Bernhard Russi : « J’ai eu très peur avec Colin McRae ! »

Le Classic Car Museum de Safenwil présente actuellement une exposition temporaire consacrée aux 40 ans de Subaru en Suisse (lire ici notre compte-rendu). Nous y avons rencontré Bernhard Russi, charismatique ambassadeur de la marque, qui a évoqué pour Sport-Auto.ch sa participation au Paris-Dakar de 1982 et sa folle chevauchée avec Colin McRae en Valais.

Une fois n’est pas coutume, le hall d’entrée du Classic Car Museum de Safenwil, dans le canton d’Argovie, n’est pas occupé par la légendaire Land Rover de 1954 Winston Churchill mais bien par la première Subaru 4×4 de Bernhard Russi. Le musée accueille en effet jusqu’au 4 mai une exposition temporaire consacrée aux 40 ans de Subaru en Suisse. C’est à côté de son ancienne voiture que l’ancien champion de ski Bernhard Russi s’est entretenu avec Sport-Auto.ch lors du vernissage de l’exposition, le 7 février.

Tout comme Jean-Claude Killy, Philippe Roux, Luc Alphand ou Didier Cuche, Bernhard Russi fait partie de ces skieurs qui ont tâté du sport automobile. Il a notamment participé au Rallye du Valais au volant d’une Triumph TR6 en 1970, l’année de son premier titre de champion du monde de descente à Val Gardena. Après avoir piloté une Formule Ford sur le circuit de Magny-Cours – Bernhard Russi l’avait notamment relevé dans un commentaire publié en première page du cahier sportif du Blick où l’auteur de ces lignes avait relaté la première course Formule Renault de Didier Cuche (cliquer ici pour lire le PDF de cet article) – il avait également participé au Paris-Dakar au volant d’une Subaru Turismo. Une partie importante de l’exposition temporaire est d’ailleurs consacrée à la participation de Bernhard Russi et de son copilote Christian Simonett au Paris-Dakar de 1982.

Bernhard Russi, quelles images gardez-vous de votre seule et unique participation au Rallye Paris-Dakar ?

 

Bernhard Russi : « Je me souviens avant tout d’une course particulièrement difficile. C’était beaucoup plus dur que tout ce que nous avions pu nous imaginer en nous préparant du côté de Biarritz au mois d’octobre. C’est en participant au Paris-Dakar que j’ai pu pousser le plus loin possible mes limites, tant physiques que psychologiques. J’avais tellement envie de porter à terme le rallye que même si j’avais mis la voiture sur le toit, je pense que j’aurais été en mesure de la porter sur mon dos jusqu’à l’arrivée. »

Les photos du Paris-Dakar que l’on peut voir dans l’exposition temporaire montrent aussi bien des paysages de toute beauté que des moments de galères. Que vous inspirent ces photos aujourd’hui ?

 

Bernhard Russi : « Le Paris-Dakar a été l’une des plus grandes aventures de ma vie. Au début, nous étions fascinés par les magnifiques dunes de sable et les étendues désertiques. Le Sahara ne tarda cependant pas à nous montrer son véritable visage. Les dunes devinrent rapidement des obstacles infranchissables et nous nous sommes souvent plantés dans le sable. À un tel point que nous n’avions plus aucun point de référence. Nous ne savions plus où nous étions et où nous devions aller. Les couchers de soleil, qui avaient quelque chose de magique jusque-là, devenaient angoissants et la tombée de la nuit rendait encore plus difficile notre orientation. Du coup, il était presque impossible de ne pas se perdre. »

(Ndlr: le Paris-Dakar de 1982 avait notamment fait les gros titres avec la disparition de Mark Thatcher. Le fils de Margareth Thatcher, premier ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990, engagé cette année-là au Dakar après avoir disputé à deux reprises les 24 Heures du Mans, s’était perdu pendant six jours dans le désert algérien. Les journaux de l’époque prétendent qu’il n’a échappé à une mort certaine que grâce aux recherches de l’armée algérienne lancées par le président du pays à la demande pressante de sa mère qui, dit-on, versera les seules larmes publiques de sa vie. À propos de perte d’orientation, une vitrine de l’exposition temporaire montre une lettre de l’armée suisse qui avait prêté à l’équipe Subaru des boussoles d’avions militaires. On ignore si Walter Frey, qui était capitaine à l’armée et qui avait choisi Bernhard Russi en tant qu’ambassadeur de Subaru, était à l’origine de ce prêt. Ce qui est certain, c’est que ces boussoles n’avaient finalement pas servi à grand-chose, car elles avaient été mal montées dans la Subaru…)

Une autre photo de cette exposition montre des sacs de couchage à une arrivée d’étape. Combien d’heures dormiez-vous par nuit ?

 

Bernhard Russi : « Durant les 20 jours du rallye je n’ai dormi qu’environ 3h30 par nuit. Les heures passées à désensabler la voiture ou à réparer les suspensions endommagées dans l’un des nombreux trous du parcours faisaient que nous n’arrivions au terme des étapes que vers 2h ou 3h du matin. Sur les pistes, la poussière soulevée par les voitures transformait le moindre dépassement en un véritable cauchemar. Une fois, nous avons roulé pendant 48 heures consécutives sans avoir dormi. Je ne comprends toujours pas comment j’ai fait pour ne pas m’endormir au volant… »

On imagine alors que la journée de repos à Gao, au Mali, après neuf jours de course, vous avait fait le plus grand bien…

 

Bernhard Russi : « Tout à fait. C’était la seule fois où j’ai pu faire un tout petit peu de tourisme. Aujourd’hui, un de mes plus grands regrets quand je pense au Paris-Dakar, c’est que j’ai traversé des régions magnifiques que je n’ai pas eu le temps de découvrir. Mon rêve serait d’y retourner. Nous avons tous cependant beaucoup de rêves et je sais qu’il est impossible de réaliser chacun d’entre eux. »

En arrivant à Dakar en 91e position, vous aviez tout de même réalisé votre rêve…

 

Bernhard Russi : « Oui, même si cela n’a tenu qu’à un fil. Le moteur de notre Subaru a explosé 100 mètres avant la ligne d’arrivée que je n’ai pu franchir qu’en roue libre. Du coup, notre Subaru avait dû être remorquée dans les rues de Dakar. »

Une autre photo montre Thierry Sabine, l’organisateur du rallye, vous distinguer lors de la remise des prix. L’avez-vous beaucoup côtoyé ?

 

Bernhard Russi : « Non, nous avions beaucoup de retard à la fin de chaque étape et quand nous arrivions, il était déjà parti à l’étape suivante. Il a cependant tenu à nous offrir le prix récompensant l’équipage le plus combatif. Je me souviens également que c’était une véritable star, il était toujours habillé en blanc. »

À propos de star, vous avez eu l’occasion de vous glisser au mois d’avril 1996, du côté de Bourg-Saint-Pierre, en Valais, dans le baquet de droite de la Subaru Impreza du champion du monde en titre Colin McRae. Que vous rappelez-vous de cette expérience ?

 

Bernhard Russi : « Je n’avais jamais eu aussi peur de ma vie. J’avais pourtant déjà eu l’occasion de monter à côté de Markku Alen, un autre pilote de Subaru, lors d’un essai privé en Finlande. Mais là, en Valais, avec Colin McRae, j’ai eu vraiment très peur. D’un côté, il y avait le précipice et, de l’autre, la montagne. Il était tout le temps en travers et lorsque je m’attendais à ce qu’il ralentisse, il accélérait encore plus fort. Sa maîtrise était exceptionnelle, mais j’étais quand même très soulagé de sortir de la voiture sain et sauf ! »

Le Rallye du Valais, agence matrimoniale?

Chaque année, le Rallye du Valais accueille des hôtes d’honneur. Parmi ceux-ci, on relèvera notamment l’ancien pilote de F1 Toulo de Graffenried, la pilote française Marie-Claude Beaumont, ainsi que les skieurs Philippe Roux, Roland Collombin et Bernhard Russi. Ce dernier participe au Rallye du Valais de 1970 au volant d’une Triumph TR6 dont il partage l’habitacle avec la Neuchâteloise Michèle Rubli. Lui vient d’être sacré champion du monde de descente à Val Gardena, elle est championne de Suisse de descente. Dans le chapitre consacré à l’édition 1970 du Rallye du Valais dans le livre L’épopée d’un demi-siècle, Rallye du Valais 1960-2009, le journaliste Jean-Paul Riondel pose la question suivante: Le Rallye du Valais, agence matrimoniale ? Cette interrogation n’est pas ridicule, écrit-il. « En formant son équipage d’honneur des skieurs de compétition Bernhard Russi et Michèle Rubli, les organisateurs du rallye ont, bien innocemment, formé un vrai couple. Ayant connu Bernhard Russi lors de cette édition, Michèle Rubli deviendra bientôt Madame Russi. » Bernhard Russi l’épouse en effet en 1977. Leur fils Ian naît trois ans plus tard. Si Bernhard Russi et Michèle se séparent en 1984, ils restent néanmoins unis. Elle décède toutefois au mois de décembre 1996, victime d’une avalanche alors qu’elle skiait au Canada.

Crédits des photos : Laurent Missbauer, Subaru et DR

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