone de 56 minutes, Opel Suisse nous accorde un geste de CHF 1’300.- sur le remplacement du moteur, mais à titre commercial uniquement car nous sommes clients Opel depuis 2011. Opel refuse d’admettre sa responsabilité sur la rupture du joint de culasse. Le constructeur réfute également l’hypothèse (certes peu probable, mais invérifiable) que le joint de culasse ait pu naturellement présenter une défaillance et que la fuite de la pompe à eau ne soit qu’une coïncidence, voire même une conséquence de la surchauffe. Au final, le montant à notre charge s’élève à CHF 3’158.80.

Si on résume la situation, il en ressort les faits et constatations suivants :

1. L’élément ayant provoqué la fuite est la pompe à eau, alors que notre voiture n’a que 3 ans et 72’000km, que les services ont été faits chaque année chez Opel et que la voiture dort dans un box.

2. La voiture est dépourvue de capteur de niveau d’eau.

3. La voiture ne prévient pas le conducteur de la montée en température, le message d’avertissement n’intervenant qu’entre 120 et 130 degrés (zone rouge), soit bien trop tard pour éviter d’endommager le moteur même si le conducteur s’arrête dès qu’il le peut (voir la photo ci-après prise à plus de 110 degrés sans aucun message ni voyant allumé).

4. En indiquant qu’il faut vérifier le niveau d’eau, le manuel induit l’utilisateur en erreur car implicitement, cela signifie qu’une fois qu’il a effectué cette opération, il peut reprendre la route. Si ce n’était pas le cas, pourquoi alors lui demander de vérifier le niveau d’eau ? Dans ce cas, le manuel devrait ordonner d’appeler une dépanneuse (Opel Assistance ou autre).

5. L’élévation de la température du véhicule ne fait pas suite à une surutilisation ou à une situation particulière (bouchon, tractage de charge, etc.). Lorsque les conditions de conduite sont normales, il est logique de ne pas avoir les yeux rivés en permanence sur la jauge de température.

6. Il est surprenant qu’à l’heure du tout numérique, Opel ne puisse pas extraire du véhicule la durée pendant laquelle le véhicule a roulé entre l’apparition du signal de surchauffe et l’arrêt, ainsi que la courbe de montée en température. Ces données auraient pu montrer que nous n’avons pas été négligents vu la rapidité des surchauffes et l’apparition hyper tardive du signal.

7. Le garage ayant évalué la fuite de la pompe à eau comme légère, il est troublant qu’il ait été nécessaire d’ajouter à nouveau plus de deux litres d’eau quelques dizaines de kilomètres après la première surchauffe. Malgré l’absence de signe extérieure, le joint de culasse a donc probablement commencé à se détériorer dès cette première surchauffe, engendrant le fait que l’eau soit absorbée dans le moteur.

Après avoir récupéré notre voiture et payé la facture, nous avons décidé de rapporter le cas à notre assurance de protection juridique (TCS Assista). Cette dernière a mandaté un expert pour étudier le dossier. En l’état, ce dernier juge que nous manquons d’éléments pour prouver que notre comportement n’a pas été négligent. Il se montre perplexe quant au fait que le moteur ait pu être endommagé si rapidement, se basant sur une expérience réalisée avec une Renault Clio 1.2 en 2006. En effet, cette voiture a pu effectuer 12km SANS liquide de refroidissement. Mais les deux situations sont incomparables. Premièrement, ce ne sont pas les mêmes moteurs. Deuxièmement, bien que la Clio ait pu faire 12km jusqu’au grippage du moteur, le joint de culasse s’est probablement détérioré bien plus rapidement, sans empêcher la marche du véhicule. Troisièmement, notre Opel Meriva n’a jamais roulé SANS liquide de refroidissement, et nous n’avons jamais parcouru plusieurs kilomètres en état de surchauffe.

En cas de procès, il serait juridiquement considéré que nous avons « accepté » notre tort, ayant ordonné et payé la réparation afin de pouvoir récupérer notre véhicule, lequel aurait été immobilisé certainement plusieurs mois si nous avions attaqué le constructeur avant la réparation. Pour ces raisons, TCS Assista refuse de lancer toute action juridique envers Opel Suisse, estimant que les chances d’obtenir entièrement gain de cause ne sont pas assez élevées.

Néanmoins, dans le désir de défendre son client autant que possible, TCS Assista a réclamé, dossier complet à l’appui, une prise en charge totale à Opel Suisse. Il aura fallu pas moins de 6 missives envoyées entre le 29 octobre 2019 et le 15 janvier 2020, lesquelles sont restées sans réponse. Finalement, au terme d’une énième tentative, Opel Suisse a répondu qu’ils n’entraient pas en matière dans ce dossier.

bob[@]sport-auto.ch

Conseils aux propriétaires de voitures Opel :

Si vous observez une élévation de température sur la jauge à aiguille, arrêtez-vous immédiatement. Ne touchez à rien et appelez un service de dépannage qui rapatriera votre Opel jusqu’au garage. Vérifier le niveau du liquide de refroidissement – comme le suggère le manuel – est en effet inutile puisque vous ne pouvez de toute façon pas reprendre la route sans mettre en danger votre moteur !

Pensez également à faire vérifier périodiquement l’étanchéité de votre pompe à eau, puisque ce problème est déjà arrivé et que la voiture n’est pas équipée d’un capteur de niveau de liquide de refroidissement. Dans le doute, un contrôle quotidien du niveau d’eau s’impose.

Expériences antérieures personnelles :

En l’absence de consigne d’appeler un service de dépannage, chaque personne peut réagir de manière distincte. Ayant été conducteur à l’armée suisse, j’ai été confronté à des surchauffes en montagne avec les Bucher Duro lorsqu’ils étaient chargés. Dans ce véhicule, le conducteur est averti par le biais d’un bip sonore. La démarche est la suivante : arrêter le véhicule dès que possible mais sans compromettre sa sécurité, couper le moteur, basculer la cabine en avant et attendre quelques minutes avant de redémarrer. Ce fut le cas notamment le 23 mai 2007 sur la route entre Château d’Oex et le col des Mosses, où le Duro est stationné sur une place d’évitement (arrêt dès que possible et non immédiat). Une fois la température redescendue, nous avons toujours poursuivi la route sans conséquence pour le moteur.

Quant à ma première voiture, une Alfa Romeo 146 1.6L de 1996, elle avait surchauffé dans un bouchon, m’obligeant à m’arrêter sur la bande d’arrêt d’urgence. Cela m’avait même valu une escorte policière jusqu’à la sortie de Villeneuve, ma voiture ne pouvant faire du surplace sans surchauffer… Après cela, j’ai continué ma route sans aucun problème ultérieur. La voiture avait déjà une dizaine d’années et plus de 140’000km au compteur.

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