La Nascar relance la saison de Sport Automobile le week-end prochain

Alors que sur le vieux continent les premières mesures de déconfinement sont appliquées à des degrés et dates divers selon les pays, c’est outre Atlantique que le premier grand championnat de sport motorisé reprendra ses droits.

Le championnat Nascar, qui avait été interrompu le 8 mars dernier après la quatrième course, à Phoenix, en raison de la pandémie de COVID-19, reprendra dimanche prochain, 17 mai, à Darlington. Les concurrents resteront sur le même circuit pour une deuxième course qui se disputera le mercredi 20 mai, avant de se rendre sur le Charlotte Motor Speedway pour les deux courses suivantes, prévues les dimanche 24 mai et mercredi 27 mai.

Des tribunes vides pour les premières manches de la Nascar 2020

Bien entendu, en raison de la situation sanitaire actuelle, les courses se dérouleront à huis clos, donc sans spectateurs dans les tribunes. et avec certaines mesures de sécurité spécialement mises en place, notamment un nombre réduit de mécaniciens et de journalistes dans les garages, ainsi que… prises de température à l’entrée. En revanche, il ne devrait pas y avoir de test de dépistage.

De nombreux journalistes et photographes entourant le vainqueur, il faudra patienter pour revoir de telles images

Enfin, les courses pourraient reprendre sans séance de qualifications.

Sport-Auto.ch a pu s’entretenir avec Yann Zimmer, pilote suisse en Alpine Europa Cup fortement impliqué dans la série (voir ici), pour parler de cette reprise du championnat Nascar, mais aussi pour faire le point sur ces deux mois d’arrêt lors desquels, malgré les mesures de confinement en vigueur dans la plupart des pays du globe, beaucoup de choses se sont déroulées dans le monde de la série, ultra populaire aux Etats-Unis.

Yann, pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?

« Je suis né à Yverdon-les-Bains et j’ai 29 ans. J’ai débuté par le karting en Suisse dans plusieurs classes jusqu’en junior, avant de partir en France en filière sport-études, là même où Marcel Fässler avait effectué ses débuts. Dans ce cadre, j’ai fait deux saisons de karting et terminé vice-champion de France, avant de faire l’Auto Sport Academy, qui était un championnat d’Europe (F4 européenne), où là encore j’ai terminé vice-champion. Et ce qui était amusant à cette période, c’est que j’ai passé quatre années au Mans, et que tous les jours je voyais s’afficher les anciens top 3 de ce championnat, dont Marcel Fässler, en me disant qu’un jour j’allais avoir mon nom, ce qui est le cas à présent. Ensuite, mon objectif était la monoplace et j’ai fait 2 saisons en Formule Renault. Ces saisons, ponctuées de hauts et de bas, furent plutôt réussies dans l’ensemble, avec des adversaires tel que Kvyat, Sainz… J’ai ainsi pu prétendre à intégrer soit l’équipe de France (Yann possède la double nationalité), soit de grosses Formules. En 2012, alors que j’étais parti pour rouler en Formule Renault 3.5, un de mes gros partenaires connaissait à ce moment-là des difficultés dans son activité et n’a plus pu me suivre cette année. De fil en aiguille, je me suis retrouvé en Nascar européenne, avant de partir tenter ma chance aux Etats-Unis en 2015. J’ai effectué quelques essais qui se sont très bien passés. Dans la série Super Late Model, j’étais dans le rythme, bien aidé par mon travail dans le développement de volant avec MPI… Ce qui fait qu’ensuite j’étais plus connu aux Etats-Unis par mon activité de développement des volants, que comme pilote, ce qui ne m’a pas empêché pas de coacher des pilotes de Nascar, dont Jimmy Johnson ou William Byron. J’ai donc passé quatre ans aux États-Unis avant de revenir courir en Europe l’an dernier pour l’Alpine Europa Cup et de lancer mon entreprise dans le domaine du marketing digital. Ce fut une saison très intéressante où nous étions très compétitifs, même s’il y a eu un petit manque de réussite. »

Le week-end prochain, la Nascar va redémarer sa saison. Pour vous, est-ce le bon moment ?

« C’est une très très très bonne nouvelle, car la Nascar, contrairement aux autres sports aux Etats-Unis, peut reprendre sans public. En effet, les circuits appartiennent principalement à deux grosses entités (hormis quelques tracés indépendants), et si pour le business il serait préférable de faire des entrées, celles-ci ont les possibilités de faire se dérouler les courses avec les tribunes vides. À l’inverse, les fédérations sportives telles NBA, NFL, NHL par exemple, ne peuvent pas se le permettre, car elles dépendent énormément des spectateurs. A noter aussi que, du fait que ses compétitions reprennent très tôt, avant les autres sports, la Nascar sera le seul programme sportif à la télévision. Ce sera donc très important pour la série et encore plus pour les sponsors, même si à l’heure actuelle certains peuvent présenter des difficultés. »

36 manches sont au programme de la saison, 4 courses ont été courues, pensez-vous qu’il sera possible d’organiser les 32 autres épreuves ?

« Absolument, c’est parfaitement réalisable. Par le passé, il a déjà été démontré en Nascar qu’il était possible de faire des week-ends de 2 courses. Et lorsque j’étais là-bas dans les séries inférieures, il existait déjà la possibilité de faire un “One Day Event” avec essais libres à deux reprises dans la journée, puis les qualifications et la course en soirée. Ceci est aussi possible grâce aux moyens existants en Nascar, notamment en nombre de voitures : en effet, chaque équipe a au moins deux voitures par pilote en fonction du type de circuit. Aussi, organiser une course le mercredi et une autre le dimanche est parfaitement réalisable. »

Les courses seront disputées à huis clos et des mesures seront prises en raison de la pandémie de COVID-19. Pouvez-vous nous en dire plus ?

« Tout n’est pas encore complètement défini. Si les premières courses devraient être disputées à huis clos, des ouvertures au public pourraient être possibles pour des manches futures. Habituellement, les partenaires ont des invités sur chaque manche et des solutions pour le permettre sont à l’étude. D’autre part, des mesures de contrôle seront réalisées dans les paddocks, notamment prises de température… En Nascar, ils sont très pragmatiques et leurs solutions seront certainement reprises pour d’autres championnats, tel que la F1. »

Il est question d’un nombre réduit de mécaniciens et de journalistes…

Le nombre de mécaniciens sera limité dans le paddock

« Oui c’est exact. Mais si dans certains paddocks les garages sont petits et, même si le risque est faible, la Nascar veut montrer l’exemple. De plus, c’est une mesure que les instances voulaient tester pour la future réglementation de 2022 en vue de diminuer les coûts. »

Durant cette période d’arrêt, beaucoup de choses se sont passées, notamment le report de la nouvelle réglementation technique. Est-ce une bonne décision ?

« Je pense que oui. Notamment, au niveau des partenaires, qui auront des difficultés pour faire du développement. Aussi, ce report va laisser plus de temps pour bien se préparer sur cette nouvelle réglementation en testant certaines idées. Car en Nascar, ils n’hésitent pas, lors de séances d’essai, voire en course, de tester une nouvelle règle, comme, par exemple pour les gros ailerons, afin de favoriser les courses en peloton, ce qui avait été décidé en seulement deux semaines. Pour 2022, la future réglementation technique a pour but la réduction des coûts avec une voiture qui serait utilisable sur tous les types de tracés et l’introduction d’un système de franchise en Nascar, ce qui permettrait d’assurer un retour sur investissement et une vision sur le long terme. »

Durant le confinement, les pilotes de la Nascar ont pris part à des courses sur simulateur, avez-vous suivi ces courses ?

« Oui et ce fut très amusant. Moi-même j’ai eu l’occasion d’en faire un peu avec d’autres pilotes. Ils furent les premiers à lancer cette initiative et à le téléviser. Les autres sports ne pouvaient le faire et cela a permis de mettre la Nascar en avant. »

Lors de ces courses, Darrell Wallace et Kyle Larson ont commis des erreurs et se sont vu infliger de lourdes sanctions. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Darrell Wallace

« Alors, Darrell Wallace est un pilote qui a le sang chaud… alors qu’il s’était fait sortir par un autre concurrent, il a quitté le jeu au lieu de le terminer pour aller chercher des points. Malheureusement pour lui, c’était télévisé en direct et un gros sponsor s’est alors retiré. Aux États-Unis, ils sont très à cheval sur les supports médiatiques. Au final, cela a fait un très gros buzz médiatique là-bas, ce qui est par ailleurs un très bon retour indirect pour les partenaires. Kyle Larson c’est un peu différent, car il a tenu des propos contraires à l’idéologie de la Nascar (ndlr : il a tenu des propos à connotation racistes)… Il a “déconné” et il s’est fait virer de son équipe et a perdu des sponsors pour un mot dit lors d’une course qui n’était pas télévisée de surcroît. C’était un pilote qui avait un bon contrat et il se retrouve sans rien. Après, c’est les Etats-Unis et là-bas, ils aiment bien ce genre d’histoire avec le retour, et pour lui cela pourrait même être une opportunité pour rebondir. »

Certains pensent que c’est la fin de sa carrière, mais pas vous ?

« Non, il va retrouver un volant. Kyle Larson a des fans, il représente une grosse communauté, il est jeune et il veut courir, même pour moins d’argent. Et il sera mis en place tout un programme : il va avoir des cours et différentes opérations, etc. et puis l’an prochain, on le verra au Daytona 500. »

Carl Edwards

Petite surprise : alors que tous pensaient à Ross Chastain pour remplacer Kyle Larson, son équipe a fait appel à Matt Kenseth (vainqueur du championnat en 2003) après le refus de Carl Edwards. Est-ce le meilleur choix ?

« C’est un choix étrange. Après, Ross Chastain apporte du budget dans son équipe en Xfinity et il a peut-être des contrats qui l’empêchent de venir remplacer Kyle Larson. »

Matt Kenseth

La dernière course de Matt Kenseth remonte à Miami en fin 2018. Un an et demi sans rouler, est-ce un vrai un handicap ?

« Oui et non. Il a beaucoup d’expérience et c’est un très grand pilote ; il devrait vite retrouver le rythme. »

Jimmy Johnson devait prendre sa retraite cette saison, et finalement il devrait prolonger d’une saison, très bonne nouvelle, notamment pour les fans, non ?

Jimmie Johnson

« Oui, très bonne nouvelle pour les fans. Car Jimmy a envie de rouler et pour la compétition, c’est une grande nouvelle. C’est surtout un grand monsieur et il lui faut une vraie saison pour clore sa carrière. La Nascar a tout à gagner de la poursuite de la compétition de Jimmy. »

Enfin, pour terminer, où en sont vos projets pour cette saison ?

« Il était question que je roule en GT4 ou en Alpine Europa Cup. Finalement c’est pour la seconde option que j’étais en partance. En raison du confinement, le championnat de l’Alpine Europa Cup a été réduit à quatre épreuves (trois en France et une au Portugal). Maintenant, on espère avoir un beau championnat. »

En vue de 2021…

« Exactement. Peut-être du GT4 ou autre la saison prochaine, mais le but actuellement c’est l’Alpine Europa Cup, avec le soutien de mes partenaires, malgré la crise : Omnicarservice, Centre Alpine Valais,  Groupe CI, Karting Vuiteboeuf, ZMP… et mes autres partenaires, afin de faire une bonne saison. »

Et la Nascar, toujours une vue dessus ?

« Oui et non. Aujourd’hui je suis plus en vue de rouler en Europe, avec pourquoi pas du GT, Le Mans et l’Endurance. »

Aujourd’hui, les Etats-Unis ne vous manquent pas ?

« Si, bien sûr, mais aujourd’hui, avec mon budget, je ne peux que courir en Europe. »

Ryan Newman effectuera son retour après sa convalescence

Notons encore que Ryan Newmann pourra reprendre la compétition ce week-end après son terrible accident survenu lors de première course de la saison, les Daytona 500.

Credit photo et propos recueilli par Ludovic Carnal/Sport-Auto.ch ; écrit avec l’aide d’Angela Dela Torre/Sport-Auto.ch

A propos de l'auteur

Articles en relations