Entretien avec Stéphane Lefebvre – “Je n’ai pas su trouver les mots”

Le championnat du monde des rallyes est de plus en plus dur à accéder pour les pilotes. Le talent ne suffit plus forcément pour pouvoir prétendre à une place. C’est la situation que vit Stéphane Lefebvre qui a été pilote officiel pour Citroën durant quatre saisons. Le Français n’a jamais réussi à trouver les mots pour se faire comprendre au sein du team et n’a jamais eu une voiture adaptée à son style de pilotage.

Depuis la fin de son contrat, Stéphane Lefebvre ne fait que quelques rallyes ce qui n’est pas évident avec le manque de kilomètres. Le Français veut toujours croire en son rêve et sa passion. Sport-Auto.ch est parti à la rencontre du Nordiste.

Sport-Auto.ch : Comment a débuté ta carrière ?

Stéphane Lefebvre : “J’ai commencé à 14 ans le karting. J’en ai pratiqué jusqu’à mes 18 ans. Je savais que mon intérêt pour le karting n’était que passager et que dès que j’aurais le permis, je me mettrais aux voitures. J’ai réussi mon permis et mon père m’a acheté ma première voiture de course. Cette passion coule dans mes veines depuis mon enfance puisque je l’ai toujours suivi sur les courses. Je suis véritablement né dans le monde du sport automobile.”

Quel est ton plus beau souvenir en carrière ?

“Il est évidemment impossible d’en donner qu’un seul. J’en ai plusieurs qui me viennent en tête notamment mes titres. La saison 2014 a été forte en émotion puisque nous avons remporté quelques titres. En commençant par le WRC 3 et par la même occasion le JWRC. Nous avons la même année remporté l’ERC Junior. Le plus beau dans cette victoire, c’est que nous avons été sacrés à domicile, lors du Rallye d’Alsace. Ce sont des moments merveilleux émotionnellement parlant car nous avons nos proches présents, il y a une ambiance de folie mais ensuite sportivement parlant, cela ne vaut pas une victoire arrachée dans les derniers kilomètres d’une spéciale.”

Quel est ton rallye préféré ?

“Le rallye où j’ai véritablement le plus pris mon pied a été le Rallye de Pologne. C’est un rallye pour les gros cœurs et ce rallye m’a réellement fait vibrer. On a des sensations de dingue quand on prend des virages à haute vitesse en dérive complète. Personnellement, j’ai toujours aimé ce profil de rallye.”

En 2013, tu es venu au Rallye International du Valais, que gardes-tu de ce rallye ?

“C’est un rallye qui m’a fait penser un peu au Rallye du Mont-Blanc. Ils ont tous les deux un profil montagneux, assez rapide. Il y en a vraiment pour tous les goûts avec des portions terre dans les Cols et dans Bruson. C’est également sympa de pouvoir rouler dans la super spéciale des Casernes au plein milieu de la ville de Sion.”

Est-ce que tu reviendras un jour ?

“Depuis 2018, je ne suis plus un pilote officiel Citroën. Je suis donc tout à fait libre de vouloir rouler ou je veux. Le budget reste le nerf de la guerre. J’attends que l’on me donne ma chance mais l’occasion se présente un jour et que je suis libre, je viendrais sans hésiter.”

En 2014, tu as remporté le WRC 3, qu’est-ce que cette victoire a représenté ?

“Cette victoire a été un premier accomplissement pour moi dans ma carrière. À l’époque, lorsque tu remportais le WRC-3, tu bénéficias d’un programme en WRC-2 avec une DS3 R5 la saison suivante. Ce sacre m’a offert l’opportunité de devenir pilote officiel pour Citroën.

En 2015, tu as fait ta première apparition au volant d’une DS3 WRC en championnat du monde, comment cela s’est déroulé ?

“Comme je l’ai dit dans la question précédente, à la base, cette saison devait se disputer avec la Citroën DS3 R5. Dès la première course de la saison, nous nous sommes illustrés en remportant le WRC-2. Nous l’avons remporté en plus avec la manière vu que c’était au Rallye Monte-Carlo et avec deux minutes d’avance face à nos adversaires. Cette victoire a fait parler de moi au sein du team.”

Une fois que tu te retrouves pilote officiel en WRC, tu te rends compte réellement de l’engagement du constructeur. Tu peux constater toutes les personnes impliquées que ce soit les ingénieurs, la logistique du team. Tu n’as plus besoin de te soucier de quoi que ce soit. On te prend ton billet d’avion, on te prépare tes plats à manger etc… Tout est prévu pour que le pilote soit dans les meilleures dispositions possibles.”

En 2017, tu as conduit une Citroën dernière génération, comment s’est ?

“La prise en main a été plus compliquée pour moi que Craig et Kris. J’ai eu un accident durant la saison 2016 en Allemagne qui m’a un peu stoppé dans mon élan. Je suis arrivé au Monte-Carlo 2017 un peu comme une fleur sans avoir fait de nombreux kilomètres au volant. La première fois que je suis monté à bord de la C3 WRC, comme tout le monde, j’ai été impressionné du potentiel de la voiture. La DS3 WRC me paraissait déjà incroyable alors quand tu rajoutes 100 chevaux de plus, il faut t’accrocher. Il fallait vraiment être vigilant lors des premiers runs.”

Avec du recul, as-tu des regrets à ce jour sur ta carrière rallystique ?

“Je pense que je n’ai pas réussi véritablement à me faire comprendre au sein de chez Citroën. La voiture était mise au point par le chef de file qui était Kris Meeke. Je devais tout le temps m’adapter à la voiture que Kris avait développée. J’aurais bien voulu apporter mon aide au développement. Je n’ai jamais trouvé les bons mots aux bons moments pour discuter. On a fait de beaux rallyes mais malheureusement sur les premiers rallyes, nous n’étions clairement pas dans le rythme. La confiance avec la voiture n’est jamais totalement venue.”

Maintenant c’est quoi le challenge, tout faire pour se faire remarquer et retrouver une place en WRC ?

“Oui évidemment que j’espère toujours qu’un jour, quelqu’un m’appelle pour rouler. Je pense que sur des saisons complètes comme par le passé, ça va être très compliqué mais je me dis que sur un one shot, pourquoi pas. Il faut vraiment avoir du budget pour pouvoir rouler en mondial. Il faut garder les pieds sur terre et ne pas se voler la face.”

Quel est ton programme pour 2020 ?

La saison a débuté lors du Rallye du Touquet pour moi. J’ai eu la chance de pouvoir faire un rallye avec une bonne voiture en l’occurrence la Polo R5. Je me suis tout simplement fait avoir et nous sommes sortis de la route sur une portion de la spéciale pas évidente. Après concernant l’avenir, je ne sais pas et je pense que pas grand monde ne sait quand reprendront les courses. On fera course par course. J’aimerais trouver un moyen de refaire le Rallye d’Allemagne en octobre. Ce sont des projets en tête mais tant que rien n’est sur le papier, rien n’est fait.”

Crédit photo : At World – Bastien Roux

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