Interview – Jonathan Hirschi : « En rallye, la différence se fait entre le siège et le volant. »

Jonathan Hirschi
Jonathan Hirschi

Le HRT Rally Team, la nouvelle structure de Jonathan Hirschi, a fait ses grands débuts à l’occasion du Rallye de France le week-end dernier. Nous avons approché le pilote neuchâtelois et sa splendide Peugeot 208 T16 blanche et rouge dans le parc d’assistance de l’épreuve alsacienne afin d’en savoir plus sur ses projets et ambitions.

Jonathan, nous sommes ravis de te retrouver ici au Rallye de France. Nous l’avons annoncé récemment, tu as monté une nouvelle structure pour courir en rallye, d’ou viens cette nouvelle motivation ?

Jonathan Hirschi : C’est simple : en circuit, sans vouloir dire que j’ai fait le tour de la question, j’ai eu la chance de faire de gros championnats, comme le GT en 2010. J’y ai gagné un peu ma vie, mais à présent, il n’y a plus aucun débouché en circuit. Quand on regarde bien, tous les pilotes, même de constructeurs, doivent mettre des budgets pour rouler. Donc, à un moment donné, ça ne sert à rien de continuer pour continuer.

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La Peugeot 208 T 16 du HRT Rally Team -Jonathan Hirschi et son copilote Vincent Landais

En rallye par contre, je dirais que la différence se fait plus entre le siège et le volant. Parce qu’en circuit, si tu n’as pas la bonne auto, tu ne peux pas gagner. En rallye aussi bien-sûr, mais le rapport est beaucoup plus petit qu’en circuit. Et puis, le rallye, ça me plaît ! Même si au début je n’étais pas du tout attiré par cette discipline, quand j’ai eu la chance d’en faire un, j’ai tout de suite aimé. Il y a beaucoup plus de roulage et on ne partage pas la voiture. En course d’endurance sur circuit, on doit partager tout le temps avec une autre personne. Si tu n’as pas un bon coéquipier, c’est impossible de faire des bons résultats.

C’est donc plein de petites choses qui m’ont motivé à créer mon team. Ces dernières saisons, j’ai fait plein de connaissances. Beaucoup de team pour lesquels j’ai couru en circuit faisaient aussi du rallye en parallèle, j’ai donc pu m’entourer des bonnes personnes. Aujourd’hui, je peux tout décider, ce qui n’est pas le cas quand on fait de la location.

Quel est ton ambition avec ce team ?

JH : Le projet est d’essayer essayer de faire quelque chose de bien, en WRC2 ou en ERC, à moyen terme, soit sur 2-3 ans.

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Jonathan Hirschi / Vincent Landais – Peugeot 208 T 16 Rallye de France 2014

Uniquement pour toi, ou envisages-tu éventuellement de faire courir une deuxième voiture ?

JH : Non non, ce sera uniquement pour moi, parce que le but c’est vraiment de m’entourer des bonnes personnes ; humainement, c’est aussi important, je trouve. On passe tellement de temps sur les rallyes, donc autant bien s’entendre. Le but, ce n’est pas tant d’en faire un commerce, c’est vraiment de faire une bonne structure professionnelle, carrée. Je vais faire l’avare sur ce coup là ! (rires)

Cela implique que le circuit, c’est une page qui se tourne définitivement ?

JH : Non, je continue d’en faire. J’ai la chance de pouvoir faire des courses par le biais d’Emil Frey. Je suis même un petit peu rémunéré, ce qui est plutôt rare de nos jours, donc c’est une chance énorme, surtout en étant un pilote suisse avec un team suisse. J’ai fait deux courses cette année, et l’année prochaine, on verra de quoi l’avenir sera fait, mais il n’y a pas de raison que ça se passe mal de ce côté-là.

Tu parles du Racing Team Emil Frey, qui fait rouler une Jaguar ?

JH : Exactement, la Jaguar, en Blancpain Endurance Series. J’ai fait les 24 Heures de Spa et les 1’000 Km du Nürburgring.

Jonathan Hirschi / Vincent Landais – Peugeot 208 T 16 Rallye de France 2014

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L’assistance du HRT Rally Team – Rallye de France 2014

En ce qui concerne le rallye, y’a-t-il d’autres sorties prévues cette saison ?

JH : Normalement, il y a le Valais. On verra si ensuite je pourrais encore faire un ou deux rallyes en fin de saison. Mais on va déjà faire le Valais, le but était que la voiture soit prête au Valais en faisant un petit rallye avant… finalement pas un si petit rallye, puisque j’ai eu la chance de pouvoir faire le Rallye de France. Cela nous fait donc pas mal de roulage pour être calés pour le Valais. Et après, on verra.

Quel est le programme pour 2015?

JH : Pour l’année prochaine, c’est encore compliqué. Il faut vraiment que j’apprenne. Le problème du WRC2, c’est qu’il y a beaucoup de manches sur la terre. Autant sur le bitume, avec l’expérience du circuit, on arrive un petit peu à la mettre en pratique, pas à 100% mais en grande partie. Que sur la terre, alors là c’est retour à la case départ. Mais ça ne me fait pas peur d’apprendre, il faut juste me laisser un peu de temps.

Jonathan Hirschi / Vincent Landais - Peugeot 208 T 16 Rallye de France 2014
Jonathan Hirschi / Vincent Landais – Peugeot 208 T 16 Rallye de France 2014

Pourquoi avoir choisi une Peugeot 208 T16 ? Peux-tu nous dire deux mots sur cette voiture?

JH : La règlementation R5 va remplacer les S2000 à moyen, voir court terme. Ce 1’600 turbo est vraiment la nouvelle génération de voitures de rallye. Ford offre ce type de voiture, ils ont déjà vendu plus de 75 châssis, sauf erreur. J’ai été un des premiers à opter pour la Peugeot car j’ai la chance de connaître 2-3 personnes chez eux. Ça m’aide, au niveau technique, mais ça facilite aussi la compréhension car nous parlons la même langue.

Et cette voiture, tu vas aussi l’engager dans le Championnat Suisse ?

JH : En Championnat Suisse, je ne pense pas. Je ferai 1 pige ou 2 si le calendrier le permet. Peut-être au Valais, au Chablais ou alors au Critérium Jurassien, qui est aussi un très beau rallye. Après, ce n’est pas forcément une volonté de faire le Championnat Suisse. Mon but, c’est vraiment de viser un haut niveau. Même si au début, ça va être difficile, c’est comme ça que je vais progresser.

Le prochain déplacement pour Jonathan Hirschi et son copilote le français Vincent Landais est programmé pour le Rallye du Valais du 23 au 25 octobre.

Propos recueillis par Sébastien Moulin et retranscrits par Isabelle Crausaz  

Crédit des Photos ©Massimo Prati et ©Sébastien Moulin

 

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