Alain Prost: «Le tournage de mon film débutera l’année prochaine»

Si vous avez été attentifs dimanche, à l’arrivée du 1000e Grand Prix de l’histoire de la F1, vous avez certainement vu que le drapeau à damier n’a pas été agité par le directeur de course mais bien par le Nyonnais d’adoption Alain Prost. Le quadruple champion du monde de F1, domicilié en Suisse depuis plus de 35 ans, devrait à nouveau refaire parler de lui prochainement. Sa carrière sera en effet portée au cinéma: «Le tournage de mon film débutera l’année prochaine», nous a en effet confié en primeur Alain Prost.

« Il ne s’agira pas d’un documentaire, comme par exemple celui qui avait été consacré à Ayrton Senna, mais d’un biopic avec de véritables acteurs, à l’image de Rush qui avait retracé au cinéma le duel entre James Hunt et Niki Lauda », nous a expliqué Alain Prost, lors de la présentation de la nouvelle Renault de F1 à Enstone (cf. notre article du 16 février)

Le moins que l’on puisse écrire, c’est que la Formule 1 intéresse le cinéma. Après les films «Jo Siffert: live fast, die young» de Men Lareida en 2005, «Senna» d’Asif Kapadia en 2010 et «Rush» de Ron Howard en 2013, le prochain long métrage consacré à un grand nom de la Formule 1 retracera la vie d’Alain Prost. Son tournage débutera en 2020. Le citoyen de Nyon (VD) nous l’a en effet confirmé en primeur.

L’intérêt que le monde du cinéma voue à la F1 s’explique par l’universalité de la catégorie-reine du sport automobile. A l’occasion du lancement de la nouvelle saison, Jérôme Stoll, le président de Renault Sport Racing, avait d’ailleurs tenu à le rappeler en ces termes: «La Formule 1 est un spectacle, un divertissement. C’est également la discipline ultime du sport automobile. A ce sujet, la F1 a du sens pour Renault. C’est un laboratoire pour les technologies des futures voitures de série, comme le souligne la nouvelle dénomination du moteur Renault E-Tech 19 hybride. La F1 visite également des marchés clés sur la scène internationale, comme la Chine et le Brésil, tout en continuant de s’étendre sur d’autres, émergents ou en voie de consolidation, comme le Moyen-Orient et la Russie.»

Cette universalité ne peut que séduire un constructeur généraliste tel que Renault désireux d’accroître ses parts de marché. Le dossier de presse remis à l’occasion de la présentation de la nouvelle monoplace de Daniel Ricciardo et Nico Hülkenberg précise ainsi que « la F1 est diffusée dans plus de 180 pays et qu’elle est suivie par environ 450 millions de personnes pour une audience cumulée de 1,76 milliard de téléspectateurs en Europe, en Asie, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Océanie. »

Une telle audience a également de quoi séduire les producteurs de cinéma. Celui du futur film sur Alain Prost a ainsi relevé qu’il avait signé avec «une très importante production chinoise, la plus grosse jamais vue en France après Besson…» Il est vrai que le scénario du film s’annonce alléchant. Il évoque l’histoire de deux frères. Deux frères de sang, Alain Prost et son frère aîné Daniel, véritable passionné de sport automobile depuis son enfance alors qu’Alain s’intéresse surtout au football. Et deux frères ennemis, Alain Prost et Ayrton Senna, dont la rivalité n’a pris fin que le 7 novembre 1993, lors du tout dernier Grand Prix de la saison à Adélaïde en Australie, le dernier Grand Prix où Ayrton Senna, vainqueur du jour, et Alain Prost, deuxième, partagent le même podium.

A cette occasion, la cérémonie du podium est très émouvante. A deux reprises Senna invite Prost à le rejoindre sur la plus haute marche, sous les applaudissements de la foule. Ils échangent une première poignée main, puis une deuxième. La paix est faite entre les deux champions. Prost n’est pas vainqueur mais il conclut sa carrière en beauté avec son 106e (!) podium en F1 et surtout un quatrième titre de champion du monde. Les deux hommes se retrouveront ensuite les 18 et 19 décembre pour participer aux Masters de karting organisés à Paris-Bercy par l’ancien pilote de F1 Philippe Streiff devenu tétraplégique après son grave accident survenu lors d’essais libres à Jararepagua, au Brésil, en 1989.

Des extraits de la course d’Alain Prost et Ayrton Senna à Bercy peuvent être visionnés ici.

A partir de cette course de karting, remportée par Alain Prost alors qu’Ayrton Senna a dû abandonner sur problèmes techniques, les deux pilotes allaient se rapprocher sincèrement. On se souvient ainsi du message qu’Ayrton Senna, qui a succédé à Alain Prost dans le baquet de la Williams-Renault, avait adressé au pilote français dans une séquence que TF1 diffuse juste avant le départ de ce funeste Grand Prix de Saint-Marin à Imola, le 1er mai 1994. Avant de commenter un tour de circuit filmé lors des essais libres par une caméra embarquée, «Magic Ayrton» lance au «Professeur» ce qui suit : « A special hello to my dear… our dear friend Alain. I miss you Alain. » (Une salut particulier à mon cher… à notre cher ami Alain. Tu me manques Alain.» Quelques heures plus tard, Ayrton Senna n’était plus de ce monde. Le message d’Ayrton Senna à Alain Prost peut être visionné ici.

De sources sûres, Alain Prost n’avait guère apprécié qu’Asif Kapadia, le réalisateur du film sur Ayrton Senna, n’ait pas diffusé cet enregistrement télévisé dans son documentaire pour le cinéma. Les spectateurs ne comprennent ainsi pas pourquoi Alain Prost, qui est dépeint comme étant l’ennemi juré du pilote brésilien pendant la majorité du long métrage, apparaît dans les dernières scènes du film en portant le cercueil d’Ayrton Senna en compagnie notamment d’Emerson Fittipaldi, Gerhard Berger et Thierry Boutsen. Il s’agirait là de l’une des raisons qui auraient incité Alain Prost à mettre tout en œuvre pour qu’un film biographique retrace son histoire au cinéma.

Mais à travers ce film biographique – ou biopic pour utiliser un anglicisme qui est la contraction de «biographical motion picture – , Alain Prost entend également rendre hommage à son frère aîné Daniel, disparu beaucoup trop tôt à l’âge de 33 ans. Il est en effet décédé des suites d’un cancer le 17 septembre 1986, un peu plus d’un mois avant la conquête du deuxième titre mondial consécutif d’Alain Prost, le 26 octobre 1986 à Adélaïde. L’histoire des deux frères Prost est en effet l’histoire d’un paradoxe pour le moins cocasse. Alain Prost n’avait pas manqué de le relever au début du documentaire télévisé que lui a consacré le réalisateur Tristan Séguéla. Il y avait effectué la confession suivante: « Paradoxalement, je n’ai jamais été un fan de vitesse ! »

Dans la famille Prost, c’est en effet son frère Daniel qui aime les voitures, les moteurs, le bruit, la vitesse. Alain Prost s’intéresse au sport et plus particulièrement au football. C’est ainsi totalement par hasard, à l’âge de 15 ans, en étant en vacances sur la Côte d’Azur, qu’il accepte de faire plaisir à son frère atteint d’une tumeur au cerveau en l’accompagnant faire du karting. « Cette journée me paraissait un boulet, j’y étais vraiment allé pour mon frère. J’ai gagné la petite coursette et cela a déclenché un truc incroyable », se souvient Alain Prost. « Cela paraît complètement dingue avec le recul de se dire qu’en dix, quinze minutes, on peut faire basculer sa passion. » Ou comment un jeune néophyte découvre fortuitement une discipline dans laquelle il va exceller au point de devenir l’un des meilleurs pilotes de la planète, qui plus est auréolé de quatre titres de champion du monde de F1… Il s’agit là d’un excellent scénario et l’on se réjouit de le voir prochainement être retranscris sur grand écran!

Crédits des photos: Renault et Helen Hauck

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