F1 – Les 700 Grands Prix de F1 d’un journaliste suisse

01-roger-benoit-marc-surer-au-gp-du-japon-2011photo-laurent-missbauerRoger Benoit, l’envoyé spécial du quotidien suisse alémanique Blick, est arrivé à Sepang, théâtre ce week-end du Grand Prix de Malaisie, avec 700 Grand Prix de F1 à son actif. «Sept cents courses de F1, c’est un très beau cap», relève, enthousiaste, son compatriote bâlois Marc Surer qui a disputé 81 Grands Prix de F1 de 1979 à 1985 et qui, pour sa part, vient de fêter son 65e anniversaire.

Le caractère exceptionnel de ce cap important de 700 Grands Prix n’a pas échappé au Blick qui a consacré deux pages à Roger Benoit lequel a tenu à préciser à Sport-Auto.ch qu’il a des origines romandes: «Je suis en effet Neuchâtelois», nous a confié celui qui a débuté à la rédaction sportive du Blick en 1969, à 20 ans. A l’occasion de son 700e Grand Prix, Roger Benoit a été interviewé par le triple champion du monde Niki Lauda. A événement d’exception, intervieweur d’exception pour celui qui jouit d’une grande notoriété en Suisse alémanique. Le très sérieux quotidien Neue Zürcher Zeitung lui avait même consacré une page entière en 2014 au début de sa 45e saison de F1.

Le cap de 700 Grand Prix est d’autant plus hors du commun si l’on pense que Jacques Dechenaux, Monsieur F1 à la Télévision suisse romande de 1973 à 2007, a suivi 461 Grands Prix de F1 sur place jusqu’à sa retraite au terme de la saison 2007. «Désormais, avec environ cinq GP par année en neuf ans de retraite, j’ai franchi le cap des 500 GP même si je ne fais plus de décompte exact», a expliqué Jacques Deschenaux à Sport-Auto.ch.

02-jacques-deschenaux-et-milan-tinguelyphoto-laurent-missbauerJacques Deschenaux: «Je me rappelle très bien du premier GP de Roger Benoit. C’était à Brands Hatch en 1970. A l’époque, j’étais l’assistant de Jo Siffert et je me souviens que Roger était vêtu d’un affreux pull et qu’il se présenta à Seppi en ces termes: «Je suis l’envoyé spécial du Blick et comme je ne connais rien à la F1, je serais heureux si quelqu’un pouvait m’en faire découvrir les coulisses.» Seppi le prit alors par le bras et me l’amena en lui disant «Avec lui, tu sauras tout…». Du coup, je l’ai eu sur le dos pendant toute la course!»

Si cette anecdote fait aujourd’hui sourire Jacques Deschenaux, celui-ci n’en est pas moins admiratif du parcours réalisé depuis lors par son confrère neuchâtelois. Ne serait-ce que pour le fait que Roger Benoit a bénéficié d’un statut spécial qui, contrairement à lui, lui a permis de continuer à couvrir la F1 après l’âge de la retraite qu’il a atteint il y a deux ans. Ce statut spécial a toutefois commencé bien avant 2014. Bien conscient que la présence en F1 du duo suisse Siffert-Regazzoni allait passionner les lecteurs, Blick déploya des moyens qui permirent à Roger Benoit d’arriver déjà sur les circuits en début de semaine et de couvrir aussi des courses hors championnat.

L’envoyé spécial du Blick était ainsi le seul journaliste suisse présent lors de l’accident mortel de Jo Siffert, survenu le 24 octobre 1971 lors d’une course qui ne comptait pas pour le championnat du monde. Siffert décédé, Roger Benoit suivit par la suite Niki Lauda avec beaucoup d’assiduité. Le fait qu’ils soient tous les deux germanophones – en plus d’être nés à peu de jours d’intervalle en 1949 – n’a pas été étranger aux rapports étroits noués entre le pilote autrichien et le journaliste bâlois. Ce dernier était d’ailleurs présent à côté de Marlène Lauda lorsque celle-ci chassa de la chambre d’hôpital le prêtre venu donner à son mari l’extrême-onction au lieu de lui apporter un peu de réconfort après son terrible accident du Nürburgring en 1976.

Des anecdotes telles que celles-ci, Roger Benoit en a des centaines. Le fait d’être présent sur les lieux des courses bien avant ses confrères lui permettait d’avoir un contact privilégié aussi bien avec Bernie Ecclestone, le grand manitou de la F1, qu’avec les pilotes. Une bande dessinée l’a même immortalisé en compagnie de Mario Andretti à la piscine d’un grand hôtel de Buenos Aires avant le GP d’Argentine. C’est d’ailleurs souvent au bord des piscines qu’il recueillait les confidences des pilotes, notamment celles de James Hunt pour lequel il avait fait le guet devant une des toilettes d’avion. Il ne fallait pas, en effet, qu’on surprenne le champion anglais en train de faire l’amour avec une hôtesse de l’air en plein vol!

Cette histoire remonte certes à une époque où il était encore facile de s’adresser directement à eux sans passer par un bataillon de chefs de presse. Force est de constater que Roger Benoit a néanmoins continué à bénéficier de plusieurs audiences privées auprès des plus grandes stars. Une des dernières en date fut, cet été, celle accordée par Kimi Raikkonen. Celui-ci lui avait confié qu’il se marierait quelques jours plus tard en Italie, sans toutefois dévoiler que la cérémonie aurait lieu dans la magnifique abbaye de San Galgano en Toscane, mais, l’espace d’un instant, ses lecteurs étaient persuadés d’avoir pris eux-mêmes le café avec Raikkonen.

03-edith-perschler-et-roger-benoit-au-gp-dautriche-de-2015foto-laurent-missbauerSachez enfin que la F1 constitue toute la vie de Roger Benoit. «Je n’ai ni parents, ni femme, ni enfants. Ma famille, c’est la F1», nous avait-il expliqué au GP d’Autriche de 2015, dans un petit hôtel où il avait ses habitudes et où il était encore possible de fumer le cigare, une de ses rares passions à côté de la F1. Arrivera-t-il à 800 GP? Tous les espoirs sont permis étant donné qu’il est 19 ans plus jeune que Bernie Ecclestone, lequel aura 86 ans le 28 octobre prochain. A l’image de Molière, il ne lui déplairait certainement pas de mourir sur scène. Roger Benoit avait en tout cas rédigé quelques lignes admiratives lorsqu’il relata, il y a quatre ans, le décès de Renaud de Laborderie. Le doyen des journalistes français de F1 avait continué à couvrir les GP jusqu’à sa mort, à 81 ans.

Credit photo Laurent Missbauer

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