Entretien avec Hayden Paddon – “Je ne suis pas d’accord avec Hyundai”

Après cinq saisons sous les couleurs de Hyundai en WRC, Hayden Paddon a perdu sa place d’une manière quelque peu abrupte. Le Néo-Zélandais devait normalement partir pour un programme de sept manches chez Hyundai avant que ce soit annuler suite à l’arrivée de Sébastien Loeb. Depuis ce jour, Hayden Paddon n’a plus fait de manches du WRC mais reste pilote pour Hyundai Nouvelle Zélande. Il ne perd pas espoir mais sait que ça sera une mission très compliquée de retrouver une place.

Hayden Paddon compte 78 départs en WRC et une victoire obtenue en Argentine. Il est monté à huit reprises sur le podium général.

Sport-Auto.ch : Comment avez-vous commencé votre carrière ?

Hayden Paddon : “J’ai commencé à l’âge de six ans dans les kartings. Mon père était pilote de rallye et j’ai grandi autour de ce sport. Une fois que j’ai commencé, je ne pouvais plus m’arrêter. Chaque minute que je passe derrière le volant est un pur moment de bonheur.”

Comment avez-vous été contacté par Hyundai ?

“Nous avons essayé de percer en WRC pendant de nombreuses années. C’était le rêve. Nous avions donc un plan à suivre en faisant le PWRC, SWRC etc… En 2013, notre budget devenait de plus en plus petit et nous ne pouvions participer qu’à certaines épreuves. Nous nous sommes donc concentrés sur les épreuves importantes. Nous étions en contact avec Hyundai Nouvelle Zélande et nous savions que la marque Corréenne allait faire son retour. Alors nous nous sommes rencontrés et de là tout a commencé.”

Vous signez votre premier podium en Sardaigne, que gardez-vous ?

“C’était un moment tout simplement incroyable surtout car nous ne nous y attendions pas. Nous étions à la lutte pour la victoire mais j’acceptais de toute façon un podium. J’étais déjà dans le coup l’an dernier et cette année-ci, le travail a payé et nous sommes montés sur le podium. Ce podium a fait du bien à la confiance.”

Quel est votre rallye préféré ?

“J’en aime beaucoup, c’est limite impossible d’en donner qu’un seul. Les routes de la Nouvelle Zélande sont les meilleures du monde mais j’aime beaucoup également les rallyes scandinaves et l’Argentine pour l’ambiance.”

Est-ce que pour vous la saison 2016 a été votre meilleure saison ?

“En matière de résultats, oui 2016 a été la meilleure. Mais je pense que ma meilleure année, compte tenu des circonstances, a été 2018. Après le Rallye du Portugal, nous avions un rôle à jouer pour l’équipe et malgré le programme limité, c’est ce que nous avons fait. Nous avons été réguliers et malgré que nous n’ayons pas ramené de victoire à l’équipe, nous avons marqué de gros points. Durant la seconde partie de la saison, nous avons été les meilleurs marqueurs de points de l’équipe. Il y avait beaucoup de pression. J’étais fier de la façon dont nous avions fait face à cette pression.”

Quels ont été vos sentiments en Argentine, lorsque vous remportez la Powerstage et gagnez le Rallye d’Argentine ?

“C’est incroyable de remporter la bataille finale face au champion du monde. C’est une chose dont on rêve. Pour être honnête, nous avions deux secondes d’avance et je pensais réellement que Sébastien nous rattraperait mais nous avons fait une spéciale parfaite. Tout a fonctionné à la perfection. C’était un énorme soulagement de remporter cette première victoire.”

L’incident du Monte-Carlo 2017 vous a-t-il changé ? (Hayden Paddon avait tragiquement heurté un spectateur mal placé qui est mort sur le coup.)

“Pas du tout. C’est sûr qu’il a fallu deux à trois mois au début de l’année pour se remettre mentalement. C’est une situation vraiment horrible pour beaucoup de gens. Mais à partir du Portugal, je me suis senti mieux et nous avons réussi à remporter quelques spéciales. Cette saison ne m’a pas réussi puisque nous avons également eu de nombreux problèmes mécaniques. Il est important de rebondir la saison suivante.”

Avez-vous des regrets dans votre carrière ?

“Je pense que nous n’avons pas eu une chance équitable. Je suis évidemment très fier et reconnaissant d’avoir la chance d’être un pilote pour Hyundai en WRC mais je sais que nous aurions pu faire bien plus. Je sais que nous aurions pu gagner plus de rallye. Tout le monde parle de notre mauvaise saison en 2017 qui, pour de nombreuses raisons, oui, l’a été. Mais si vous oubliez 2017, alors 2015, 2016 et 2018 ont toutes été des années qui ont permis de relever le défi du championnat. Je regrette donc que nous n’ayons pas eu la chance de faire plus, et qui sait peut-être qu’un jour on pourra encore le faire, je crois en moi.”

Comprenez-vous la décision de Hyundai ?

“Je comprends que toute décision à ce niveau est compliquée et qu’elle implique beaucoup de politique interne. Est-ce que je suis d’accord avec la décision ? bien sûr que non. Nous avions un accord de sept manches pour 2019 qui a été ensuite annulé lorsque Sébastien Loeb est revenu. Mais je comprends tout à fait pourquoi une équipe voudrait d’un pilote neuf fois champions du monde. Alors parfois, il faut juste faire de la lèche et continuer à faire les choses. Nous allons nous battre pour revenir en WRC.”

Votre objectif est de retrouver un volant ?

“Bien sûr. J’adore conduire. J’ai toujours l’impression d’être à un bon niveau. Ici, en Nouvelle-Zélande, je suis de plus en plus rapide. Je suis toutefois également réaliste, je sais que retrouver un volant sera quasiment impossible, à moins d’un miracle.  Mais j’espère que nous pourrons déjà revenir sur quelques rallyes internationaux puisqu’une victoire en mondial ne me suffit pas.”

Avez-vous déjà entendu des rallyes en Suisse ?

“Oui j’ai beaucoup entendu parler surtout d’une épreuve lorsqu’elle faisait partie de l’ERC, le Rallye International du Valais. Il y a beaucoup d’événements emblématiques en Europe auxquels j’aimerais encore participer, y compris en Suisse. Le Rallye du Valais a l’air véritablement époustouflant.”

Quels sont vos projets ?

“Nous avons notre propre équipe de sport automobile ici en Nouvelle Zélande et nous dirigeons tous les projets de sport automobile de Hyundai Nouvelle Zélande. Nous avons plusieurs projets en cours mais notre projet principal est la construction de l’une des premières voitures de rallye complètement électrique. Avec la situation actuelle, nous avons pris un peu de retard mais nous prévoyons de commencer les essais d’ici la fin de l’année. C’est un projet passionnant et compliqué. Heureusement que nous avons des bons ingénieurs et techniciens pour nous épauler.” 

Crédit photo : Nicolas Millet & Bastien Roux

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