Entretien avec le directeur d’Auto Sport Suisse, Patrick Falk

Après avoir rencontré de nombreux acteurs de l’univers du championnat suisse, Sport-Auto.ch continue sa mission qui a pour but de vous présenter toutes les personnes de l’ombre du monde du sport automobile suisse. Cette fois-ci, nous nous sommes entretenus avec Patrick Falk, directeur de Auto Sport Suisse, véritable organe des courses suisses. Nous avons tendance parfois à l’oublier mais sans cette association, il n’y aurait pas de course. 

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

“Je m’appelle Patrick Falk et je suis né à Fribourg au début des années 70. J’ai toujours passé ma vie dans le magnifique district de la Singine. Mes activités sportives sont entre autres le football et l’unihockey (NLB), et j’ai exercé pendant 9 ans la fonction d’entraîneur unihockey NLA (dames et messieurs). Sur le plan privé, je suis divorcé et heureux de l’être.”

Comment êtes-vous arrivé dans le monde du sport automobile ?

“Après avoir réussi de faire de mon hobby mon métier, j’ai travaillé 17 ans pour la fédération Swiss Unihockey dont 10 ans comme directeur et j’ai ensuite cherché un nouveau défi à relever. Je l’ai trouvé en 2010 chez Auto Sport Suisse. Je travaille dans le sport depuis 27 ans maintenant et je ne peux pas imaginer une meilleure profession.”

Comment Auto Sport Suisse fait pour survivre à la crise ?

“Auto Sport Suisse est durement touché par cette crise économique. Comme les organisateurs ont annulé toutes les courses du Championnat suisse de la montagne et qu’un seul organisateur organisera encore un slalom national, le manque de revenus représente un montant à six chiffres. Une grande partie de nos revenus (droits de licence, assurances, taxes des participants, etc.) est perdue et nous ne pouvons pas les compenser. Les dépenses mensuelles (salaires, assurances, infrastructure informatique, loyers, etc.) restent inchangées et s’élèvent à environ CHF 100’000.00 par mois.”

Pouvez-vous nous expliquer votre travail au quotidien ?

“En tant que directeur, je dirige le bureau d’Auto Sport Suisse avec ses six employés. En cette crise, mon travail quotidien consiste principalement à répondre aux questions des organisateurs / pilotes, à coacher mon équipe et à être présent pour les différentes personnes de contact. Je suis responsable de l’encadrement administratif de la Commission nationale des sports (CSN) et de nombreux fonctionnaires et de leurs commissions. Dans ma fonction de plaque tournante, je suis également la personne de contact pour la FIA, Swiss Olympic, l’OFSPO et d’autres autorités sportives ainsi que pour les sponsors et les partenaires. Sur le plan politique, j’essaie également d’influencer de manière positive divers représentants du sport automobile en faisant du lobbying au Parlement Fédéral.”

Est-ce qu’on va proposer un prix de licence spécial pour le slalom de Drognens ?

“Auto Sport Suisse délivre généralement des licences annuelles qui sont délivrées pour une période (année) et non pour un certain nombre de manifestations. Les services juridiques ont souligné depuis un certain temps déjà que les licences dites journalières LOC peuvent entraîner des difficultés de traitement (assurance, etc.) et qu’il n’y aura donc pas d’efforts pour délivrer encore une licence spéciale Drognens.”

Est-ce qu’il y a une discipline plus importante qu’une autre pour Auto Sport Suisse ?

“Auto Sport Suisse est en charge d’un large éventail de disciplines liées aux quatre roues (dragster, trial 4×4, autocross, circuit, courses  de côte, slaloms, rallyes, trucks, karting, etc.) et chacune d’entre elles a sa justification. Il n’y a donc aucune raison de traiter une discipline différemment des autres.”

Comment expliqueriez-vous que la course de côte se déroule plus en Suisse alémanique et le Rallye en Romandie?

“Pour autant que je sache, le Championnat suisse compte 4 courses de côte en Suisse romande et 4 courses en Suisse alémanique – un équilibre parfait. Comme dans d’autres sports, il existe des différences démographiques, ce qui signifie que les habitants de Suisse romande et du Tessin sont plus susceptibles de s’inscrire à des manifestations de rallye que ceux de Suisse alémanique. La Suisse romande est plus orientée vers la France et le Tessin plus vers l’Italie, deux nations fortes en matière de rallye. Le handball de haut niveau et l’unihockey de haut niveau ne sont pratiquement pratiqués qu’en Suisse alémanique. Le basket-ball de haut niveau n’a pratiquement lieu qu’en Suisse romande et au Tessin.”

Cette année a permis au Mont-Blanc-Morzine de faire son retour au calendrier, comment expliquez-vous qu’il ne figurait plus au programme du championnat suisse ?

“Le calendrier du championnat suisse de rallye est proposé par la commission des rallyes et seule cette commission peut répondre avec compétence à cette question. J’ai moi-même visité le Rallye du Mont-Blanc avec le Championnat suisse des rallyes juniors et j’ai particulièrement apprécié la région et je pense que cela a été une expérience formidable pour les pilotes.”

Quelle est votre course favorite?

“J’ai déjà parcouru pratiquement toutes les pistes en Suisse, certes pas à la vitesse de la course, mais avec le bus technique d’Auto Sport Suisse. Pour ne pas favoriser un organisateur, je me permets de jouer ici mon joker !”

Est-ce que nous aurons un jour un groupe F2000 pour le rallye comme en France ?

“Le comité Rallye ainsi que le comité technique d’ASS se sont déjà à plusieurs reprises occupés de la question de savoir s’il faut accepter le groupe français F2000 pour les pilotes suisses. Il semble tentant de reprendre cette catégorie, car en principe ces voitures ne sont pas très onéreuses et en même temps assez performantes. Mais comme partout, il n’y a pas seulement des avantages, mais aussi des inconvénients.

En rallye, où le risque d’accident est le plus élevé, la Suisse se concentre depuis de nombreuses années sur les voitures qui disposent (ou ont disposé) d’une homologation FIA. Et il n’est pas prévu de dévier de ce principe en acceptant d’autres catégories comme le groupe national français F2000. Guidé par le souci de protéger le plus efficacement nos équipages, il nous tient à coeur que nos voitures disposent d’un niveau de sécurité élevé en accord avec les prescriptions FIA actuelles. Il ne serait pas cohérent de demander ce niveau de protection à un petit groupe R1 en laissant en même temps courir des voitures F2000 bien plus performantes, mais moins bien équipées, et disposant de structures (coques) de conception ancienne.”

Le comité Rallye n’est pas prêt à accepter n’importe quel genre de voiture dans notre championnat. Nous aimerions bien gonfler nos plateaux en rallye, mais pas en négligeant la sécurité de nos pilotes.”

Est-ce que vous pensez qu’il est possible de créer de nouvelles épreuves ?

“Il y a toujours des efforts de différents milieux pour créer de nouvelles manifestations ou pour faire revivre des manifestations passées. Cela demande souvent un grand engagement, du travail bénévole et de gros efforts. Nous sommes conscients que ce n’est pas facile, mais en fin de compte, la course automobile vit des manifestations organisées par des passionnés. C’est réjouissant de constater qu’avec la course de côte La Roche-La Berra, une course attrayante a retrouvé sa place dans le calendrier des courses pour le championnat suisse 2021.”

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

“Après avoir survécu à la pandémie du COVID-19, nous mettrons tout en oeuvre pour sauver autant que possible la saison 2020 et pour offrir aux pilotes la possibilité de pratiquer la course automobile. Ensuite, nous consacrerons à nouveau toute notre énergie à la prochaine saison 2021 et espérons une année pleine d’action dans toutes les disciplines et catégories.”

Crédit photo : RK Photographie & Auto Sprint & Sport-Auto.ch

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