Entretien avec Gilles Rossel – “A la conquête de la Suisse Romande”

Il est chaque jour un peu plus compliqué de pouvoir vivre grâce au monde du journalisme ainsi que de l’automobile. Mélanger tous les deux ne facilite guère la tâche. C’est le défi que relève Gilles Rossel depuis de nombreuses années. Le journaliste vaudois a travaillé pour la Revue Automobile ainsi qu’à divers projets. C’est désormais pour Auto-Illustré qu’il travaille.

Sport-Auto.ch : Peux-tu te présenter brièvement ?

Portrait d’un homme passionné depuis son enfance

Gilles Rossel : “Je m’appelle Gilles Rossel, j’ai 34 ans et je suis né à Lausanne. J’ai fait mes études à Neuchâtel. Je suis journaliste de formation et j’exerce ce métier dans le monde de l’automobile depuis sept années.”

Pourquoi est-ce que tu t’es orienté vers l’automobile ?

“C’est grâce à mon père. Mon prénom est le même que celui de son pilote favori, Gilles Villeneuve. Durant mon enfance, nous suivions tous les deux les courses. C’est durant les années 90 que je suis véritablement tombé amoureux de ce sport.”

Quel est ton parcours professionnel ?

“J’ai effectué plusieurs stages en tant que journaliste pour des journaux comme L’Hebdo ou encore 20 Minutes pour ne citer qu’eux. Mais à côté de mon métier de journaliste, je travaille aussi en tant qu’adjoint administratif et consultant. C’est un revenu que j’ai toujours eu à côté de ma passion pour le journalisme et il m’a d’ailleurs permis de financer mes études.”

Comment organises-tu ta semaine ?

Parfois les techniques “old school” sont les meilleures

“Lorsque je travaillais pour la Revue Automobile, nous imprimions une édition chaque semaine. Je devais donc adapter mon travail et cela ne me laissait pas de répit. Je devais me rendre sur chaque course et écrire tous mes récits le lundi et mardi. Désormais, je travaille pour une revue mensuelle ce qui m’offre plus de temps pour travailler. Je passe quelques téléphones chaque semaine pour préparer des projets, des rencontres etc. Actuellement, je travaille deux jours par semaine pour le magazine.”

Que penses-tu de l’intérêt des médias sur le sport automobile ?

“Je pense que l’intérêt est très faible, les médias généralistes n’en parlent presque pas, c’est dommage et triste car je ne vois pas pourquoi ce sport mériterait moins d’attention que les autres. On a quand même une écurie de Formule 1 helvétique. Alors certes la Formule 1 est suivie mais les plus petites courses n’ont presque aucune couverture médiatique. La communication des pilotes devient de plus en plus importante pour attirer l’attention des médias.”

Comment se passe la confiance avec les pilotes ?

Gilles Rossel a réussi à mettre en place une confiance mutuelle avec les pilotes

“Je suppose que le fait de travailler pour la Revue Automobile m’a particulièrement aidé. Je pense que de nombreuses personnes ont prêté plus d’attention à ce qu’ils disaient grâce à la réputation de ce journal. A titre humain, cela s’est toujours bien passé car au fond de chacun d’entre-nous, la même passion nous anime.”

Comment perçois-tu les médias en ligne ?

“Je les perçois comme quelque chose qui doit me stimuler. Les sites internet ne sont pas nouveaux. Durant mes études, les professeurs nous annonçaient déjà la venue d’internet qui allait chambouler le monde des journaux papiers. Depuis mes débuts, j’ai appris à me poser les bonnes questions. En commençant par me demander “pourquoi les gens devraient payer pour lire des informations par rapport aux sites internet ?” Je n’ai pas encore trouvé la réponse miracle. Ce n’est pas parce que je suis en face de vous que je vous dis cela mais Sport-Auto.ch fournit un travail remarquable. La différence est infime avec les médias profesionnels. Il faut que nous fournissions des efforts supplémentaires.

Tout le monde peut devenir journaliste, il n’est pas obligatoire de suivre des formations. Il faut du sérieux dans ses recherches, dans ses sources et dans ses contacts.”

Est-ce toujours possible de vivre du journalisme automobile ?

“Vivre du journalisme devient de plus en plus compliqué. Je pense tout de même qu’il est toujours envisageable de vivre de ce secteur. Il y a toujours des hauts et des bas. Il y a peut-être des sources de rémunérations que nous n’exploitons pas encore et qu’on ne connaît pas. Je veux continuer à y croire. Après il ne faut pas s’attendre à toucher le pactole.”

Quel est ton meilleur souvenir ?

Un voyage unique afin de tester la nouvelle née du constructeur Japonais, Honda NSX

“Je pense que c’est le voyage avec Honda aux USA en 2016. J’étais le seul journaliste suisse. Honda nous avait concocté un voyage fantastique en passant notamment par Las Vegas. Nous avons testé leur voiture dans des lieux fantastiques dans toute la Californie. Ce voyage m’a permis de gagner de précieux contacts. Rien que le voyage en Business Class me laisse un souvenir inoubliable.”

Quelle est la course automobile que tu préfères ?

“C’est tellement difficile de n’en choisir qu’une. Chaque discipline a ses spécificités. Par la suite, chaque course a son parcours ainsi que son organisation. Dans mon cœur, il y a trois monuments qui sont des mythes. Les 24H du Mans, les 500 Miles d’Indianapolis et le Grand-Prix de Monaco. Au niveau national, il m’est également difficile d’en mettre une en avant plus que les autres.

J’apprécie vraiment le Slalom de Bière car c’était la première course à laquelle j’ai assisté en tant que média ainsi que derrière le volant. Je pense aussi au Rallye International du Valais qui se déroule chaque année dans un cadre somptueux. Le Rallye du Chablais me semble chaque année de plus en plus fort. J’adore aussi le Gurnigel. En résumé, je suis vraiment fan des courses suisses.”

Pourquoi ne pas avoir tenté ta chance derrière le volant en championnat?

“Pour une raison très simple, je ne suis pas assez rapide pour gagner. J’adore rouler de mon côté, tester des voitures mais je ne pense pas avoir le talent requis. Par exemple, j’ai participé avec Martin Bürki au Slalom de Romont avec la même voiture. J’ai pris plus de dix secondes à chaque manche. Je suis loin d’être prêt pour tout donner et prendre des risques que je pourrais regretter.”

Par la suite, vous avez lancé un projet, Moteur Passion, que peux-tu nous dire ?

“Moteur Passion a été un superbe projet mais nous étions un peu trop ambitieux, trop rêveurs. Je me suis lancé avec un ami qui avait des idées prometteuses. De mon côté, la collaboration entre la Revue Automobile et moi battait de l’aile. J’avais envie de tenter de gérer la rédaction, les sources de revenus, la communication d’un magazine. C’était en quelque sorte un cri du cœur pour démontrer qu’on pouvait le faire. Le point négatif a été tout simplement que le nombre de préabonnements était insuffisant. Mais nous avons tout essayé et je n’ai pas de regret.” 

Qu’est-ce que tu donnerais comme conseil à un jeune qui veut se lancer dans le journalisme ?

Gilles Rossel parvient désormais à exercer plusieurs tâches, notamment les photos.

“Il ne faut pas attendre de travailler pour un journal. Créer un blog ou se lancer sur les réseaux sociaux, cela ne coûte rien. Je pense que les temps ont changé. Il faut maitriser plusieurs domaines désormais. Si vous savez faire des photos et écrire, vous êtes bien partis. Un bon exercice de départ est de savoir écrire un texte de 500 caractères sur n’importe quel sujet qui pourrait intéresser des lecteurs.”

Qu’est-ce qui te motive à te battre dans un monde ou la presse meurt un peu plus chaque jour ?

“Même si la presse écrite meurt, il y a toujours des gens qui suivent et qui veulent lire. Tant qu’il y aura des lecteurs, je ferai toujours l’effort d’être la personne qui puisse répondre à leurs attentes. Ce métier reste ma passion et j’ai en quelque sorte du respect pour le journalisme. Je veux continuer à me battre. Je pense qu’un monde sans médias est un monde sans liberté. Je perçois cela comme une mission, de pouvoir raconter, partager ce qui s’y passe.”

Quels sont tes projets ?

“Pour être franc, j’hésite de plus en plus à me calmer et essayer de fonder une famille. Mais j’ai eu l’occasion de me rendre compte que je n’étais pas fait pour ne rien faire. J’ai besoin d’adrénaline ainsi que de stress. Je veux continuer à vivre le plus longtemps possible de mon métier. Je me suis lancé avec le magazine Auto Ilustré et notre but est de conquérir le marché romand. Je vais tout donner.”

Crédit photo : Trusk Images & Porsche 

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