24h du Mans – Gary Hirsch : “Allo Maman ? je suis en panne !”

Gary Hirsch au volant de la Gibson 015S-Nissan du Greaves Motorsport
Gary Hirsch au volant de la Gibson 015S-Nissan du Greaves Motorsport

Il est 15h05, le drapeau à damiers vient de tomber sur cette 83ème édition des 24h du Mans. Comme le veut la tradition, la Porsche victorieuse redescend l’allée des stands à contre sens, en direction du podium. En spectateur privilégié, Gary Hirsch observe la scène, impassible. Cela fait maintenant 18 heures que sa Gibson s’est immobilisée sur bord de la piste, le contraignant à l’abandon… mais le pilote Genevois est toujours là, avec sa compagne, à deux mètres du box de Greaves Motorsports. Alors que bien des pilotes auraient déserté depuis longtemps le paddock, Gary a tenu à rester avec les gars de son team jusqu’au bout… Voilà qui en dit long sur l’homme qui aura marqué de son empreinte l’édition 2015 de ces 24h du Mans en faisant l’impossible pour ne pas abandonner, quitte à appeler maman à l’aide !

 

Gary Hirsch et son coéquipier  John Lancaster en grande discussion
Gary Hirsch et son coéquipier John Lancaster en grande discussion

Lundi, alors que je suis sur la route du retour, quelque part entre Le Mans et Dijon, j’apprends que Gary a lu le « Live » que Sport-Auto.ch a consacré aux 24h du Mans. «C’est vraiment super ce que vous avez fait, mais il comporte des imprécisions concernant l’anecdote de mon abandon !» Qu’à celà ne tienne, une demi heure plus tard, nous nous retrouvons devant une belle entrecôte, et Gary de raconter sa mésaventure dans les moindres détails… Un moment unique !

« Nous étions en en 2ème position, une confortable place, même si la tête de la course était un peu loin. L’idée était de conserver cette 2ème place, mais de gagner un peu de temps. Et puis, arrivé à la chicane, j’ai eu une alarme dans le cockpit, et peut-être 5 secondes plus tard… plus rien ! même plus de communication radio, coupure électrique générale. Plus de direction assistée, plus de moteur, c’est venu graduellement.»

Gary s’immobilise dans les « S ». Comme il ne parvient pas à redémarrer la voiture, les commissaires la poussent en lieu sûr. Plus tôt dans la course, le Genevois a été contraint de passer dans le gravier pour éviter une GT qui, brutalement, s’est arrêtée dans Indianapolis. Est-ce une cause à effet? Probablement pas, c’est soit une panne d’alternateur, soit de batterie. Privé d’électricité, il ne peut plus communiquer avec son stand.

« On a des procédures, on sait ce qu’il faut faire, mais sur le moment c’est une autre histoire. J’ai tout de suite attrapé le téléphone portable d’urgence, mais évidemment, personne n’était fixé sur son téléphone portable à ce moment là. »

Après avoir tenté en vain d’atteindre plusieurs numéros enregistrés sur ce téléphone, Gary à la fabuleuse présence d’esprit de composer le numéro de sa maman, qu’il sait présente dans le box Greaves Mororsports.

« La seule personne qui a répondu, en effet, c’est ma mère ! Le temps qu’elle réalise que c’était moi, elle a crié en tendant son portable : « C’est Gary ! C’est Gary ! »

« Tout de suite, j’ai eu la communication avec l’ingénieur… ils ont été fantastiques, parce qu’ils m’ont aidé à distance. Ils m’ont expliqué ce que je devais faire étape par étape. Pour la petite histoire, c’est la première batterie qu’il a fallu démonter et rebrancher pour essayer la connexion. Puis j’ai pris la batterie de secours qui se trouvait dans un cache en plastique. Je ne pouvais pas m’éloigner trop de la voiture alors j’ai fracassé le cache contre un mur et j’ai récupéré la batterie. Je l’ai ensuite connectée à la batterie principale, et là j’avais le courant qui revenait. Malheureusement pas assez pour redémarrer; et je ne voulais pas faire trop de tentatives, sinon tu la plantes de nouveau. Alors j’ai dû couper les gros câbles principaux de l’alimentation, les ai dénudés et collés avec du scotch à la batterie de secours, comme ça, j’avais 2 batteries connectées en même temps. Du coup, j’avais juste l’imput, mais ça ne suffisait toujours pas, j’ai réessayé 4 fois…»

Entre temps, des membres de l’équipe sont arrivés sur place, mais règlement oblige, ils ont dû rester éloignés de la voiture.

« L’équipe m’assistait à distance, on vraiment tout essayé. Puis, à la limite du règlement, sont venus tout près… On communiquait par signe, c’était irréel mais étonnement efficace. »

Toujours pas résolu à abandonner après près d’une heure d’effort, le pilote a même une idée un peu folle.

La Gibson du Greaves Motorsports peut avant que Gary prenne le volant
La Gibson du Greaves Motorsports en début de course,  peut avant que Gary prenne le volant

«  Il y avait un pylône électrique pas loin, je me suis dit : “Est-ce que je mets la batterie contre le pylône ?”… j’avais peur de prendre une décharge ! (rires) J’ai vraiment hésité !

A quelques mètres de là, derrière les grillages de sécurité, le fantastique public de passionnés que compte le Mans, n’a eu de cesse d’encourager le pilote suisse.

« Ca m’a donné beaucoup d’énergie. Ils étaient là et ils étaient en train de m’encourager : “Allez, vas-y, continue !” Et puis après, ils étaient même en train de huer les commissaires : “Aidez-le, aidez-le à repartir !” Mais les pauvres commissaires ne pouvaient pas.

Quand je suis parvenu à remettre le contact après, je pense, “3’000 interventions” et que les gens ont vu les lumières sur le tableau de bord, c’était la “hola” dans le public, tout le monde a commencé à crier ! et puis : démarreur… rien ne vient !

« J’y ai cru, que ça repartait, j’étais prêt à repousser la voiture, mais les commissaires ne voulaient pas, car c’était une zone limite dangereuse en descente. Si je perdais la voiture, je ne pouvais pas remonter dedans. Ils ont eu raison. »

Gary Hisch aura vraiment donné le maximum pour ramener la voiture aux stand. Là-bas, tout le matériel était déjà prêt pour effectuer la réparation. Au moment d’abandonner, après 50 minutes d’efforts,  Gary aura une pensée pour eux.

«Enfin, c’est frustrant ! Mais le point positif, c’est que j’avais une bonne vitesse, l’équipe est solide… il faut regarder devant. C’est Le Mans ! Je salue le travail qu’ont fait les mécaniciens; ils ont eu une semaine super difficile. Il faudra voir ce qu’il s’est passé ensuite, analyser. »

Le box du Greaves Motorsport sera malheureusement un des premier à baisser son rideau
Le box du Greaves Motorsport sera malheureusement un des premiers à baisser son rideau

Analyser, bien-sûr, même si le regard du pilote Greaves Mororsports est déjà pointé vers le futur…

« Je suis déjà tourné à 100% vers le Red Bull Ring. Je pense qu’on est tous d’autant plus motivés, avec la rage au ventre, pour aller faire un bon résultat là-bas. Pas d’erreur… et voilà ! Le reste, c’est la course. »

Avec comme objectif avoué, le titre en ELMS.

«On va aller le chercher ! on va essayer en tout cas ! Mais la voiture marchait incroyablement bien, j’ai pris énormément de plaisir. En plus, on n’étaient pas en train de tout pousser. C’est encourageant. »

Propos recueillis par Sébastien Moulin et retranscrits par Isabelle Crausaz.

Crédit des photos : © Sébastien Moulin 

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