Entretien avec Renaud Jamoul – “Mike Coppens a le talent pour gagner!”

En terminant deuxième du Rallye International du Valais 2019, Mike Coppens a prouvé à tout le monde qu’il était entré dans une nouvelle dimension. Ce changement est grâce à l’arrivée d’un nouveau copilote, Renaud Jamoul. Le copilote belge a pu apporter tout son savoir et son expérience au Valaisan.

Depuis trois saisons, les résultats parlent d’eux-mêmes. En commençant par le Rallye International du Valais, Mike Coppens est copiloté par Renaud Jamoul depuis trois saisons. Il y a trois ans, Mike Coppens terminait sixième, il y a deux ans, quatrième et l’an dernier, deuxième.

Sport-Auto.ch s’est entretenu avec Renaud Jamoul qui réalise un travail formidable pour aider Mike Coppens.  

Sport-Auto.ch : Comment avez-vous débuté votre carrière ?

Renaud Jamoul : “J’ai débuté en 2003 en championnat de Belgique de 2ème division sur une Mitsubishi Evo6 GrN. Ensuite, les choses se sont rapidement accélérées lorsque j’ai rencontré Bob Colsoul, le fils de Guy, ancien pilote pro et célèbre préparateur belge. J’ai ensuite pris la route du championnat du monde en 2006 aux côtés de Gilles Schammel en JWRC. Tout est allé très vite! »

Comment est-ce que vous vous êtes rencontrés ?

“Nous avons été mis en contact via Greg Hotz, qui est un ami de Mike. Greg voulait aider Mike à progresser dans la R5 et il avait senti que Mike avait besoin d’une présence dans la voiture pour l’aider. »

Lors de votre premier rallye, quels sont les points forts et les points faibles observez chez Mike ?

“La première chose qui frappe chez Mike : sa passion ! Tout ce qu’il fait, c’est avec passion. En allant du rallye à sa vie professionnelle et sa « marque de bouffe » comme il l’appelle chaleureusement. Par contre, il se pose énormément de questions et ce, en permanence. Et si vous ne savez pas lui répondre et lui prouver les choses par A+B…c’est mort (rire) ! La sérénité qu’on a installée dans la voiture a été un tournant pour lui je pense. »

Pour les habitués suisses, très vite on constate des progrès au Rallye du Valais, qu’a-il rapidement comprit ?

“On a fait des jolies performances dès notre premier Valais mais il restait des points faibles comme la terre ou les portions sales. C’était seulement notre deuxième rallye ensemble mais ça allait déjà dans le bon sens. »

Qu’est-ce que vous lui avez dit avez dit au Rallye du Chablais 2018 ?

“Le Chablais 2018 ? Un cauchemar pour moi mais surtout pour lui ! On avait dominé ce rallye depuis le début en bataillant avec Cédric Althaus. Ce rallye se déroulait parfaitement et on avait course gagnée à ce moment-là. Malheureusement, lors de la prise de notes, j’ai commis une erreur et il me manquait 1 tour dans cette fameuse spéciale « show ». Quand j’ai vu notre chrono, j’ai directement compris mon erreur. D’habitude, je fais un double check avec le tripmaster (qui nous donne la distance parcourue) mais malheureusement, j’ai oublié de le remettre à zéro au départ.”

Est-ce que ce rallye est le plus grand regret de votre carrière ?

“La plus gorsse erreur avec les conséquences les plus dures…la mise hors course ! J’ai fait plus de 200 rallyes et je dois avoir commis 3 erreurs en tout mais jamais sans conséquence. On reste des humains mais ça a été dur à accepter. Pas tant pour moi, mais vis-à-vis de Mike. Il la méritait cette première victoire. J’en ai chialé comme un gamin de retour au parc d’assistance… »

Et là le Rallye du Valais 2019, c’est un autre Mike, quel déclic est ce qu’il y a eu ?

“Le déclic s’est produit dans la célèbre spéciale de la Croix de Cœur. Tout le monde la redoutait, nous y compris. Quand vous êtes là-haut, au mileu de la montagne, sur la terre et sans repère, juste à la lueur des phares…c’est une ambiance unique. On avait mis en place une petite stratégie « pneus » pour ces deux spéciales. On savait qu’on allait en perdre dans le Col des Planches mais on était optimum pour la suivante. Et là, tout s’est parfaitement déroulé avec un premier scratch, face à une de ces idoles d’enfance, Olivier Burri ! La suite vous la connaissez, on a bataillé tout le long avec Olivier, un coup lui, un coup nous. Mais après un long arrêt de course samedi matin avant une spéciale, on ne s’est pas assez vite remis dans le rythme et on a perdu la course. On a une revanche à prendre ! »

Comment faites-vous pour gérer votre calendrier chargé avec Adrien et Mike ?

“Ce n’est pas simple ! Je ne voudrais manquer aucune course mais malheureusement, les calendriers s’entrechoquent parfois. Et cette crise du Corona ne va pas arranger les choses, la fin d’année risque d’être chargée ! »

Vous avez roulé avec de nombreux grands pilotes, quelles sont les différences dans la prise de notes entre celle de Mike et les autres ?

“La prise de notes, c’est plus de 50% du résultat de votre course ! Sans ça, c’est mort. Mike a malheureusement pris de mauvaises habitudes dans le passé, faisant confiance à son regard plutôt qu’à ses notes. Mais je pense qu’avec encore un peu de pratique, il va continuer à progresser. Peut-être faudrait-il qu’on aille rouler sur des rallyes inconnus ? Voir sur la terre ? »

Vous êtes la preuve vivante qu’un pilote n’est rien sans un excellent copilote ?

“Un équipage, c’est un ensemble mais c’est avant tout une relation de confiance. L’un va difficilement sans l’autre. Et pour compenser son manque de roulage, Mike avait besoin d’expérience à ses côtés pour rattraper le temps perdu. »

Que pensez-vous de notre championnat ?

“J’adore ! Les paysages, la sympathie des gens mais aussi le niveau. Depuis l’avenement du R5, chaque championnat est relevé avec ses pilotes locaux. Un réel plaisir de rouler en Suisse ! »

Que doit-il encore apprendre ?

“(rire) Je ne vous le dirai pas, ce serait laisser des indices à nos concurrents sur nos faiblesses ! »

Est-ce que nous allons vous revoir en suisse avec Mike ?

“Sans aucun doute ! J’espère un jour remporter le Valais avec lui et pourquoi pas, le titre national. Il en a les capacités en tout cas. »

Crédit photo : Sport-Auto.ch – Baptiste Aebi 

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